AURÉLIEN DUCROZ, DE LA MONTAGNE À LA MER

Double champion du monde du Freeride World Tour, Aurélien DUCROZ a connu une carrière sportive faite de creux et de bosses. Son physique, ses blessures et ses rencontres lui ont fait connaître la joie mais aussi l’échec sportif. Après avoir conquis la montagne, Aurélien s’attaque à la mer.

Propos recueillis par Gaëtan LEFÈVRE

N é à Chamonix, Aurélien a d’abord pratiqué le ski alpin comme tous ses copains d’école. Son gabarit, petit et léger, l’a vite orienté vers le saut à ski. Alors qu’il est un grand espoir français à 15 ans, il se blesse au genou et arrête le saut. Il retrouve la joie et la passion du sport quelques années plus tard dans le freeride où il devient vite une figure incontournable. Aujourd’hui, il ajoute une nouvelle corde à son arc en prenant le large en pleine mer.

Jeune, vous étiez un espoir en saut à ski avec notamment deux victoires en championnat de France junior. Comment en êtes-vous venu au freeride ?

Avant les jeux Olympiques d’hiver de 2002, pendant un stage de saut à ski, je me suis fissuré le cartilage rotulien. Il s’agissait d’une petite blessure de 3 semaines mais ma carrière a basculé. Tout le monde m’a oublié, même l’entraîneur. Je n’existais plus. J’ai été rayé de la carte. Ayant très mal vécu ce moment, j’ai cherché refuge dans la nature, en montagne, où je suis revenu à ma première passion, le ski alpin. Le freeride a été une échappatoire à cette frustration.

Comment se déroule vos entraînements ?

Je suis une préparation physique durant les mois d’octobre et de novembre à Chamonix. Frédéric Ancey, ancien skieur de haut niveau, me guide dans ce domaine. En décembre, j’attaque le ski avec beaucoup de piste : descentes, slaloms et géants, pour récupérer les sensations. Cette étape est encore plus cruciale maintenant que je passe mes étés sur un voilier où je travaille très peu les jambes. Puis doucement, j’augmente le dénivelé. En janvier, lorsque la neige est bonne, je commence à travailler les sauts.

Cette préparation est-elle différente en freeride des autres disciplines de ski ?

Oui ! En descente, la vitesse demande beaucoup de volume, de muscles et de poids. La préparation comprend beaucoup de musculation et s’effectue avec des charges lourdes. Le freerider a besoin d’être léger. En salle, je travaille sans charge, uniquement avec le poids de mon corps. Je cherche à gagner en puissance sans prendre de poids. Je fais aussi beaucoup de vélo et d’autres sports cardio.

Depuis 2 ans, vous vous êtes converti à la voile. Vous venez notamment de participer cet été à la Transat 6.50. Quelles sont vos sensations ?

La première étape a été super. J’ai finit 14e. Avec uniquement 2 années de navigation derrière moi, le résultat est excellent. En revanche, la deuxième étape a été fatale à mon vieux bateau. Au cap Vert, j’ai été contraint d’abandonner à la suite d’une collision avec un gros poisson, une baleine ou un requin, je ne sais pas. Je suis déçu car j’étais vraiment dans le coup. Mais l’expérience a été super. Plus les jours passaient et plus j’avais l’impression d’être performant. J’ai vraiment pris goût à la navigation.

Comment êtes-vous passé de la montagne à la mer ?

En 2006, j’ai parrainé le bateau du skipper Adrien Hardy. J’ai ainsi découvert le monde de la voile, qui m’a beaucoup plu. J’ai vu que tous les skippers n’étaient pas professionnels. J’ai donc décidé de trouver des partenaires pour financer mon bateau (de 50 000 €) et de me lancer dans l’aventure.

As-tu un entraîneur qui te guide dans ta pratique ?

Je n’ai pas d’entraîneur attitré. Je connais bien le skipper Thomas Normand qui me conseille et j’ai fait quelques sorties avec son entraîneur, Tanguy Leglatin.

Comment vous-êtes vous préparé pour cette course ?

Physiquement, je n’ai pas eu besoin de préparation car je suis sorti en forme de l’hiver et de ma saison de ski. J’ai donc surtout travaillé techniquement. Le bateau demande un effort différent du ski, qui est de courte durée et porte essentiellement sur le haut du corps. À l’inverse, grâce à la voile, j’ai déjà préparé le haut du corps pour ma saison de ski. Je pratique aussi d’autres sports comme le vélo, l’escalade, la rando, le squash, etc. Je touche à tous les sports excepté le footing à cause de mes problèmes de genoux.

Vous avez encore des problèmes de genoux…

J’ai le cartilage rotulien fissuré. Mes genoux gonflent lorsque je cours. Le médecin qui me suit nettoie au fur et à mesure que le cartilage se déchire mais le problème reste. Je suis donc condamné à faire du sport toute ma vie car mon corps a besoin d’être soutenu par des muscles puissants.

Pensez-vous que ce sont les séquelles de votre blessure au saut à ski lors de votre adolescence ?

Oui. J’avais 17-18 ans lorsque les douleurs sont réapparues. Depuis, j’ai vu plusieurs médecins et subi plusieurs opérations. La dernière remonte à 2004. Aujourd’hui, j’ai appris à faire avec. Je compense musculairement. Ma préparation est donc très importante.

Votre pratique sportive vous empêche donc de vous rétablir correctement…

Le ski, le saut à ski et le freeride sont des sports traumatisants pour les genoux. Et puis, je skie depuis tout petit. Lors de ma dernière opération, les chirurgiens m’ont dit que je ne skierai plus. Mais je suis toujours là.

Avec votre pratique de la voile et du ski, arrivez-vous à planifier une trêve sportive dans votre emploi du temps ?

Pas depuis que j’ai commencé la voile. Mais là je viens de passer un mois de novembre tranquille. J’avais vraiment besoin de repos. Le ski fatigue physiquement et la voile mentalement.

Avez-vous un équipement spécifique pour aller skier ?

Mon équipement dépend de mes goûts du moment et des évolutions technologiques de mon équipementier, Helly Hansen®. J’aime notamment la liberté de mouvement fournie par la technologie Helly Tech® en 3 couches. Je suis aussi accro à la doudoune en Lifa Odin Noir.

Crédit photo : Helly Hansen

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