ET SI CE N’ÉTAIT PAS UNE DOULEUR DE ROTULE…

Chez la femme sportive, les douleurs situées à l’avant du genou sont souvent provoquées par une rotule désaxée… mais pas toujours ! Un diagnostic précis est indispensable pour instaurer le bon traitement et vous soulager !

Par le docteur Stéphane CASCUA , médecin du sport.

 Douleur de rotule - SanteSportMagazine Feminin 11 - credit Kalenji

La rotule est un disque osseux situé à l’avant du genou. Elle est enchâssée dans les tendons qui relient le quadriceps au tibia. Lors de sa contraction, ce puissant muscle antérieur de la cuisse, étend le genou tout en écrasant la rotule sur le fémur. L’anatomie féminine augmente encore les contraintes mécaniques : les hanches sont larges, les genoux forment souvent un X et le couloir osseux où coulisse la rotule n’est pas très creusé. En plus d’être comprimée d’avant en arrière, la rotule est tirée vers l’extérieur. La désaxation qui en résulte majore l’abrasion du cartilage. Cette substance lisse et nacrée s’irrite et des douleurs apparaissent ! Le traitement de ce « syndrome rotulien de la sportive » passe principalement par l’amélioration du fonctionnement musculaire. La portion interne du quadriceps doit travailler plus intensément afin de recentrer la rotule dans son chenal. Des semelles correctrices se révèlent souvent bénéfiques en évitant l’affaissement de la voûte plantaire et la majoration des jambes en X. Pour plus de détails sur cette blessure typique de la femme active, consultez l’article « Soulagez vos rotules » sur le site de www.santesportmagazine.com.

DES ROTULES PAS BANALES !

Chez la sportive, les souffrances rotuliennes ne proviennent pas toujours d’un mauvais alignement de l’axe jambier. Il peut s’agir d’un surmenage ou d’une impaction du cartilage de rotule lors de son entrée dans le couloir du fémur. Le premier tableau porte le nom de « rotule forcée ». Dans ces circonstances, votre charge d’entraînement a augmenté trop rapidement. Votre cartilage n’a pas eu le temps de s’adapter. Il s’irrite, se gonfle en œdème, se ramollit, s’effrite et prend l’aspect filandreux de la chair de poisson. L’os sous-jacent s’abîme également. Lui aussi devient inflammatoire et se fissure. Parfois même, il est victime d’une fracture de fatigue. À l’IRM on voit de l’œdème dans la rotule et on aperçoit parfois les irrégularités du cartilage. Bien sûr, le traitement passe par une réduction puis une adaptation du programme sportif, parfois même le repos complet est nécessaire quelques semaines. Votre médecin peut vous prescrire une infiltration pour apaiser l’emballement autodestructeur de l’inflammation. Des compléments alimentaires sont les bienvenus pour nourrir votre os et votre cartilage. Lorsque la rotule se cogne en entrant dans son couloir, on parle de « syndrome d’engagement ». Au cours de cette blessure, la convexité de votre rotule n’arrive pas en face de la concavité du fémur quand le genou se fléchit. Au moment où elle se recentre et pénètre dans son couloir, elle est victime d’un ressaut bien perçu par votre médecin. Et vous entendez fréquemment un petit claquement. Sur les radiographies, la rotule est classiquement plus haute que d’habitude. En effet, ce mauvais fonctionnement provient souvent d’une raideur de votre quadriceps qui suspend la rotule et perturbe son entrée dans le rail osseux. Le traitement passe par l’étirement de ce muscle et par l’amélioration de sa coordination. Ainsi, lorsque vous réceptionnez votre foulée et que vous freinez la flexion de votre genou, votre cuisse guide beaucoup mieux votre rotule.

DES TENDINITES TOUT AUTOUR DE LA ROTULE

En avant du genou, on trouve des tendinites à tous les étages. Au-dessus de la rotule, on trouve le tendon quadricipital qui part du muscle quadriceps. En dessous, le tendon rotulien rejoint le tibia. Vous l’avez appris dans SantéSportMagazine, un tendon est une cordelette fibreuse reliant un muscle à un os. Ici, l’anatomie est atypique, elle s’est adaptée aux contraintes mécaniques qui s’exercent à l’avant du genou. La rotule peut être considérée comme une ossification localisée du tendon reliant le quadriceps au tibia. De fait, le tendon rotulien a la particularité d’assurer la jonction entre deux os, la rotule et le tibia. Mais, comme tous les tendons, sa mission consiste à transmettre la force de contraction d’un muscle, en l’occurrence le quadriceps. Les tendons s’abîment surtout lors des contractions de freinage. En effet, à la réception d’un saut ou même d’une foulée, votre genou se fléchit légèrement pour amortir l’impact. Le tibia part sans un sens, le quadriceps tire dans l’autre et le tendon est écartelé. Victime de microfissures, il devient douloureux. Quand votre médecin vous examine, ce sont vos tendons qui vous font mal et non pas sur votre rotule. L’IRM ou l’échographie confirme la localisation des lésions. Le traitement est essentiellement kinésithérapique. À faire des étirements et du renforcement très progressif en freinage. L’objectif est d’aligner les fibres dans l’axe des contraintes. C’est un véritable « réentraînement tendineux ». On parle de « mécanisation tissulaire ». Plus original et plus exceptionnel, les douleurs situées à l’avant du genou proviennent parfois d’une compression du nerf passant au voisinage du tendon du quadricipital. Ce tronc nerveux sort de la portion interne et basse du quadriceps. Il porte le nom de « rameau de vaste interne ». Il assure la sensibilité cutanée de l’avant du genou. Son tunnel peut se rétrécir à l’occasion d’une hypertrophie rapide du quadriceps ou à cause d’une cicatrice fibreuse elle-même consécutive à un choc direct. Votre médecin du sport retrouve une sensibilité à l’émergence du nerf qui irradie parfois vers la rotule et le côté interne du genou. Une infiltration à cet endroit permet de libérer le canal et de faire disparaître l’irritation du nerf.

