ROTULE FORCÉE ! TRAIL RATÉ ?

La rotule coulisse en avant du genou. Elle est particulièrement comprimée sur le relief. Son surmenage est rapidement douloureux et peut compromettre le plaisir de courir et la performance. SantéSportMagazine vous aide à reconnaître et à éviter cette blessure.

Par le docteur Stéphane Cascua, médecin du sport.

 SanteSportMagazine 24  - Rotule forcée, trail raté ? - crédit : Carlos Diaz - Recio TRANSGRANCANARIA 2013_61

La rotule est un os en forme de disque située à l’avant du genou. Sa face profonde est recouverte d’un épais cartilage qui favorise son glissement sur le fémur. Elle se situe dans le prolongement du quadriceps, le gros muscle de la cuisse. Elle est enchâssée dans le tendon qui la relie au tibia. Tout se passe comme si la nature avait cru bon de créer un renforcement osseux au sein d’un cordon fibreux. C’est dire les contraintes de compression et de cisaillement qui s’exercent sur cette rotule !

QUE SE PASSE-T-IL QUAND VOUS FORCEZ ?

En courant, vous fléchissez le genou à la réception de chaque foulée puis vous le tendez énergiquement à la propulsion. Lors de la première phase comme lors de la seconde le quadriceps se contracte, d’abord en freinage pour amortir l’impact puis en accélération pour relancer le mouvement. Simultanément, la rotule passe et repasse dans le couloir osseux du fémur. Les tensions musculaires compriment la rotule. Elle rabote d’autant plus que le genou est fléchi comme c’est le cas en côte. Le cartilage finit par s’irriter. Dans un premier temps, il devient inflammatoire et gonflé d’œdème. Mou, il peut même se déchiqueter et prendre un aspect friable, les chirurgiens disent « en chair de poisson ». Quand sa texture se modifie, il ne parvient plus à assumer sa mission de glissement, de roulement et d’amortissement. L’os sous-jacent subit des contraintes pour lesquelles il n’est pas adapté. Lui aussi s’inflamme. Contrairement au cartilage, le tissu osseux est innervé, c’est lui qui transmet la douleur lorsque vous souffrez d’une « rotule forcée », à l’occasion d’un programme mal conçu !

QUELS SONT LES SIGNES DE LA « ROTULE FORCÉE » ?

Vous avez mal en avant du genou. Les douleurs surviennent en début de footing. Lorsque les lésions sont modérées, la gêne s’estompe à l’issue de l’échauffement. Elle réapparaît en côte et souvent en descente… ainsi qu’en fin de parcours. Peu à peu, les douleurs vous accompagnent tout au long de vos sorties et même dans la vie quotidienne. Vous souffrez dans les escaliers. Assis longtemps, vous éprouvez le besoin de tendre la jambe. C’est le « signe du cinéma ». Le matin, au lever, votre genou est parfois un peu raide mais cette gêne disparaît à l’issue d’un « dérouillage ». En consultation, votre médecin du sport vous demande de sautiller, de fléchir vos appuis et de vous accroupir. Lors de ces tests, vous ressentez une douleur en avant du genou. Alors que vous êtes allongé, il tapote sur votre rotule et la décale légèrement sur le côté pour palper le cartilage en dessous. Là encore, vous avez mal. Parfois même, il sent votre rotule flotter au-dessus de votre genou. Quand il appuie, elle vient cogner sur le fémur. On parle de « choc rotulien » ou de « signe du glaçon ». Votre genou contient trop de liquide articulaire, il est gonflé ! C’est le fameux « épanchement de synovie ». Comme pour contrer l’excès de frottement, votre articulation a sécrété beaucoup de lubrifiant. Malheureusement, dans la précipitation, elle a produit une substance trop fluide qui n’est pas très efficace !

PREMIER MÉDICAMENT : LE REPOS « RELATIF » !

