DAVID PEIFFER …JUSQU’À LA PRÉSIDENCE

Élu du comité directeur de la F.F.Tri. et président du paratriathlon, David PEIFFER est avant tout un triathlète. Unijambiste en raison d’une malformation congénitale, il a transformé son handicap en force.

PROPOS RECUEILLIS PAR GAËTAN LEFÈVRE.

 SanteSportMagazine triathlon - David Peiffer - Credit photo : C.GUIARD/Triathlète Magazine

Champion du monde, trois fois champion d’Europe et double vainqueur de la coupe du monde de paratriathlon, David PEIFFER est une référence.

Pouvez-vous vous présenter ?

Je m’appelle David PEIFFER. Je suis élu du comité directeur de la Fédération française de Triathlon (F.F.Tri.). De par mon expérience personnelle, je suis devenu président du paratriathlon. Je dis « de par mon expérience » car je suis paratriathlète. Je suis unijambiste en raison d’une malformation congénitale.

Comment en êtes-vous venu au triathlon ?

J’ai commencé le triathlon en 1993, à l’âge de 20 ans. Je pratiquais à l’époque les trois disciplines – la course, le vélo et la natation – de manière séparée. J’avais une pratique sportive de loisir mais régulière. Je m’entraînais avec un triathlète. Lorsque je lui ai dit que j’aimerais bien tester le triathlon, il m’a répondu que dans ma situation, cela lui semblait compliqué. Il n’en fallait pas moins. J’ai eu envie de lui prouver le contraire. Et maintenant, je pratique depuis vingt ans. Dès que j’ai eu une situation professionnelle stable, j’ai pu me mettre à la compétition. Grâce à des facilités physiques, au-delà de mon handicap, j’ai rapidement gravi les échelons.

Comment s’organise les compétitions en paratriathlon ?

Il existe des systèmes de catégories selon les handicaps. De nombreux facteurs sont à prendre en compte pour créer des catégories de niveau homogène mais avec des handicaps différents. Pour qu’une compétition soit équitable, il faut des niveaux physiques équivalents, et que chaque athlète ait sa chance. Il existe un système de classification qui accorde des points selon les handicaps. Chaque athlète se voit donc attribuer un certain nombre de points. Ce nombre va définir dans quelle catégorie il va concourir. On peut donc trouver des athlètes avec des handicaps différents mais équivalents en terme de difficulté. Par exemple, une personne avec un handicap lourd au niveau du bras peut se retrouver avec un athlète ayant un handicap léger au niveau de la jambe. Moi, je suis classé dans « handicap jambe sévère ». Ces catégories sont définies avant la course par des classificateurs internationaux. Nous avons d’ailleurs, en France, notre propre programme pour former des classificateurs. Cela nous permet d’avoir une idée du niveau de handicap d’un athlète et de pouvoir juger son potentiel au niveau international. Il s’agit d’un plan d’action afin de sélectionner les athlètes français.

Pouvez-vous nous parler de votre matériel handisport ?

Je n’ai pas réellement envie de parler uniquement du mon matériel mais DES matériels du paratriathlon. Il est important de définir le matériel utilisé. Dans ma catégorie, nous n’utilisons rien en natation. Nous nous alignons sur le règlement de la natation handisport qui n’autorise aucun matériel spécifique. Nous disposons de vélos normaux mais nous pouvons avoir recours à un manchon permettant d’enfiler le moignon. Nous pédalons avec une seule jambe. Stéphane BAHIER, double champion du monde de paratriathlon, roule en moyenne à 40 km/h avec une seule jambe. En course à pied, nous utilisons une prothèse spécifique en lames de carbone qui possèdent un rôle de ressort. Pour la catégorie paraplégique assimilée, c’est-à-dire les personnes ne pouvant se servir de leurs jambes, un handbike est utilisé pour l’épreuve de cyclisme. Il s’agit de vélos avec lesquels on pédale à la force des bras. L’épreuve de course à pied se pratique en fauteuil roulant d’athlétisme, c’est-à-dire avec trois roues. Pour la catégorie des mal et non-voyants, les athlètes sont accompagnés par un guide. L’épreuve de cyclisme se fait donc en tandem. Il ne faut pas oublier aussi qu’une partie des paratriathlètes n’ont pas besoin de matériel spécifique.

SanteSportMagazine triathlon 2 - David Peiffer - Credit photo : C.GUIARD/Triathlète Magazine

Concernant les règles, la France s’est alignée sur les règles internationales…

Oui. Le choix fédéral de s’aligner aux règles fixées par la Fédération internationale a pour but de faciliter le passage pour les athlètes d’une compétition nationale à une compétition internationale, et… ne pas réinventer le fil à couper le beurre.

Vous couriez un moment en fauteuil roulant. Ce sont les nouvelles règles qui vous ont fait changer ?

Oui, le fauteuil roulant était accepté à une époque. Il a été interdit depuis. J’aimais bien courir ainsi car nous prenions plus de vitesse. Mais le passage à la prothèse m’a aussi beaucoup plu. J’aime la sensation que l’on a lorsque l’on court avec une prothèse.

Je vous laisse le mot du président pour finir.

Il y a deux messages forts que la Fédération souhaite faire passer. Tout d’abord, le triathlon est un sport accessible à tous. Et le paratriathlon aussi. Il existe des distances adaptées à chaque niveau, et des compétitions conçues pour le paratriathlon. Ensuite, un paratriathlète est avant tout un triathlète. Il s’entraîne comme n’importe quel triathlète dans les trois disciplines. Excepté qu’il doit faire plus attention de temps en temps. Je dois, par exemple, ne pas trop forcer en course à pied pour ne pas abîmer mon moignon. Le paratriathlète est d’ailleurs un bel exemple pour montrer que le triathlon n’est pas un sport de fou et qu’il n’est pas surhumain.

Crédit photo : C.GUIARD/Triathlète Magazine

Comments are closed.