INERTIE

Patrick vient me consulter. Il enchaîne les blessures. Il fait de la course de fond, notamment du trail. Il a 44 ­ans. Adolescent, il pratiquait l’athlétisme avec pas mal de réussite. Il a gagné bon nombre de cross. Et puis, les études, le boulot et la vie familiale sont venus réquisitionner son agenda. Il a arrêté le sport ! Depuis 2 ans, il a renoué avec le mouvement. Sa balance, son épouse et ses collègues de bureau se sont coalisés pour le convaincre. Il avait pris pas mal de poids, sa femme était inquiète et une équipe de son entreprise préparait les 20­km de Paris. C’était le moment de relever le défi ! Aidé de sa bonne génétique, les sensations sont vite revenues. Il court bien, il impressionne ses copains ! Il tourne son premier marathon en 3h20. Quelques mois plus tard, il termine avec aisance un trail de 50 km. Malheureusement, après sa fracture de fatigue, il vient à nouveau me voir avec deux tendinites d’Achille !

Patrick : Je ne comprends pas, je suis en super forme mais je me blesse tout le temps !

Le doc : C’est à cause de l’inertie !

Patrick : À cause des impacts des foulées ?!

Le doc : Non ! À cause de l’inertie de l’appareil locomoteur ! Le système énergétique, c’est-à-dire le cœur et les muscles, s’adapte rapidement ! Ces organes sont rouges donc riches en vaisseaux sanguins. Les apports en nutriments et en oxygène favorisent probablement une plus grande « plasticité ». C’est d’autant plus vrai chez vous que vous êtes relativement doué. En revanche, les os, les articulations et les tendons s’accommodent beaucoup plus laborieusement à l’accroissement des contraintes. Ces tissus sont blancs et pauvres en vaisseaux, voilà qui justifie sûrement leur inertie. Le décalage de progrès entre « le cœur et les jambes ­» explique bon nombre de blessures du « sédentaire repenti » ! En pratique, donnez-vous du temps. Augmentez très progressivement la durée et la vitesse de vos footings. N’hésitez pas à varier les disciplines : natation, vélo, cardiotraining, ski de fond, marche nordique, randonnée… course… et même musculation. Ces activités diversifient les contraintes et favorisent l’adaptation de votre appareil locomoteur. Deux ans d’assiduité sont  nécessaires avant d’envisager la distance reine, le marathon !

DOCTEUR STÉPHANE CASCUA, MÉDECIN DU SPORT.

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