RÉGIS ROLLAND – AMBASSADEUR DU SNOWBOARD

Pionnier du snowboard en France, Régis ROLLAND a été l’emblème de ce sport, mais aussi son promoteur, notamment à travers les films Apocalypse Snow. Aujourd’hui, âgé de 53 ans, il continue à pratiquer et s’impliquer dans son sport.

Par Gaëtan Lefèvre

 SanteSportMagazine Senior 7 - Regis Rolland 1 - Credit Jean-Marc Favre

Régis ROLLAND a marqué le monde des sports d’hiver. Pionnier du snowboard en France, il est devenu un porte-drapeau puis un symbole de ce sport en se trouvant « au bon endroit au bon moment », comme il le définit si bien. En trente ans, il a vu les sports de glisse évoluer et se transformer. Après une carrière de snowboarder et d’acteur, Régis a dû se renouveler et varier ses compétences et son corps de métier pour continuer d’exister.

LE COW-BOY AU DRESSAGE

L’histoire commence au début des années 1980 dans la station qui l’a vu grandir, les Arcs. Fils de bûcheron, ébéniste de formation, rien ne le prédestinait à devenir l’icône d’un sport nouveau. Hormis le destin, qui lui a fait croiser la route, en 1982, d’une équipe américaine domptant un drôle de matériel, le Winterstick. Il a alors 22 ans. Régis ROLLAND et tous les spectateurs européens qui l’entouraient voyaient « pour la première fois […] des mecs en travers » descendant les pistes de ski. Curiosité et envie ont alors traversé le corps de notre athlète. Une poignée de dollars plus tard, notre cow-boy s’attaquait au dressage du surf des neiges. Pas de carre, pas de fixation, une planche basique avec des sangles pour maintenir les pieds et beaucoup d’efforts permettaient de dévaler les flancs de montagne. Le domptage de la planche ne s’est pas fait immédiatement. L’apprentissage a été long. Régis avait beaucoup de mal à tourner. Le mouvement n’était pas naturel. Mais l’envie, le courage et un brin de folie lui ont permis d’adopter la discipline. « Il suffisait de comprendre que la vitesse était ton alliée ». Au bout de trois mois, Régis prenait donc son premier virage… et tous les autres. On pourrait se dire que les médecins des stations avaient alors beaucoup de travail dû à l’arrivée de ce sport avec des planches très longues et de simples sangles pour attaches. Cependant, ce n’était pas le cas. En effet, le nombre limité de pratiquants réduisait le nombre de blessés, mais aussi et surtout, « le snowboard ne sollicite pas les genoux comme le ski. Le bassin permet de pivoter et non les genoux, les blessures aux genoux sont donc bien moins courantes ». Cependant, s’il y avait moins de blessures, la chute pouvait faire aussi mal. Et la sécurité du skieur n’était pas prise en compte comme aujourd’hui. Par exemple, personne ne portait de casque. « On apprenait avec l’expérience », précise Régis. « Moi, j’ai appris à tomber, à me protéger la tête et la nuque avec les bras lors d’une chute. La chance a aussi fait que je n’ai jamais eu de grosses blessures excepté une fracture de la malléole due à un choc avec un bloc de glace. »

SanteSportMagazine Senior 7 - Regis Rolland 3 - Credit Jean-Marc Favre

PASSAGE AU 7e ART

La singularité est une force. Et en tant que premier snowboarder européen, Régis devenait le promoteur de la discipline. Il ne passait pas inaperçu sur les pistes. Jusqu’au jour où Alain GAIMARD, directeur technique et marketing des Arcs, perché sur son télésiège, le repère. Ce dernier souhaitait alors promouvoir la station à travers un film de glisse réalisé par Didier LAFOND. Régis devient un des acteurs de Ski Espace. Mais c’est le deuxième film, Apocalypse Snow, réalisé en 1984, qui apportera le succès à notre emblématique athlète et à sa discipline. Notre héros est justement porteur, dans cette fiction, du secret de la glisse. Un mystère que les méchants, en monoski, aimeraient bien s’accaparer. Son succès emmènera même l’équipe de tournage de l’autre côté de l’atlantique, entre les stars du cinéma et les rois du snow américain, afin de réaliser le dernier volet de la trilogie Apocalypse Snow. Il venait de donner de l’élan à un nouveau sport qui, aujourd’hui, n’a plus besoin de promotion. Régis ROLLAND, lui, tombait dans l’oubli. Ce film demande une exigence physique en plus de techniques de glisse. Une préparation bien différente de celle que nous connaissons aujourd’hui, que ce soit pour les athlètes de haut niveau ou pour les acteurs hollywoodiens. « Personne ne nous suivait pour nous donner des cours de sophrologie ou un programme de musculation. On avait la caisse parce que l’on faisait tout le temps du sport. L’hiver, on grimpait dans les couloirs pour ensuite les descendre avec nos planches. L’été, on pagayait à bord de canoës ou on partait en randonnée. J’étais moniteur de ski et toujours en activité. J’allais aussi travailler comme bûcheron dans les bois en pente. On avait alors une préparation naturelle. » Une condition physique qui a sûrement évité les blessures lors des tournages des différents films malgré la condition sportive exigée et les cascades. Mais, même bien préparé, des accidents peuvent arriver puisqu’un comédien s’est fracturé la clavicule après que sa bird wing (aile d’oiseau) se fut cassée pendant un saut d’une barre rocheuse. « C’est le seul accident. Et il n’y a pas eu de morts comme on l’a entendu à une époque. »

SanteSportMagazine Senior 7 - Regis Rolland 2 - Credit Jean-Marc Favre

RENAISSANCE AVEC APO

Une fois l’euphorie de la genèse passée, Régis ROLLAND se retrouva à son point de départ. Sa formation d’ébéniste et son brevet de moniteur en poche, il fallait se replonger dans le monde réel et oublier la grande époque. Mais un marché venait de s’ouvrir dans les stations en France et en Europe. Et Régis comptait bien surfer sur sa notoriété et son expérience. Il lança successivement 3 marques : Apocalypse Surf de 1986 à 1991, A Snowboards de 1992 à 2002 et enfin la marque APO en 2003. Il offrit ainsi un univers original aux mondes du ski et du snowboard, notamment avec des graphiques décalés. Pour ses marques, Régis développa ses propres planches dès 1983 car personne d’autre ne le fait en Europe. Sa formation d’ébéniste prend alors tout son sens. En 1986, il mit en place son premier atelier de fabrication. Après avoir été l’emblème du snowboard, Régis contribua à son industrialisation. Aujourd’hui, sa passion l’anime toujours. Régis ROLLAND a su évoluer avec son sport et continuer d’exister.

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