JEAN-CLAUDE METTEFEU, UN AVENTURIER SOLITAIRE

À 60 ans, Jean-Claude METTEFEU est un personnage atypique. Marcheur et skieur invétéré, il a transformé les Alpes en domaine de jeu. Seul et en autonomie complète, il traverse ces montagnes dans tous les sens avec pour objectif de repartir une fois la traversée achevée. SantéSportMagazine dresse son portrait.

PAR GAËTAN LEFÈVRE

 SanteSportMagazine Senior 6 - Jean-Claude Mettefeu - Credit photo :Jean-Claude Mettefeu

Jean-Claude METTEFEU est à la randonnée ce que Forrest GUMP, personnage éponyme du film de Robert ZEMECKIS, est à la course à pied. Constamment sur les chemins escarpés de montagne, il est un aventurier solitaire traversant les monts de 4 000 m seul et en autosuffisance.

Naissance d’un aventurier solitaire

La passion de Jean-Claude METTEFEU est née de simples nuits passées en camping sauvage dans la vallée de Chamonix. Vers 1976-1977, alors que notre héros a une vingtaine d’années, il s’isole dans les Alpes pour réaliser ses premières ascensions. À l’écart du monde, de la civilisation et de ses technologies, l’aventurier naît et se découvre une destinée dans la lignée de premier de cordée. La réalité rattrape cependant le rêve et les besoins d’indépendance. Malgré une vie peu coûteuse et un loisir peu onéreux, Jean-Claude doit travailler pour se payer le matériel nécessaire. Pendant une quinzaine d’années, il est embauché comme perchman et s’occupe des touristes venus profiter de son habitat. Très vite, la montagne et l’ascension ne lui suffisent plus. Attiré par la liberté et l’autonomie, Jean-Claude refusera de s’engager dans une voie de guide de montagne qui lui aurait permis de réaliser sa passion tout en subvenant à ses besoins. Une fois un peu d’argent mis de côté, il est temps de se confronter à la nature, à son rêve et à son destin. Pendant 2 hivers entiers, le ski de randonnée rythme ses journées. L’effort physique sculpte son corps. La solitude façonne son esprit. Et la montagne crée sa passion. L’aventurier solitaire est né. Jean-Claude METTEFEU est arrivé au point de non-retour. Impossible de rebrousser chemin, par risque de se perdre et de chuter. La vie urbaine est maintenant loin. Il fait face à sa fortune et explore de nouvelles vallées.

Un record improbable

La fin des années 1980 est un tournant pour Jean-Claude. Le professionnalisme frappe à sa porte. Le sponsoring étant à ses balbutiements, ce n’est pas la roue de la fortune qui tourne en sa faveur mais une aide indiscutable. Jean-Claude se retrouve sponsorisé par plusieurs marques et équipé de vêtements Philippe Car dis et de sac à dos, guêtres et baudrier Lafuma®. Il deviendra ensuite testeur chez Wilsa Sport® durant 2 à 3 ans. Ces collaborations improbables ouvrent de nouvelles voies à notre alpiniste. L’aventurier solitaire enchaîne plus de 500 ascensions de niveau moyen. Jour après jour, il relève les différents défis qui lui font front jusqu’à atteindre un record et laisser sa trace dans la montagne. Pendant l’été 1991, il obtient le record européen de vie en altitude en campant pendant 27 jours près du sommet du mont Blanc. Installé avec 4 sacs de 30 kg, 2 tentes, du gaz et de la nourriture, il effectuera quotidiennement des ascensions au sommet, cherchant jour après jour à rapprocher un peu plus son bivouac du sommet.

Recenseur des Alpes

SanteSportMagazine Senior 6 - Jean-Claude Mettefeu - Credit photo :Jean-Claude Mettefeu 2

Depuis, la passion de Jean-Claude ne l’a pas quitté. Bien au contraire, l’aventurier devient ermite. Son mariage avec la montagne prend de la hauteur. Au début des années 2000, en partant d’Autriche pour un retour en France, il traverse en 90 jours les Alpes. De 2000 à 2007, il parcourt tous les 5 à 6 mois, plus de 8 000 km dans les Alpes. France, Suisse, Autriche, Italie, tous leurs sommets sont devenus son territoire. Ses aventures et sa passion commencent à avoir de l’écho. Différents clubs alpins l’invitent, l’hébergent et l’écoutent. Jean-Claude METTEFEU devient le porte-parole des aventuriers alpins et offre de nouvelles histoires de cordées à raconter près des cheminées. Durant l’été 2008, il gravit plus de 20 sommets de 4 000 m. En 2009, il atteint 20 fois le sommet du mont Blanc dont 17 fois en solitaire. En 2010, il traverse de nouveau les Alpes à pied, de Nice à Venise. En 2011, il décide de parcourir Nice-Triglave (le plus haut sommet de Slovénie). En 2012, il met 75 jours pour aller de Monaco au mont Civetta, en Italie.

