VALÉRIE FOURNEYRON, LE SPORT PLUTÔT QU’UNE LONGUE LISTE DE MÉDICAMENTS

Depuis plusieurs années, le concept de « sport-santé » est mis au cœur de la politique française. La ministre des Sports, de la Jeunesse, de l’Éducation populaire et de la Vie associative, Valérie FOURNEYRON, a répondu à nos questions pour nous présenter la démarche de l’actuel gouvernement.

Propos recueillis par Gaëtan LEFÈVRE

 SanteSportMagazine 22 - ValerieFourneyron

Priorité du gouvernement et de la ministre des Sports, l’intégration de l’activité physique à la politique de santé publique est également un des combats menés par les acteurs de SantéSportMagazine.

Que signifie le concept « sport-santé » ?

Il peut se traduire par un slogan tout simple: «­Le sport, plutôt qu’une longue liste de médicaments »­! Toutes les études nationales et internationales prouvent que le sport est bénéfique pour la santé, aussi bien pour prévenir les maladies, que pour guérir certaines pathologies liées à la sédentarité ou pour éviter des récidives de maladies graves. Pourtant, en dépit de ces constats, les pouvoirs publics n’ont jamais pleinement utilisé le sport et l’activité physique comme des outils prioritaires dans une politique de santé publique. Avec ma collègue la ministre de la Santé et des Affaires sociales, Marisol TOURAINE, nous souhaitons opérer cette jonction entre politique sportive et politique de santé.

Vous souhaitez utiliser le sport comme un outil de la santé publique. Concrètement, quelles sont les actions mises en place ?

Souvent les actions les plus efficaces et les plus durables sur le long terme sont celles qui agissent au niveau des structures. Le premier enjeu est de rendre le sport accessible à tous, quel que soit l’âge, la condition physique, le genre, le milieu social. Cela signifie réduire les inégalités d’accès à la pratique sportive, qui sont encore très nombreuses dans notre pays, malgré  e que l’on croit. Pour vous donner un exemple, seul 1,2­% des personnes en situation de handicap pratiquent un sport en France ! Les femmes, dans certains territoires, ont deux fois moins accès aux équipements sportifs que les hommes. Et je ne parle pas des personnes âgées qui trouvent souvent peu de structures équipées près de chez elles pour pratiquer un sport… Le premier niveau d’intervention est donc de réorienter les moyens financiers de l’État pour développer les équipements de proximité, soutenir les associations, les clubs, dans nos quartiers, pour réduire ces inégalités.

Second axe de travail : certaines régions, certains territoires se sont organisés en réseaux Sport-Santé-Bien-être pour ramener des personnes sédentaires vers la pratique d’une activité physique et sportive, quand elles souffrent de pathologies. Ces réseaux mettent en lien des professionnels de santé et des professionnels de l’animation sportive sous l’impulsion des structures de l’État, des Directions régionales de la jeunesse, des sports et de la cohésion sociale et des Agences régionales de santé. Je suis allée visiter plusieurs de ces réseaux, en Picardie et en Champagne-Ardenne notamment. Ces initiatives apportent une vraie amélioration et un réel mieux-être dans la vie des personnes sédentaires. Elles permettent à des personnes très sédentaires ou souffrantes de pathologies de retrouver une activité physique et sportive, dans des clubs labellisés, avec des personnels qui ont été spécialement formés pour leur «­ré-enseigner­» le sport. J’ai mis en place, avec ma collègue Marisol TOURAINE, des moyens financiers et techniques pour aider ce type d’initiatives à se généraliser sur nos territoires.

Le sport tient aujourd’hui une place primordiale dans la société et dans les médias. Ces derniers communiquent régulièrement sur les bienfaits de l’activité physique sur la santé et l’importance de l’alimentation. Selon l’INSEP, la pratique physique et sportive des personnes âgées de 15 à 75 ans a légèrement progressé entre 2000 et 2010. Et pourtant, l’obésité et le surpoids sont en hausse. Comment luttez-vous contre ce phénomène ?

