CE N’EST PAS UNE TENDINITE D’ACHILLE !

Vous avez mal à l’arrière de la cheville. Vous pensez que c’est une tendinite d’Achille. C’est probable… mais ce n’est pas certain ! Un diagnostic précis est indispensable pour vous soulager ! SantéSportMagazine vous guide vers les autres hypothèses !

PAR LE DOCTEUR STÉPHANE CASCUA, MÉDECIN DU SPORT. DESSIN MATHIEU PINET

Les médecins enseignant la traumatologie aiment apostropher leurs étudiants en utilisant cette formule provocatrice : « Vous pouvez considérer que toute douleur à l’arrière de la cheville est une tendinite d’Achille si vous ne craignez pas de vous tromper 2 fois sur 10 ! ». En effet, à cet emplacement, on trouve de multiples structures : des tendons, des os, des muscles, des nerfs et des poches de glissement. Chacun de ces tissus peut s’abîmer ! Chaque fois, le traitement est différent !

Tendinite d'Achille - SanteSportMagazine 29 - dessin Mathieu Pinet

1 BURSITES : POCHES DE GLISSEMENTS

2 FRACTURE DE FATIGUE DU TALON

3 TENDINITE DES STABILISATEURS DE CHEVILLE

4 MUSCLE SUPPLÉMENTAIRE OU TROP BAS SITUÉ

5 NERF COINCÉ

6 IRRITATION DE LA GAINE DU TENDON

7 RUPTURE PARTIELLE DU TENDON

8 SOUFFRANCE DE L’INSERTION OSSEUSE DU TENDON

9 COINCEMENT D’UN BEC OSSEUX

DES BURSITES : DES POCHES DE GLISSEMENTS IRRITÉES.

De part et d’autre du tendon d’Achille, on trouve un sac contenant un peu liquide de lubrification, on parle de «­bourse séreuse ». En arrière, elle favorise le coulissage de la peau sur le tendon. En avant, elle facilite le glissement de ce tendon sur l’os du talon, le calcanéum. Ces bourses s’inflamment quand les frottements sont excessifs, on parle de « bursite ». On peut comparer ces épanchements à de véritables « ampoules profondes ». Elles apparaissent notamment lorsque le contrefort de votre chaussure rabote la face postérieure de votre cheville. L’agression de la bourse antérieure augmente quand il existe un bec osseux à l’arrière du calcanéum, c’est la maladie de HAGLUND. Pour soigner cette blessure, les anti-inflammatoires sont utiles, parfois même sous forme d’infiltration. Quoi qu’il en soit, il faut toujours traiter la cause, en l’occurrence éviter les frottements et trouver une paire de chaussures adaptée. Exceptionnellement, une opération est nécessaire pour enlever les bourses devenues épaisses et rigides ou couper l’excroissance du calcanéum.

ARRÊTEZ-VOUS AU CARREFOUR !

L’astragale, l’os de la cheville, est placé entre le tibia et le calcanéum. Sa face postérieure peut se coincer entre ces deux os quand l’articulation s’étend au maximum ou violemment. Ce choc peut se produire lors de la frappe au football ou à l’occasion des sprints en athlétisme. On retrouve aussi ce microtraumatisme chez la danseuse qui travaille sur pointes. Enfin, cette blessure peut survenir de façon concomitante à une banale entorse de cheville dont elle complique l’évolution. À l’examen, vous sautillez sans douleur : la contraction puissante du mollet ne fait pas mal, votre tendon d’Achille n’est pas atteint. En revanche, quand votre médecin du sport met lui-même votre cheville en extension rapide et maximale, il déclenche votre douleur. Les radiographies montrent souvent un bec osseux à l’arrière de l’astragale. On peut considérer cette structure comme un véritable cal osseux qui grossit en réponse aux multiples impacts… et coince de plus en plus­! Parfois, il est nécessaire de prescrire une IRM pour voir un repli volumineux du sac articulaire qui est pincé et saigne quand la cheville s’étend. Quel que soit le tissu atteint, qu’il s’agisse d’os ou de membrane, il est très inflammé. Une infiltration dans l’articulation se révèle souvent utile et efficace ! Après quelques jours de repos puis de vélo, vous pouvez reprendre vos activités plus agressives. Prenez soin de mettre en place un strapping qui limite l’extension de votre cheville. Rarement, le bec osseux est si volumineux qu’une opération s’impose pour l’enlever.

DES TENDONS… PAS D’ACHILLE !