Attention aux kilos en trop

Toutes ces expéditions, Jean-Claude les réalise en autonomie complète avec 2 moyens pour se loger. Les auberges sont évidemment la solution la plus confortable, mais aussi la plus coûteuse. Jean-Claude s’autorise donc une fois par semaine une nuit en local lui permettant ainsi d’avoir accès à un toit, un feu et de se faire une petite toilette. Cependant, le confort n’est pas dans sa philosophie. Pour être confronté réellement à la montagne et s’endurcir, il préfère dormir dehors, avec ou sans tente. Pour cet homme, dormir à la belle étoile est un luxe, mais aussi un choix stratégique. La tente est un poids. À chaque pas, elle oblige à un effort supplémentaire. Chaque kilo devient une épée de Damoclès. L’équipement est une clé de la réussite d’une traversée mais aussi d’une bonne santé. Si le poids est un naufrage, le manque est un suicide. Aujourd’hui, Jean-Claude part en expédition avec un sac d’environ 10 kg comprenant principalement un minisac de couchage, un matelas fin et une couverture de survie. Le poids du sac à dos est un facteur encore plus important pour Jean-Claude car à 60 ans, on ne porte plus comme à 20 ans. Mais aussi parce que notre aventurier souffre de douleurs au dos.

Une ombre au tableau

À l’automne 1978, Jean-Claude est victime d’un accident du travail. Il est alors vendeur à « La boî te à outils », près de Grenoble. En aidant un client à charger des sacs de ciment dans sa voiture, il se bloque le dos. Pendant 10 ans, son corps le laisse tranquille. La force de la jeunesse. Mais le temps échappe à l’Homme et ce dernier ne peut lutter contre. D’un coup, la douleur s’installe et Jean-Claude doit composer avec. Les examens subis (IRM), consultations de médecins… n’apportent pas de solutions. Nerfs coincés, scoliose lombaire et ostéophytes, le diagnostic n’est pas très bon mais le chirurgien ne proclame toutefois pas d’opération. Quelques années plus tard, la douleur ressurgit. Pour la supporter lors de ses expéditions, Jean-Claude se dope aux anti-inflammatoires. Une ombre au tableau de l’aventurier solitaire. Malgré un mental d’acier, le corps ne se fait pas oublier. À n’importe quel moment, le passé peut ressurgir. Et le présent nous rappelle notre vulnérabilité. Obligé de porter des sacs à dos d’un poids maximum de 14 kg, Jean-Claude se retrouve donc limité dans ses expéditions. Tant pis, le choix reste encore large et les paysages magnifiques, même dans

des randonnées de plus courte durée.

Pour bien grimper, bien manger

Les conditions extrêmes qui règnent sur les monts alpins et l’autosuffisance exigée par ces expéditions obligent Jean-Claude à pourvoir au mieux à ses besoins. La nécessité humaine dans ce contexte est principalement de bien s’hydrater et s’alimenter. Pour résister au froid et pour subvenir à la dépense énergétique d’un tel effort, Jean-Claude doit se nourrir et boire de l’eau en quantité suffisante. La planification des repas est aussi importante que celle du parcours. Équipé d’un petit réchaud, l’alpiniste se nourrit principalement de plats lyophilisés, de jambons du pays, de fromages, de pains complets et de barres énergétiques. Pour s’hydrater, l’eau est évidemment l’élément principal qu’emporte Jean-Claude, ainsi que quelques sachets de thé. En parallèle, il consomme des compléments alimentaires : acides aminés, collagènes ou compléments protecteurs des articulations. Dans ce combat, la préparation se réalise aussi en amont… en ayant une alimentation variée : beaucoup de viande car peu consommée pendant les expéditions, légumes et fruits ; éviter les sauces grasses, ainsi que tous les autres conseils nutrition que l’on connaît car ils sont répétés sans cesse.

À 60 ans, Jean-Claude METTEFEU est un homme surprenant et un athlète épanoui. La montagne l’a attiré pour en prendre possession. Sa philosophie l’a conduit dans cet espace de liberté dans lequel il est seul à choisir son chemin. Jean-Claude est un homme simple, préférant une carte à un GPS, la montagne à la ville et l’adrénaline au confort. Pour l’été prochain, notre aventurier prévoit de rester encore un peu dans son habitat avec l’ascension de plus de 20 sommets de 4 000 m majoritairement en Suisse. Puis ce sera le grand saut. 2013-2014 devrait marquer le départ de l’aventurier solitaire alpin pour les Andes en Amérique du Sud.

Comments are closed.