SARAH HÉBERT, UN CŒUR QUI BAT AU RYTHME DES VAGUES

Vice-championne du monde de windsurf, Sarah HÉBERT vit une carrière agitée. En 2005, des médecins détectent une tachycardie ventriculaire chez la sportive. Après l’implantation d’un défibrillateur, elle reprend la compétition et devient championne d’Europe ! Sarah a la mer qui coule dans ses veines.

PROPOS RECUEILLIS PAR GAËTAN LEFÈVRE

 SanteSportMagazine Feminin 8 - Sarah Hebert - Crédit : Pierre Bouras

Sarah HÉBERT n’est pas une athlète facile à joindre. Constamment aux quatre coins du globe, elle traverse le monde au fil des marées. Consciente que la vie est courte, elle se lance à fond dans ses projets.

En 2005, vous êtez victime de troubles du rythme cardiaque, plus précisément d’une tachycardie ventriculaire. Comment avez-vous appris que vous aviez un problème cardiaque ?

J’étais sportive de haut niveau en voile. J’avais donc un suivi médical régulier. Pour la première fois, j’ai dû faire un test d’effort. Durant ce test, les médecins ont vu que mon cœur battait fort et de manière irrégulière. J’ai été étonnée. J’avais déjà eu quelques crises mais rien de grave. La première avait eu lieu lors d’une sortie en V.T.T. 1 an auparavant. J’ai donc eu du mal à comprendre le problème. Après le test d’effort et la détection de mon problème cardiaque, j’ai dû faire une batterie de nouveaux examens à l’hôpital de la Salpêtrière à Paris. Ces tests n’ont rien révélé. Mon problème est simplement chimique. Pour provoquer une contraction cardiaque, le corps libère des hormones. Les miennes sont libérées de façon anarchique. Mon cœur bat donc en désordre, sans amplitude. Et si les médecins n’ont rien trouvé, ils m’ont dit que ce que j’avais était grave. Qu’il y avait un risque de mort subite. Ils m’ont donc fortement conseillé de me faire implanter un défibrillateur. Ce dernier m’a été implanté le 1er mars 2006.

Vous n’aviez que 21 ans à l’époque. Malgré cela, vous êtes repartie à l’assaut de vagues. La reprise du sport a-t-elle été difficile après votre opération ?

La douleur postopératoire a été violente. Il faut imaginer le défibrillateur comme un petit téléphone portable. Et à l’intérieur du corps, il prend de la place. Il pousse les organes qui l’entourent, ce qui provoque des douleurs. Malgré cela, mon entraîneur m’a encouragé à aller aux Championnats d’Europe. La compétition pouvait m’aider à me changer les idées. J’y suis allée. Et j’ai gagné. Ma volonté et ma joie de pratiquer ont dû m’aider.

Comment avez-vous fait pour remporter les Championnats d’Europe seulement 2 mois après l’implantation de votre défibrillateur ?

J’ai pu m’entraîner 1 mois. Je n’avais pas perdu ma technicité. À ce niveau, on n’oublie pas la pratique. Le gros du boulot était mental. Il fallait que je me confronte à ma peur des chocs. Après une opération et avec un corps étranger dans l’organisme, la chute fait peur. Heureusement, j’ai été aidée par les personnes qui m’entouraient et mon groupe de travail qui a fait comme si tout était normal.

SanteSportMagazine Feminin 8 - Sarah Hebert 2 - Crédit : Pierre Bouras

Quelques mois plus tard, la Fédération française de voile vous a retiré votre licence. Que s’est-t-il passé ?

Après une commission, la fédération a statué que j’étais inapte à la pratique de la voile. Cette décision est principalement liée aux assurances pour lesquelles je représente un risque qu’elles ne veulent pas prendre. Ce problème est quotidien. Je me bats tous les jours pour ne pas que l’on catégorise les individus porteurs d’un défibrillateur. L’important est la pathologie et non l’opération.

Avez-vous récupéré votre licence aujourd’hui ?

