LA VIE CHEVILLÉE AU CORPS

Il y a bien une vie après la greffe. La preuve, des centaines de transplantés du monde entier se réunissent régulièrement pour participer à leurs jeux Olympiques à eux.

Par Raphaël Godet

 SanteSportMagazine 26 - La vie cheville au corps

Il s’est préparé comme un champion, Alain FOSSARD. Il en a avalé des kilomètres sur les routes sinueuses de Dordogne pour être au top. Hygiène de vie parfaite, pas d’alcool, pas de cigarette, pas de repas trop gras. l faut dire qu’il attendait ce rendez-vous sud-africain depuis longtemps. Cet été, il a défendu les couleurs de l’équipe de France à l’occasion des jeux Mondiaux des Transplantés à Durban. L’homme de 60 ans était engagé sur les épreuves cyclistes. Il a trouvé sur sa route des concurrents du monde entier (55 pays en tout) qui ont connu, comme lui un jour, une greffe d’organe. Greffe du foie, du cœur, d’un poumon, de moelle osseuse… « Moi, c’était les reins, explique Alain. En 2005, on m’a diagnostiqué une polykystose rénale, une maladie héréditaire. Il fallait absolument que je subisse une greffe car la dialyse ne suffisait plus. » Aujourd’hui, Alain FOSSARD va bien. La preuve, il a même repris le sport, « presque comme si rien ne s’était passé ». À Durban, ils étaient plusieurs centaines de greffés comme Alain à se surpasser pour décrocher des médailles. En cyclisme donc, mais aussi en natation, en badminton, en golf, en pétanque, en squash, en tennis de table, en tennis, en volleyball… L’événement existe depuis 1978. Ces jeux Mondiaux des Transplantés (World Transplant Games) sont organisés tous les deux ans, sous l’égide de la WTGF, la Fédération internationale. Il y a eu les jeux de Singapour, de Budapest, de Vancouver, de Manchester, de Sidney, de Kobe, de Nancy, de Londres, de Bangkok, de Gold Coast, de Goteborg, et donc ceux de Durban.

PROMOUVOIR LE DON D’ORGANES

Au-delà des épreuves sportives, il s’agit aussi de « sensibiliser le grand public à la réussite de la transplantation et à la nécessité du don d’organes, en mettant en avant des athlètes greffés » explique l’organisation. À l’image du Vendéen Jean-Claude LE BOURHIS, 74 ans, qui prend régulièrement son vélo pour parcourir la France et faire passer le message. Il fait 12 000 kilomètres par an et, avec le temps, il dit que ça progresse dans les têtes : « Au départ, les gens se disent « il veut quoi le papy avec son vélo ? ». Alors je leur explique et ils finissent par adhérer à la démarche ». Il se rend aussi dans les écoles pour raconter son histoire, sa greffe du cœur. « J’ai trouvé le truc pour toucher les élèves. Je leur dis que ça peut arriver à leur papy, leur mamy, leurs parents, ou à eux-mêmes. Ça casse l’ambiance, lâche-t-il en secouant les mains, mais au moins ça fonctionne ! Être donneur, c’est sauver des vies. Pour cela, le premier des gestes, c’est d’en informer vos proches, de leur faire connaître votre volonté. » Il ne mâche pas ses mots, Jean-Claude. Il vous balance du tac au tac : « J’étais foutu, et là vous avez vu ? Je suis sur un vélo ! »