DES SOUFFRANCES DE L’OS EN CROISSANCE

Chez l’enfant et l’adolescente, la rotule est souvent douloureuse. Néanmoins, la vigilance s’impose ! Les points d’accrochage des tendons sur les os en croissance s’abîment aussi lors des tractions excessives. Vers 10 à 12 ans, l’extrémité basse de la rotule peut se fissurer. C’est la « maladie de SINDING LARSEN et JOHANSSON », les noms des médecins qui ont décrit cette blessure. Plus tard, entre 14 et 16 ans, c’est le haut du tibia qui souffre, la tubérosité tibiale antérieure. Cette localisation porte le nom de « maladie d’OSGOOD SHLATTER ». Cette fois la « mécanisation » n’est pas indiquée. L’os est un tissu rigide, il a besoin d’une réduction des contraintes pour consolider ! Mais nos petits sportifs ne sont pas condamnés au repos complet derrière leurs écrans ! Ils sont encouragés à pratiquer toutes les activités qui ne provoquent pas de douleur. Au début, il s’agit souvent de la natation et du vélo. Plus tard, ce peut être leur discipline de prédilection mais moins intensément et moins longtemps ! Pour nourrir l’os malmené, de la vitamine D et du calcium complètent avantageusement la prise en charge. Parfois, à l’âge adulte, la tubérosité tibiale antérieure est douloureuse. Dans bon nombre de cas, c’est une séquelle d’OSGOOD SCHLATTER. Des petits fragments d’os ont migré dans le tendon et agressent les fibres. Il est alors logique de tenter un traitement par « ondes de choc ». Ce mini-marteau piqueur percute les îlots osseux et les dissocie du tendon. De temps à autre, une opération est utile pour les enlever. Plus rarement cette douleur antérieure est une tendinite d’insertion dont le traitement associe un subtil cocktail de repos et de « mécanisation ».

UN MÉNISQUE CACHÉ DERRIÈRE LA ROTULE…

Les ménisques sont de petites cales en forme de croissant. Ils font la jonction entre le tibia, l’os de la jambe et le fémur, l’os de la cuisse. L’un se situe à la face interne du genou, l’autre à la face externe. Comme le cartilage, ils peuvent s’user et s’irriter. Parfois même, ils se fissurent ou se cassent. Les douleurs méniscales sont classiquement latérales et horizontales. Parfois, elles se localisent à l’avant du genou, notamment quand ce sont les cornes antérieures des ménisques qui sont lésées. Elles prennent alors le masque d’une souffrance de la rotule. L’examen de votre médecin du sport permet souvent de préciser les zones les plus sensibles. Mais, en cas de doute, l’IRM assure une visualisation de tous les tissus. Vous le savez en lisant SantéSportMagazine, le traitement des lésions méniscales passe habituellement par le retrait du fragment cassé. Mais, il est souvent possible de préserver le ménisque… ou au moins de patienter grâce à des infiltrations. Certains genoux présentent une particularité anatomique. Il existe parfois un ménisque entre la rotule et le fémur portant le nom de « plica ». En effet, cette structure peut être comparée à un repli du sac articulaire entourant le genou. Comme les autres ménisques, il peut s’irriter, se coincer ou se casser. Parfois même les plicas abîment le cartilage situé en regard. Pendant longtemps, il était d’usage de proposer une opération pour les enlever. Désormais, on tente de soulager la patiente grâce à des infiltrations et à une bonne rééducation harmonisant le parcours de la rotule.

DE LA GRAISSE COINCÉE !

De chaque côté de la rotule et du tendon rotulien, on trouve des rideaux graisseux appelés « graisse de HOFFA ». Cette dernière a pour mission de combler les espaces autour de l’articulation. Elle est aussi pleine de capteurs nerveux chargés d’informer le cerveau de la position du genou. Cette graisse est essentielle pour la coordination… mais elle aussi très sensible et volontiers douloureuse. Il lui arrive de se coincer entre la rotule et le fémur notamment quand le genou part en hyperextension. Elle se gonfle alors en œdème, on parle d’ « inflammation du HOFFA » ou « hoffite ». Vous avez mal si vous tendez votre genou à fond, en contractant votre cuisse ou en marchant dans un trou. Votre médecin reproduit la douleur en décollant votre talon de la table d’examen. L’IRM confirme le diagnostic en visualisant cette graisse irritée sur les côtés et en arrière de la rotule. Le traitement passe par l’application d’anti-inflammatoires ou la réalisation d’une infiltration. Il faut également effectuer un peu de kinésithérapie afin de mieux contrôler et limiter l’hyperextension du genou.

Douleur de rotule 2 - SanteSportMagazine Feminin 11 - dessin Mathieu PINET

1 – Quadriceps

2 – Tendon quadricipital

3 – Rotule

4 – Pointe de rotule

5 – Tendon rotulien

6 – Tubérosité tibiale antérieure

7 – Ménisque

8 – Plica

9 – Graisse de HOFFA

10 – Nerf du vaste interne

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