Non. À l’époque, j’ai vu plusieurs cardiologues pour comprendre et voir si ma passion ne prenait pas le pas sur la raison. Les avis divergeaient. Puis, je me suis dit que, des risques, on n’en prenait tous les jours. Mon histoire est arrivée aux oreilles de la Fédération de voile d’Arménie qui semblait intéressée par mon profil et respectueuse de mon parcours. Aujourd’hui, je suis Francoarménienne, je pratique sous une licence arménienne pour laquelle je suis ambassadrice. En échange de la nationalité arménienne, je devais participer aux qualifications pour les jeux Olympiques de Pékin. Malgré ma qualification, je n’ai pas pu participer aux J.O. car le pays n’avait pas assez de budget pour envoyer tous ses athlètes.

Aujourd’hui, votre défibrillateur change-t-il quelque chose dans votre préparation physique ou votre entraînement ?

Dans ma vie, rien n’a changé. Dans mon entraînement, je dois faire attention. Je ne peux, par exemple, pas vraiment faire de musculation du haut du corps. Il faut savoir que le défibrillateur est attaché à une sonde. Et lorsque je lève mon bras, je pince la sonde. Pour éviter que le boîtier ne bouge et s’use, j’évite la musculation du haut du corps.

Cette année, vous vous étiez lancée pour défi la traversée de l’océan Atlantique en windsurf. Comment vous étiez-vous préparée à naviguer 6 à 8 heures par jour ?

La préparation m’a pris 2 ans. Il faut pratiquer énormément de navigations longues. J’ai fait de nombreux raids dans plusieurs sports : stand up paddle, V.T.T… J’augmentais régulièrement le temps des séances. La base de mon entraînement était donc l’endurance. J’ai aussi dû adapter mon matériel. J’ai choisi un équipement plus confort, me permettant un gain d’énergie non- négligeable.

Vous êtes partie du Sénégal en juillet 2012, comment s’est déroulée la première partie de la traversée ?

Le départ a été difficile. Entre le Sénégal et le Cap-Vert, la mer a été agitée. Les vagues résonnaient. Le vent était orienté à l’est. J’étais donc obligée de faire des zigzags dans l’axe du vent pour avancer ce qui a doublé mon trajet et mes efforts. Après, j’ai eu une grosse fatigue. J’ai atteint mes limites plus tôt que prévu. L’abandon a été dur.

Quels sont vos projets sportifs ?

J’ai annulé ma participation à la Coupe du Monde de windsurf. Aujourd’hui, je me consacre à un projet de 3 ans sur le thème de l’énergie. Côté sportif, je vais réaliser 2 expéditions : une en Amazonie, où je descendrai le Rio Tapajós en stand up puddle, l’autre sur la Route du Rhum en voilier eco power raid.

SanteSportMagazine Feminin 8 - Sarah Hebert 3 - Crédit : Pierre Bouras

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TACHYCARDIE ET DÉFIBRILLATEUR : EXPLICATIONS

Par le docteur Stéphane CASCUA

Étymologiquement, « tachycardie ventriculaire » signifie «­accélération du cœur en provenance du ventricule­». Ce phénomène survient en cas d’anomalie cardiaque, particulièrement pendant l’effort, alors que le corps est stimulé par les hormones du stress. Habituellement, l’ordre de contraction est conduit par un tissu électrique spécialisé sillonnant le cœur. Il arrive simultanément dans toutes les fibres musculaires. L’ensemble du muscle cardiaque se raccourcit de manière synchrone. Le sang est propulsé dans les artères. Lors de la tachycardie ventriculaire, l’influx tournoie autour d’un noyau fibreux anormal situé en profondeur dans le muscle cardiaque. Ce courant diffuse dans tous les sens. Les fibres se contractent de façon anarchique, le cœur se met à vibrer, incapable d’expulser le sang ! En l’absence de réanimation, 3 minutes plus tard, c’est la mort subite ! Les défibrillateurs implantables ont pour mission de détecter la tachycardie ventriculaire et d’envoyer une décharge électrique. Souvent, cette dernière réussit à resynchroniser l’ensemble des fibres du muscle cardiaque… et le cœur renoue avec un fonctionnement normal. Il existe aussi des défibrillateurs externes dans les lieux publics qui peuvent permettre à tous de sauver la vie d’un individu victime d’une tachycardie ventriculaire.

Crédit photos : Pierre Bouras

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