À Durban cet été, il a décroché 5 médailles (3 en bronze, 2 en argent) en cyclisme et en athlétisme. Il est fier, ça se voit et ça s’entend. Pour autant, il n’a pas envie d’être considéré comme « un super héros ». « Je suis juste un bonhomme qui prend sa revanche sur la vie » lâche celui qui s’amuse à conclure tous ses mails par un émouvant « Bien coeurdialement ». Sur le circuit sud-africain, il dit que « la machine » a encore marché parfaitement. Il parle de son cœur, celui que « des Mozart du bistouri », comme il dit joliment, lui ont greffé il y a 13 ans parce que le sien ne fonctionnait plus correctement. « Un matin, je me suis retrouvé comme paralysé. Aux urgences, on m’a détecté une insuffisance cardiaque. » Le Vendéen n’a pas oublié les mots du médecin : « Monsieur LE BOURHIS, vous n’avez pas le choix, il vous faut une greffe sinon… » « J’étais en miettes, je me voyais déjà entre 4 planches. J’ai pensé à ces longues listes d’attente de greffes, j’étais foutu. » Il n’a donc pas voulu croire au miracle quand le docteur lui a annoncé quelques jours après qu’il avait un cœur pour lui. « C’était inespéré ! Et je peux vous dire que ça fait bizarre de se réveiller avec le cœur d’un autre… » ça leur a fait bizarre aussi aux médecins quand ils ont croisé Jean-Claude sur un vélo quelques temps après la greffe. « Ils disaient que j’étais comme un gamin qui n’écoutait pas les consignes » se marre le charcutier de métier qui a caché à l’équipe médicale qu’il avait grimpé le Tourmalet dans la foulée de l’opération. Un personnage, le « J.-C. ». Une mascotte. Au club, il n’en rate pas une, il déconne, il chambre ses camarades : « Alors jeunot, on n’arrive pas à suivre papy ? » On ose justement lui demander si tout cela est bien raisonnable à 79 ans. Il nous coupe : « Mon cardiologue me prend pour un fou, mais tant qu’il me répond « Vas-y, tu peux », eh bien je fonce. » Il tapote sur son cœur et vous lâche : « Lui et moi, c’est pour la vie ». Raisonnable, vraiment ? Nous avons posé la question à Marie-Fazia BOUGHENOU, elle est docteur anesthésiste-réanimateur à l’Hôpital européen Georges-Pompidou à Paris. « Il est évident que nous n’avons pris aucun risque. Chaque participant français a dû réaliser un bilan complet avant la compétition » explique celle qui a été médecin de l’équipe de France de ces Jeux de Durban. « Le staff médical était tout le temps en alerte. Chaque matin, de 6 à 7h, je recevais les sportifs qui le souhaitaient. Même chose le soir après les compétitions. Certains venaient me voir pour des petits bobos physiques, d’autres uniquement pour discuter. »

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« J’AI PENSÉ AU PIRE, À LA MORT »

Charlotte RODRIGUEZ a justement beaucoup de choses à dire. « Je n’ai aucun problème à raconter mon histoire. Avec le temps, j’ai appris à mettre des mots sur ce que j’ai vécu. » La vie de la jeune Toulousaine de 25 ans a basculé en 2010 quand les médecins lui ont diagnostiqué une leucémie. « L’annonce a été terrible, j’ai pensé au pire… à la mort. » Mais voilà, Charlotte est une battante. « J’ai accepté la maladie, c’était un premier pas. Il y a eu ensuite les séances de chimiothérapie. Il y a eu des hauts et des bas, mon moral dépendait des rechutes. C’était dur, mais je ne voulais rien lâcher. Cette greffe de moelle osseuse, j’ai envie de dire que c’est du passé. » Il y a donc bel et bien une vie après la greffe, et Alain, Jean-Claude et Charlotte en sont de parfaits exemples. « C’est un peu nos jeux Olympiques à nous, même si je sais que je dois faire plus attention, je me fie à ma petite musique interne, j’écoute ma respiration et je m’adapte. Si je sens que je fatigue, je ralentis ». Quand elle a un coup de moins bien, Charlotte dit aussi qu’elle pense à son donneur. Elle aimerait « tellement » le remercier. « Il m’a sauvé la vie, je lui dois tout. J’espère qu’il est fier de moi. » Elle lui a d’ailleurs écrit une lettre à son retour d’Afrique du Sud. Les jeux Mondiaux des Transplantés à Durban (Afrique du Sud) ont eu lieu du 28 juillet au 4 août 2013.

Tous les résultats sur www.wtg2013.com

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