De chaque côté de la cheville, un peu en avant du tendons d’Achille, on trouve les tendons stabilisant cette articulation. À la face postérieure du péroné coulissent les péroniers latéraux qui se contractent pour éviter les entorses. À l’arrière du tibia passe le tendon du jambier postérieur qui soutient la voûte plantaire lorsque vous déroulez votre foulée. Ces cordelettes frottent sur les reliefs du péroné et du tibia appelés « malléoles » avant de repartir vers l’avant du pied. En cas de surutilisation, ils s’irritent sur ces poulies osseuses. Parfois même, ils s’effilochent comme une ficelle usagée, ou se fissurent. Pour limiter le surmenage de ces tendons, il est opportun de contrôler la bascule de l’arrière-pied à l’aide d’une semelle correctrice confectionnée par un podologue du sport. Rarement, une infiltration est nécessaire pour apaiser l’emballement inflammatoire. Exceptionnellement, une intervention chirurgicale s’impose pour suturer les fissures et lisser les gouttières osseuses.

DES RAMEAUX NERVEUX COINCÉS

À côté du tendon du jambier postérieur, dans la gouttière du tibia, coulisse un nerf. Il donne la sensibilité à la voûte plantaire et au talon. Quand il est irrité dans ce canal étroit, il provoque des douleurs dans le même territoire. Le nerf assurant les sensations cutanées en regard du tendon d’Achille passe dans un orifice fibreux situé sous le muscle du mollet. Là encore, une compression locale déclenche des douleurs à distance. Votre médecin retrouve cette irradiation douloureuse quand il appuie à l’endroit où le nerf est coincé. Une infiltration dans le tunnel responsable de la compression élargit le canal fibreux, fait dégonfler le nerf et vous soulage !

DES OS FISSURÉS !

L’os du talon, le calcanéum, est percuté à chaque réception de foulée. Les travées osseuses microscopiques se disloquent. Si ces microtraumatismes se multiplient, si les délais entre chaque course sont insuffisants pour permettre la réparation de ces lésions, les fissures se rejoignent et constituent une véritable «­fracture de fatigue ». Le calcanéum est emblématique de cette blessure. La douleur se situe juste en avant de l’insertion du tendon d’Achille et traverse l’os de haut en bas. La radiographie est longtemps normale mais l’IRM montre précocement un gros oedème du tissu osseux. Le traitement passe par le repos relatif. La natation et le vélo sont souvent indolores et permettent de garder la forme. Mais le trottinement progressif ne peut être repris qu’après trois mois.

DU MUSCLE EN TROP !

Le muscle du mollet porte le nom de « triceps sural ». Il présente trois gros faisceaux. Les deux jumeaux constituent les masses latérales et bombées remontant jusqu’à l’arrière du genou. Le soléaire est situé plus en profondeur et s’accroche sur le tibia. Habituellement, son insertion est relativement haute. Rarement, elle descend beaucoup plus bas, presque au niveau de la cheville. Exceptionnellement, il s’agit d’un muscle supplémentaire, on parle de « soléaire surnuméraire ». Alors que l’espace disponible à cet endroit est limité, cette masse musculaire s’hypertrophie avec l’entraînement et gonfle pendant la séance. La pression augmente dans le muscle et le sang oxygéné ne parvient plus à l’alimenter. Ça fait mal ! Des talonnettes réduisent le travail musculaire et favorisent la perte de volume. Il faut parfois modifier le style de la foulée et proposer au joggeur de ne plus courir sur la pointe des pieds, même lors des fractionnés rapides. Le kinésithérapeute peut effectuer des massages de décontraction et de drainage. Les appareils excitomoteurs proposent aussi des programmes favorisant la récupération et le retour veineux.

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LES LÉSIONS DU TENDON D’ACHILLE : PAS QUE DES TENDINITES !

La membrane qui entoure le tendon d’Achille peut s’irriter. On parle de « péritendinite ». Cette lésion survient surtout à l’occasion de randonnées quand le tendon frotte sur les tiges des chaussures hautes. Les militaires, équipés de leurs fameuses rangers, ne sont pas épargnés ! Bien souvent, l’application d’un gel anti-inflammatoire et l’amélioration du chaussage suffisent à faire disparaître la douleur. Souvent, c’est la zone d’accrochage du tendon sur l’os du talon qui est abîmé. À l’IRM, on constate la présence d’un œdème osseux. La rééducation intensive associant massages énergiques, étirements et contractions de freinage ne donne pas de bons résultats sur cette localisation. Pour permettre à l’os de consolider, le repos est souvent nécessaire. Il peut être «­relatif­» : natation, vélo et même trottinement avec talonnettes sont possibles en l’absence de douleur. Des compléments nutritionnels à base de vitamine D, de calcium et de silice sont les bienvenus ! Si vous ressentez une vive douleur dans le tendon d’Achille à l’occasion d’un geste unique, une accélération ou un saut, a priori ce n’est pas une tendinite ! Il s’agit probablement d’une rupture partielle du tendon d’Achille, même si vous n’avez pas été victime d’une impotence totale. Si la douleur est un peu haute, vous souffrez peut-être d’un claquage du mollet : c’est moins ennuyeux ! Quoiqu’il en soit, une échographie ou une IRM s’impose ! Si le diagnostic de rupture partielle se confirme, une immobilisation rigoureuse voire une intervention chirurgicale sera sûrement nécessaire.

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