RED BULL CLIFF DIVING – L’AMOUR DU RISQUE ET DU SHOW

Ils sont une petite dizaine dans le monde à pouvoir réaliser ce défi sportif complètement dingue. Des « plongeurs de haut vol », comme on les appelle. Le 25 mai 2013, ils étaient à La Rochelle, à 27 mètres de hauteur, pour la première étape du Red Bull Cliff Diving. Un spectacle fascinant pour le public, une préparation millimétrée pour les sportifs, non sans risque.

Par Vanessa Lambert

 SanteSportMagazine 25 - Hassan Mouti - credit Red Bull Content Pool

Qu’est-ce qui peut bien pousser un maître nageur à devenir une tête brûlée du plongeon ? À sauter de 27 mètres dans le port de La Rochelle, du toit de l’opéra de Copenhague, des falaises de l’archipel des Açores ou dans un lagon au pays de Galles ? L’adrénaline, assurément, l’amour du risque, peut-être. « À chaque fois que je vais sur une compétition, je me dis : « Mince qu’est-ce que je fais là ? » », confie Cyrille OUMEDJKANE, l’un des deux Français de la bande, et maître nageur à Schiltigheim (Alsace). Comme les autres, il passe de 0 à 100 km/h en trois secondes, le temps de son plongeon. Vrille, double vrille, salto, avant une réception dans l’eau, droit comme un i, pieds en avant !

L’eau se transforme en béton

Et comme les autres, il a mal, à chaque fois… « Au niveau de l’impact, c’est comme si on sautait de 5 mètres dans un bac à sable de tout son poids ». Les articulations sont sollicitées. Les chevilles, premières touchées, les genoux, mais aussi le dos, les épaules, le cou, sans oublier les parties génitales que l’on protège uniquement avec ses mains. Les blessures possibles sont multiples avec un tel impact dans l’eau. Petites élongations, hématomes au niveau des pieds, déchirures musculaires sur les adducteurs, traumatismes cervicaux, au bas du dos, coccyx cassé, les dents aussi parfois si la tête n’est pas bien droite… Hassan MOUTI sait ce qu’il en est… « Au lieu d’entrer bien droit dans l’eau, j’y suis entré sur le flanc : j’ai complètement raté ma réception ». C’était il y a deux ans, à Athènes. Décollement de la plèvre, hématome pulmonaire, tendinite à l’épaule et problème de genou ; le bilan a été lourd pour MOUTI qui, pourtant, s’entraîne rigoureusement pour être au top. « Comme dans tous les sports, on travaille beaucoup le dynamisme musculaire, on a besoin d’être rapide et dynamique, surtout sur le départ du plongeon qui va ensuite gérer tout le reste de la figure et l’entrée dans l’eau. Sur le haut du corps, on travaille sur des charges assez légères. En revanche, au niveau des jambes, on est sur des presses avec de grosses charges. On arrive entre 90 et 100 km/h dans l’eau, l’impact est très violent ». Vélo et trampoline permettent de peaufiner la préparation. Mais, pour le plongeon en lui-même, c’est plus compliqué, car il n’existe aucun plongeoir de 27 mètres en piscine ! « On décompose en trois phases. Le départ se prépare à 10 mètres, on travaille ensuite les rotations à part, et enfin l’entrée dans l’eau, toujours à 10 mètres », explique Cyrille. Le jour J est alors un copié-collé grandeur nature.

SanteSportMagazine 25 - credit Red Bull Content Pool

Un coup de fusil

Tout est à prendre en compte dans ces sauts extrêmes en pleine nature. Le vent, qui peut déstabiliser le plongeur au départ du saut, la température de l’eau et sa densité. Plus l’eau est salée, plus elle est dense et plus cela fait mal. Plus elle est froide et plus « ça tape », comme disent les plongeurs. Le bruit de l’entrée dans l’eau fait penser à un coup de fusil. C’est dire la violence du choc à chaque fois. Et si aucun accident grave n’est à déplorer depuis la création de cette tournée Red Bull il y a quatre ans, rien n’est laissé au hasard niveau sécurité. « La nature des traumatismes peut être très grave », explique Stéphane BÉZIAN, le producteur de l’événement à La Rochelle. « Si vous entrez tout droit, tout va bien, mais ça fait quand même mal. Si vous prenez 5 %, ça va déjà beaucoup moins bien. Et si vous tombez sur l’avant, c’est encore pire. Nous avons trois plongeurs dans l’eau. Ils ont deux fonctions. C’est un repère dans l’espace pour les sportifs, et ensuite quand le compétiteur entre dans l’eau, ils suivent sa trajectoire et peuvent le rattraper si celui-ci perd connaissance. » Un médecin urgentiste-réanimateur est également en poste et capable de porter secours immédiatement. Si le risque fait partie intégrante de cette compétition de haut vol, le mental a forcément une place très importante, comme dans tout sport extrême. « Quelques minutes avant le saut, on est super stressé, en fait c’est un mélange de stress et concentration », lâche Hassan MOUTI. « On connaît les risques, on les a calculés, et à 27 mètres, on risque toujours de se faire mal. On pense à notre plongeon, à nos automatismes, à tous les cas de figure possibles, on pense à ce que l’on doit faire et à ce que l’on sait faire. Chaque plongeon est une bataille contre la peur, mais c’est un équilibre à trouver. Il faut qu’elle soit là, parce qu’elle gère notre excès de confiance, mais il ne faut pas qu’elle soit omniprésente non plus, sinon on ne saute pas. »

SanteSportMagazine 25 - image 3 - credit Red Bull Content Pool

Gary Hunt, celui qui innove !

Le numéro un de cette discipline extrême, c’est le britannique Gary Hunt . Un petit gabarit qui a déjà remporté l’épreuve à trois reprises et qui pourrait bien faire la passe de quatre cette année. Sa spécialité ? L’innovation. À chaque World Serie il essaie de nouveaux plongeons. Il avait fait sensation en 2000 avec un triple quad et avait encore innové, un an plus tard, en s’élançant de la plate-forme en courant, comme les plongeurs olympiques. Le saut périlleux et demi-arrière carpé sont devenus sa spécialité, tout comme les vrilles, qu’il enchaîne plus vite que les autres compte tenu de sa taille. Méfiez-vous des apparences, il se dégage d’ailleurs une sérénité de chacun d’entre eux. Et ce même petit sourire au moment de sortir de l’eau. « Mon plus grand plaisir, c’est quand je sors la tête de l’eau », confie le Français Cyrille. « Il y a tout ce mélange de stress et d’adrénaline qui disparaît d’un coup et c’est cette libération qui me procure tant de plaisir ». Un peu moins de plaisir en revanche pour son kiné, Marco DA CRUZ, basé à Strasbourg et qui s’occupe également d’Hassan MOUTI. « S’occuper de sportifs pareils, c’est du boulot ! », dit-il en souriant. D’où son surnom de « mécano ». « Je leur répète combien l’impact avec l’eau peut être très violent. On peut se briser les os, se déboîter les hanches, se fracasser le poignet… La plupart du temps, il ne s’agit heureusement que de blessures mineures, comme des petites entorses. Les plantes de pieds morflent, tout comme les genoux, les épaules et le dos. » Marco fait un « contrôle technique » avec ses deux plongeurs deux ou trois fois avant chaque compétition pour préparer au mieux leur corps, et obligatoirement après. Visiblement, la machine tourne bien. « J’ai un peu mal aux pieds et aux adducteurs mais c’est cool », conclut Cyrille. Red Bull donne des ailes, paraît-il…

Crédit photos : Red Bull Content Pool

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