ASYMPTOTE

Bertrand vient me voir pour son certificat d’aptitude à la course. Il est passé du marathon au trail. Alors je l’interroge :

Le doc : Vous saturiez du macadam ?

Bertrand : Oui, et surtout, je ne progressais plus ! Je m’escrimais à fractionner pour tenter d’améliorer la puissance de mon moteur ! Je tournais sur la piste en tartan. Mes yeux oscillaient fébrilement entre mon chrono et mon cardiofréquencemètre. Quand je partais pour de longues courses, c’est mon GPS qui accrochait perpétuellement mon regard. Je voulais conserver une vitesse moyenne correspondant à mes aspirations sur marathon. Je devenais obsessionnel ! Désormais, je suis plus cool. Je commence une nouvelle discipline. Je n’ai plus de référence de performance. De plus, pour une même épreuve, les chronos ne sont pas comparables d’une année sur l’autre. Souvent, les parcours sont modifiés et les conditions climatiques changent. Et puis, en trail, on n’est plus à 2 minutes. Bref, je me fais plaisir !

Le doc : Votre expérience est intéressante. Elle illustre la progression physiologique. Initialement, avec l’entraînement, l’amélioration est linéaire et rapide. Et, peu à peu, elle se tasse ! Vous vous approchez de vos aptitudes génétiques. La courbe est asymptotique ! Vous ne parvenez à faire évoluer vos performances qu’au prix d’une débauche d’efforts physiques ! Aller taquiner l’asymptote ne se justifie que dans le sport de haut niveau… quand quelques secondes gagnées permettent de monter sur le podium ! Pour tout un chacun, il est conseillé de s’arrêter au bout de la portion rectiligne de la courbe. C’est plus rentable ! Au lieu de passer de 3h12 à 3h09 sur 42,195 km en vous épuisant, vous avez opté pour le trail ! C’est une bonne décision.

Par le docteur Stéphane Cascua, médecin du sport.

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