LES TALONS HAUTS FAVORISENT-ILS LES TENDINITES D’ACHILLE ?

Valérie est une jeune femme élégante de 33 ans. Elle pratique le sport en salle et la course à pied. Elle s’interroge! SantéSportMagazine lui répond… et lui donne des conseils.

Par le docteur Stéphane CASCUA, médecine et podologie du sport

Le tendon d’Achille est une grosse corde fibreuse. Vous la percevez à l’arrière de la cheville. Elle rejoint le muscle du mollet et l’os du talon, le calcanéum. Quand le premier se contracte, il tire sur le second. La cheville s’étend et propulse le corps vers le haut et en avant. Lorsque les tractions sont excessives, de petites fi bres se déchirent, c’est le stade aigu de la tendinite. Dans un second temps, il se forme des cicatrices anarchiques et fragiles. C’est le stade chronique !

Talons hauts, sport et tendinite : c’est logique !

La taille des muscles et des tendons s’adapte à la distance entre les points d’accrochage. Quand elle diminue, la quantité de fibres se réduit. C’est ce qui se produit lors d’une immobilisation articulaire. Le coude constitue l’exemple le plus frappant. Si vous le laissez plié à angle droit quelques jours, il devient vite difficile de l’étendre… ça tire dans le biceps ! À l’inverse, vous le savez, lorsque vous faites régulièrement des étirements, les sous-unités musculaires se multiplient et vous gagnez en souplesse. Si vous êtes juché sur des talons 16 heures par jour, votre mollet se raccourcit ! D’autant que, durant la nuit, que vous dormiez sur le dos ou sur le ventre, votre cheville se place spontanément en extension. Ce qui n’arrange rien ! Si, brutalement, à l’occasion de votre sport, vous mettez vos pieds à plat, vous exercez une incontestable tension sur ces structures rétractées. Pire encore, vous ajoutez à la souffrance de votre tendon, la transmission des forces de contractions musculaires du mollet ! Vous risquez fort de déchirer quelques fibres et de basculer vers la tendinite… sans oublier la probabilité de claquage musculaire !

Conseils aux rétractées !

Mesdames, si vous portez des talons hauts, compensez par des étirements réguliers et fréquents. Le soir venu, arrêtez le « retracting », passez au « stretching » ! Le protocole vise vraiment à allonger les tissus ; il faut conserver longtemps la posture permettant de sentir une tension, sans provoquer de douleur. Restez en position 30 secondes, augmentez peu à peu le temps de maintien. Jour après jour vous gagnerez en amplitude, votre mollet sera moins rétracté. Négociez avec vos chaussures ! Soyez progressive. À la maison, essayez de marcher équipée de chaussons avec peu de talons. De temps à autre, déambulez à plat ou pieds nus. Allez, vous qui aimez le sport, réduisez un peu les talons dans la vie quotidienne ! Gardez les échasses pour les soirées festives ! Pour votre moral comme pour vos tendons, enclenchez la démarche pas à pas. Pas trop bas tout de suite, pas trop longtemps ! À l’inverse, pendant le sport, limitez les tensions du mollet. Mettez une talonnette. N’abusez pas de la course, augmentez très progressivement ; elle écartèle le tendon lors de l’amortissement de chaque foulée. Préférez le vélo, voire l’elliptique, qui limite les tractions. Utilisez le stepper pour favoriser l’adaptation de votre tendon. Commencez un peu sur la pointe des pieds puis à plat. Terminez cheville dans le vide, en écrasant le talon. En appliquant l’ensemble de ces conseils, progressivement, pendant 6 semaines à 3 mois, votre mollet devrait retrouver suffisamment d’élasticité pour assumer normalement l’activité sportive de votre choix !

__________________________________________

LES MÉFAITS DES TALONS HAUTS POUR LES SPORTIVES

Rétraction de la « chaîne musculaire et tendineuse postérieure­» augmentant le risque de : claquage du mollet, tendinite d’Achille, tendinite de la voûte plantaire (appelée «­myoaponévrosite­») et d’aggravation d’un pied creux. Réduction de l’appui postérieur et désadaptation de l’os du talon, augmentant le risque de fracture de fatigue du talon. Hyperappui antérieur augmentant le risque de souffrance de la tête des baguettes osseuses du pied (les métatarsiens), d’ampoules profondes appelées « bursites », d’accumulation localisée et douloureuse de corne (durillons plantaires), d’oignon du pied, surtout en cas de chaussures étroites.

Comments are closed.