ANTARCTIC ICE MARATHON : LE SHOW VENU DU FROID

À 40 ans, le Français Malek BOUKERCHI vient de réaliser un défi hors norme : courir 142 kilomètres par -40°C en Antarctique fin novembre. L’Ice Marathon ne ressemble à aucune autre course d’ultra distance. C’est pourquoi sa préparation est tout aussi spécifique. Rencontre avant et après.

PAR VANESSA LAMBERT

 Antartic Ice Marathon 2 - SanteSportMagazine 27 - Credit Mike King-icemarathon

Malek BOUKERCHI est un philosophe. «­Anthropologue du lien social­» comme il aime à le dire, toutes ses expériences sportives sont prétextes à découvrir la vie. Et partir courir en plein Antarctique sous -40°C en fait partie.

L’ENTRAÎNEMENT EN CHAMBRE FROIDE

Plutôt habitué aux courses chaudes (333 km dans le désert du Thar au Rajasthan, Diagonale des fous à La Réunion), il s’est lancé il y a un an dans l’aventure de l’Ice Marathon pour ses 40 ans. Une course qui sort de l’ordinaire pour un homme extraordinaire. «­J’y voyais quelque chose de symbolique. C’est le continent des continents, celui qui appartient à l’humanité, un continent encore inviolé, mais pour combien de temps… J’avais envie de coupler l’exploit sportif avec un message de fraternité. » Mais courir 142­kilomètres, un marathon plus une course de 100 km par ces températures ne s’improvise pas. Pour ce défi extrême dans un froid polaire, Malek a dû effectuer une préparation inédite en chambre froide, se préparer mentalement et trouver un matériel spécifique. C’est Oxylane® du groupe Decathlon® qui s’en est chargé. Un équipement sur mesure et des entraînements progressifs. Car le froid, il n’y est pas forcément habitué, lui qui est d’origine kabyle et habite dix jours par mois à La Réunion. Il a ainsi effectué dix séances en chambre froide. Les trois premières ont duré une heure, puis une heure et demi pour les deux suivantes et entre trois et cinq heures pour les derniers. En chambre froide, la température descend progressivement. Au delà des – 25°C, le tapis roulant ne fonctionne plus et Malek a dû poursuivre son effort sur un vélo elliptique pendant qu’une soufflerie simulait les rafales de vent. « C’était assez violent. Physiologiquement parlant, on est fait pour courir dans le chaud plutôt que dans le froid. Quand tu cours dans le désert, il fait environ 50°C, passer de 37,5°C à 50°C ça va, mais de 37,5°C à -40°C ce n’est pas pareil, l’amplitude est plus importante, donc il faut protéger le corps, le coeur, les organes centraux, une partie du cerveau. L’enjeu est de comprendre comment propulser le sang vers les extrémités car, à ces températures, on se retrouve avec 3-4°C degrés seulement au niveau des pieds et des mains. L’inspir-expir est également compliqué car on inspire un air glacial. Le partenariat technique avec Oxylane® a été crucial. Il me fallait des éléments respirants et souples pour évacuer un maximum de sudation à l’extérieur et rester sec à l’intérieur pour éviter l’emprise du froid. »