Votre préparation ne vous convient pas ! Elle est excessive, inadaptée ou mal conçue. Votre rotule a servi de fusible ! Peut-être vous a-t-elle évité de basculer dans un surentraînement plus profond ! Il est temps de réduire ou de modifier la charge de travail. Le repos sportif complet n’est pas le traitement, il faut garder des muscles forts et endurants pour bien guider la rotule dans son couloir osseux ! En revanche, quelques jours de récupération totale sont souvent bénéfiques. Par la suite, reprenez progressivement. Réduisez les dénivelés. Insistez sur le travail avec bâtons. En plus de ménager votre rotule en côte et en descente, ce travail augmente la sollicitation cardiaque d’environ 30 %. Il renforce les muscles des bras et du buste. Il s’agit d’un véritable exercice de gainage ! Pensez à remplacer certaines séances de course par de grandes balades à vélo en moulinant sur de petits braquets. Pendant un bon moment, contentez-vous de courir tranquillement. Améliorez votre rendement en trottinant à vitesse spécifique. Optez pour l’allure trail, alternez marche et course. Évitez-le fractionné ! Après quelques semaines, renouez avec les exercices intensifs à la piscine. Le crawl avec palmes sollicite le quadriceps mais le genou est peu fléchi et la rotule n’est pas écrasée. Cette stratégie permet de retrouver la forme tout en ménageant votre rotule. Pour éviter la récidive ou la survenue d’une « rotule forcée », une grande progressivité s’impose ! Et continuez à vous inspirer de ce programme diversifié et complémentaire.

SanteSportMagazine 24 - rotule forcée, trail raté - crédit : GoreBikeWear

LA MÉDECINE DES MÉDECINS !

Pendant les jours consacrés à la régénération, les anti-inflammatoires sont les bienvenus. Il ne s’agit pas d’un cache-misère. Souvenez-vous, le cartilage est gonflé et fragile comme une éponge humide. Réduire l’irritation permet de rigidifier la surface articulaire et d’améliorer le glissement. Il est pertinent d’accompagner cette prise en charge initiale d’un traitement de fond apportant la matière première constitutive du cartilage. Chondroïtine, glucosamine et silice peuvent être prescrits pendant 3 mois. Si ce traitement ne s’avère pas suffisamment efficace, une infiltration est conseillée. Là encore, ce produit ne se contente pas d’éliminer la douleur. La cortisone, administrée à petite dose au bon endroit, durcit le cartilage. Elle freine l’emballement des globules blancs qui, en plus de nettoyer les déchets articulaires, s’attaquent au cartilage sain. Il est recommandé d’associer cette infiltration à un arthroscanner. Lors de cet examen, avec une seule piqûre, le radiologue injecte simultanément la cortisone et un produit de contraste. Ce dernier moule la surface articulaire. Il peut mettre en évidence des irrégularités ou des trous dans le cartilage. Des images de ce type invitent à la prudence et à la progressivité lors de la reprise de l’entraînement. L’IRM montre la texture de l’os sous-jacent. On y constate souvent de l’œdème. La structure osseuse est, elle aussi, fragilisée et inflammatoire. Dans ce contexte, il est bon d’ajouter du calcium et de la vitamine D. Si la douleur continue à vous gêner, des injections de produits lubrifiants sont envisagées. On parle de « visco-supplémentation ». Il s’agit d’un liquide gélatineux de même nature que la synovie naturelle baignant votre articulation. Néanmoins, les molécules sont plus grosses et se comportent comme des roulements à billes et des amortisseurs. Injectées après avoir « séché » votre gonflement excessif grâce à l’infiltration, elles font office de « patron de couture » et guident la formation de nouvelles molécules plus grosses. Ainsi, l’effet bénéfique peut durer 6 à 12 mois. Alors, vous l’avez compris, pour soigner votre « rotule forcée », la médecine peut vous aider ! En revanche, il ne tient qu’à vous de programmer un entraînement très progressif et varié. Bon trail !

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