J’AI ENCORE MAL À MON ENTORSE DU GENOU

Maxime nous pose cette bonne question. Il a 28 ans, il joue au football. Il y a 3 mois, il a été victime d’une entorse du ligament interne du genou droit confirmée par l’IRM. Il continue à souffrir lorsqu’il frappe de l’intérieur du pied.

Par le docteur Stéphane CASCUA, médecin du sport.

 SanteSportMagazine n°23 - entorse genou

1/ Ligament interne : cicatrice fibreuse haute

2/ Ligament interne : cicatrice fibreuse basse

Le ligament interne du genou est la cordelette fibreuse reliant le fémur, l’os de la cuisse, au tibia, l’os de la jambe. Lorsque le genou droit bascule vers la gauche, cette structure est mise en tension et tente de limiter le mouvement. Quand l’amplitude est trop importante, ce ligament se distend ou se déchire. Son point faible se situe habituellement sur a zone d’accrochage supérieur sur le fémur. C’est à cet endroit que Maxime présente encore des douleurs. Plus rarement, la lésion est sur la portion basse du ligament.

Souvent, ça se complique !

La complication que décrit Maxime est classique ! Son entorse était de gravité moyenne. Le ligament s’est un peu allongé sans se déchirer complètement. Le traitement dont il a bénéficié a été adapté. Il a porté une genouillère à armatures latérales articulées pendant 3 semaines. Il a fait de la rééducation. Son kinésithérapeute lui a proposé des exercices pour renforcer et améliorer la coordination de sa « patte d’oie », les muscles qui verrouillent la face interne du genou. Après 1 mois, en courant et même lors des déplacements latéraux, tout se passait bien. Quand il a repris le football, à l’occasion des frappes de l’intérieur du pied, ses douleurs sont réapparues dans le secteur de son entorse ! Pourquoi ? La cicatrice haute du ligament interne est souvent imparfaite. Lors du traumatisme, il s’est produit un saignement. Une croûte s’est formée. À cet endroit, il se constitue souvent un amas tissulaire où les fibres ligamentaires s’enchevêtrent sans s’orienter dans l’axe des contraintes mécaniques. Quand Maxime effectue une passe longue ou une transversale, le ballon impacte fortement l’intérieur du pied. L’effet levier sur le genou est important et la cicatrice anarchique se déchire, un peu comme une gerçure ! Sur ces gestes techniques, les tensions ligamentaires internes sont fréquemment plus importantes que sur les appuis ou les pivots.

Il existe des solutions !

Dans un premier temps, il est opportun d’adapter les techniques de rééducation. Il faut « mécaniser » la cicatrice et gagner en spécificité « footballistique ». Le kinésithérapeute de Maxime est invité à faire des Massages transversaux profonds (MTP). Les MTP consistent à frotter énergiquement le point douloureux, perpendiculairement au ligament. La cicatrice devient plus souple. Il faut ensuite réorienter les fibres dans le sens des tensions habituelles. Des mobilisations articulaires, des massages doux dans l’axe du ligament y contribuent. Il est nécessaire d’ajouter un travail réadaptant le tissu aux contraintes de la frappe. Ainsi, au fur et à mesure de la « mécanisation », Maxime intègre du ballon à son protocole de rééducation. D’abord, il commence avec une balle légère en mousse. Il enchaîne avec un ballon de plus en plus gonflé. Il fait de la conduite puis des passes courtes et longues. Enfin, il tente les transversales et les frappes. Ces exercices contribuent également au « verrouillage instantané » du genou par les muscles internes, protégeant ainsi le ligament dans ces circonstances spécifiques. Le plus souvent, les douleurs cèdent grâce à ce traitement bien ciblé. Néanmoins, il est classique que des sensations désagréables persistent quelques semaines. Ce sont les derniers symptômes d’une « mécanisation » qui se peaufine ! Avant de tirer ou de contrer, Maxime doit s’efforcer d’anticiper et de contracter sa « patte d’oie ». Il est invité à ne pas tenter d’aller chercher les « ballons impossibles » du bout du pied… au risque de faire tourner son genou.

On monte d’un cran !

Si ce traitement traditionnel ne suffit pas, pas d’inquiétude ! Il est possible d’utiliser d’autres techniques. Le laser CO2 permet de « défibroser » la cicatrice (voir l’article sur le site de SantéSportMagazine : « Laser : passez à travers la blessure x»). La mésothérapie constitue également une bonne indication. Elle consiste à injecter dans l’épaisseur de la peau, au contact de la zone lésée des produits actifs. Dans ces circonstances, il peut s’agir d’anti-inflammatoires, d’ouvreurs de vaisseaux ou de silice nourrissant les ligaments (voir l’article sur le site de SantéSportMagazine : « La mésothérapie, une technique de pointe »). Ces deux dernières stratégies sont souvent compatibles avec la poursuite de l’entraînement adapté, vous continuez à « mécaniser » le tissu ligamentaire en douceur sur le terrain. En cas d’échec, une ou deux infiltrations viendront à bout des douleurs. Cette fois, de puissants anti-inflammatoires, des corticoïdes, sont injectés dans la profondeur du ligament de Maxime. Le magma fibreux voit son irritation et son empâtement régresser et disparaître. Après ce geste médical, le repos s’impose 3 à 5 jours. Maxime devra attendre encore une bonne semaine, consacrée à la remise en contrainte progressive des tissus, avant de rejoindre son équipe.

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