Antartic Ice Marathon - SanteSportMagazine 27 - credit Corinne Dubreuil

LA TECHNIQUE DES INUITS

Malek est également allé chercher des techniques plus ancestrales, comme celle prisée par les Inuits, qui consiste à étaler sa morve sur le visage pour limiter les effets du froid. Et, bien évidemment, la préparation mentale a été primordiale, avec un travail psychologique de trente minutes tous les soirs pour préparer son corps au froid et pour l’écouter. L’ultradistance, avec l’expérience, Malek connaît et maîtrise : « La course est un constant dialogue entre le corps et l’esprit, c’est d’ailleurs pour cela que je n’écoute pas de musique pendant l’effort. Je ne peux pas être concentré. La musique est une distraction et une dispersion. Courir sans rien, me permet d’être à l’écoute de mon corps. Sur l’ultra-distance, je dois être constamment en vigilance. Je suis plus sur l’écoute extérieure, le paysage c’est une musique, les autres coureurs aussi, je suis en accueil de l’autre ». Avec toute cette préparation en amont, le Français était fin prêt à avaler les 142 km de neige et de glace. Sans savoir s’il pourrait aller jusqu’au bout. « Avec un max de préparation, je limite les risques. Il va tout de même falloir être extrêmement prudent. Si je sens que ça ne va pas, que j’ai trop froid, il faut être capable de dire stop. Mais en mon for intérieur, la confiance est là, je suis bien préparé, ça devrait passer. Ici, l’enjeu n’est pas le chrono mais tout simplement de finir. En bonus, on rencontre du monde, on prend des images de ce désert blanc… »

Antartic Ice Marathon 3 - SanteSportMagazine 27 - Credit Mike King-icemarathon

LA FENÊTRE OUVERTE

Et Malek BOUKERCHI y est allé. Ils étaient 56 sur le marathon et 6 ensuite à enchaîner sur le 100 km deux jours plus tard. Il a donc réussi son pari fou, dans des conditions bien plus difficiles que prévues et avec des chronos beaucoup plus longs que dans les estimations initiales. Malek a bouclé son marathon en 5h51, gêné par la neige dans laquelle il s’enfonçait énormément. « Il y avait de la poudreuse partout, ça glisse, tu t’enfonces, tu reprends pied et ce sont d’autres muscles qui travaillent. Et quand tes muscles ne sont pas entraînés, ils tirent et le risque, c’est la blessure. Tu y vas au moral. C’est un combat ». Un combat qui a repris 48 heures plus tard sur les 100 km. Malek, qui se définit lui même comme un « runneriste », mélange de runner et de « touriste », a pris son temps pour profiter de la course. À chacune des 10 boucles de 10 km, il a pris le temps de discuter, de poser des questions aux autres coureurs ne s’étant alignés que sur le marathon et de leur raconter des histoires. « Je me suis nourri de leurs regards et de leurs encouragements. J’ai pris le temps de parler, d’échanger autour d’une soupe… Dans ce genre d’aventure, c’est l’humain qui compte, je retrouve alors l’essentiel, le superflu n’existe plus. J’ai vécu une aventure humaine extraordinaire. » Une philosophie de vie qui a séduit les autres coureurs dont il est devenu la mascotte. Certains l’ont ainsi accompagné sur quelques tours et un magnifique accueil lui a été fait à son arrivée au bout de 22 heures de course. « Tout marathon est une fenêtre ouverte pour découvrir les horizons subtils du monde. »

Antartic Ice Marathon 4 - SanteSportMagazine 27 - Credit Mike King-icemarathon

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L’ÉQUIPEMENT DE MALEK BOUKERCHI

Oxylane®, partenaire technique de Malek, en plus de mettre à disposition sa chambre froide, développe avec ses ingénieurs un matériel adapté et sur mesure. Sa paire de Kalenji® étanche a ainsi été agrémentée d’une semelle isolante et d’une couche en Velcro® pour limiter l’impact du froid. Son pantalon et son manteau ont été élaborés à base de matériaux techniques pour évacuer la transpiration tout en maintenant au chaud. Ils contiennent trois couches plus une au niveau des cuisses et du fessier, et des ouvertures ont été placées pour permettre à Malek d’uriner sans prendre froid. Ses mains sont protégées par des gants de soie, puis des moufles attachées à son manteau. Sur la tête, Malek avait une cagoule en plus d’un bonnet et de la capuche de son manteau, un cache nez amovible qui se fixe dans le cou ainsi qu’un masque avec des lunettes polaires en dessous.

Antartic Ice Marathon 5 - SanteSportMagazine 27 - Credit Mike King-icemarathon

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