Les pathologies liées à la sédentarité et au surpoids sont connues ­: hypertension, maladie cardiovasculaire, risque accru de cancer, diabète, etc. L’Organisation mondiale de la santé estime que 10­% des décès dans les pays occidentaux sont liés à la sédentarité ­! Et je ne parle pas du mal-être d’ordre psychologique qui peut naître chez des enfants en surpoids dans nos sociétés où le paraître est roi et où le modèle du jeune, svelte, sportif, rayonnant de santé, est tellement valorisé. C’est vraiment un paradoxe, quand on y pense. Changer les mentalités requiert avant tout de changer les habitudes dès le plus jeune âge. Il faut que nous arrivions à construire tous ensemble une habitude de vie dans laquelle l’activité physique ou sportive sera pleinement intégrée. Cette habitude, on le sait, naît à l’école et dans la vie associative au plus jeune âge. C’est pour cette raison que je travaille, avec le ministre de l’Éducation nationale et avec les collectivités locales, pour que les activités physiques sportives aient plus de place dans les activités scolaires et périscolaires.

Il existe aujourd’hui des actions de promotion de l’activité physique telles que les réseaux « Picardie en forme » ou le dispositif « sport-santé sur ordonnance » de Strasbourg. Est-ce qu’elles peuvent fonctionner au niveau national ?

Je souhaite effectivement développer ces réseaux «­ Sport-Santé-Bien-être ­» sur tout le territoire. Avec Marisol TOURAINE, nous avons transmis des instructions en ce sens à nos services déconcentrés dans les 26 régions de France, à savoir les Directions régionales de la jeunesse, des sports et de la cohésion sociale et les Agences régionales de santé. À elles, d’ici à la fin de l’année, de faire naître ces réseaux, en partenariat avec les collectivités locales, les associations de leur territoire, les personnels de santé, le mouvement sportif local, les professionnels de l’activité physique et sportive et les organismes liés à la santé. Dès les premières semaines, l’enthousiasme a été au rendez-vous ! Les premiers retours des groupes de travail qui se sont mis en place montrent qu’il y a un vrai potentiel sur le terrain. Il fallait juste donner la bonne impulsion et je pense que c’est ce que nous avons fait.

Comment seront financés ces projets ?

Trois millions d’euros, entre le budget des Sports et le budget de la Santé, sont fléchés pour développer ce type de projets en 2013. Ces trois millions serviront d’accélérateur. Ce sont les collectivités et le mouvement sportif, éventuellement soutenus par des partenaires privés, comme c’est le cas en Picardie, qui feront vivre ces réseaux. Mais il faut avoir une chose en tête ­: la prévention a un coût bien moindre que le soin. Au final, ceux qui auront investi dans ces réseaux ne pourront que s’en féliciter. Par exemple, dans le Morbihan, des EHPAD proposent aux pensionnaires des activités physiques et sportives. Le bénéfice en termes de réduction des frais de soins s’est fait sentir presque immédiatement, au point que les salaires des animateurs sportifs sont désormais pris en charge dans les frais d’hébergement. Et puis, dernier point, l’État participera à ces initiatives par la création, au sein du ministère, du tout premier Pôle ressource sport et santé. Ce centre d’expertise accompagnera les expérimentations des territoires, les organisera, les conseillera, contribuera à les essaimer en partageant les expériences et en les évaluant.

Pour finir, pratiquez-vous un sport ou une activité physique actuellement ?

Depuis huit mois, le rythme est très sportif mais avec un peu moins de temps à consacrer au sport que lorsque j’étais maire de Rouen malheureusement ! Mais je ne perds pas une occasion de courir ou de faire du vélo. Je vous le disais ­: la mobilité active, c’est le bon moyen de faire du sport sans s’en rendre compte pour maintenir un équilibre de vie.

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