BONNES RÉSOLUTIONS ET MAUVAIS DÉPART

Laurent a 42 ans. Il y a 3 mois, il a décidé d’arrêter de fumer. C’est bien ! Mais il a pris un peu de poids… ce n’est pas très grave ! Du coup, pour limiter les dégâts, il s’est mis au footing. C’est une bonne idée… mais peut-être pas n’importe comment ! Plus jeune, il a fait du vélo, il n’était pas trop mauvais. Alors, la forme est revenue assez vite. Il a couru tous les jours 3 kilomètres en 15 minutes pendant 2 semaines, puis il est venu me voir pour me montrer la face interne de son genou gauche…

Laurent : Ce doit être une tendinite… c’est vrai, j’ai commencé un peu fort !

Le doc : Je pense que vous avez à moitié raison… Vos débuts tiennent un peu du stage commando ! Mais, je ne crois pas que ce soit une souffrance tendineuse. Comme dit l’adage, dans ce contexte, une douleur osseuse est une fracture de fatigue «­jusqu’à preuve du contraire­» !

Évidemment, la radio est normale, la fissure n’est pas encore visible. Cependant l’IRM que me rapporte Laurent quelques jours plus tard montre un gros œdème dans l’os et confirme le diagnostic de fracture de fatigue du plateau tibial interne.

Laurent : C’est incroyable ! Je venais à peine de reprendre.

Le doc : Non, au contraire, c’est logique ! Au cours des 3 premières semaines, l’os commence par se grignoter sous l’influence des impacts. Il s’ensuit une phase de reconstruction qui oriente de solides travées osseuses dans l’axe de ces contraintes. C’est la surcompensation. Peu à peu, l’os devient plus solide et son architecture mieux adaptée. Trois semaines, c’était aussi la durée des classes à l’armée… période expérimentale idéale pour que se repandent des « épidémies » de fractures de fatigue. Ce n’est pas un hasard si cette blessure porte aussi le nom de maladie de PAUZAT, du nom du médecin militaire français qui, en 1887, avait compris et décrit le processus… sans IRM, ni radio !

PAR LE DOCTEUR STÉPHANE CASCUA, MÉDECIN DU SPORT.

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