PÉRIOSTITE : UNE BLESSURE FÉMININE

Vous courez et vous avez mal à la face interne des jambes, au-dessus des chevilles. C’est sûrement une périostite ! SantéSportMagazine vous aide à faire le point et vous donne de bons conseils.

Par le docteur Stéphane CASCUA , médecin du sport.

 Periostite - SanteSPortMagazine Feminin 12

« Périostite » signifie inflammation de la périphérie de l’os. En effet, les os sont entourés d’une membrane fibreuse appelée « périoste ». Quand ce tissu s’inflamme, on ajoute le suffixe « ite » comme l’appendicite est l’inflammation de l’appendice ! Il s’agit le plus souvent d’une « périostite tibiale ». Cet os porteur de la jambe est particulièrement mis à contribution chez la joggeuse.

Quelles sont les causes de la périostite ?

Cette membrane s’abîme lorsque vous la soumettez à ces contraintes mécaniques auxquelles elle n’est adaptée. Il s’agit avant tout des impacts et des torsions inhérentes à la course ou aux sauts. Les cyclistes et les nageuses ne font pas de périostite ! Si vous proposez à votre os des sollicitations mécaniques progressives séparées de récupérations suffisantes, il réagit en se densifiant et en améliorant son architecture microscopique. Il devient plus solide ! À l’inverse, si vous augmentez trop vite vos charges d’entraînement, si votre temps de repos est trop court, si votre alimentation n’est pas équilibrée, si votre climat hormonal n’est pas satisfaisant (voir encadré), votre tissu osseux ne peut pas se reconstruire entre deux séances, son pourtour s’irrite, c’est la périostite ! Parfois il se fissure, c’est la fracture de fatigue ! Les contraintes osseuses sont accrues si vous courez sur sol dur ou sur des revêtements dont vous n’avez pas l’habitude. L’entraînement exclusif sur macadam n’est pas recommandé. Il devient surtout délétère lors des sorties longues quand la fatigue s’installe et que vos muscles ne parviennent plus à freiner la réception des foulées. Le travail sur piste peut surprendre aussi votre organisme. Lorsque cet équipement est apparu, les souffrances osseuses se sont accrues et portèrent le nom de « syndrome du tartan ». En effet, il est plus ferme que la cendrée d’autrefois… et surtout il rebondit ! L’onde mécanique destinée à la relance améliore les chronos mais malmène aussi l’appareil locomoteur. De plus, courir toujours dans le même sens impose des contraintes dissymétriques : trop d’appui sur la jambe intérieure, trop de poussée sur l’extérieure. L’entraînement fractionné sur stade peut se révéler également toxique pour le fonctionnement biologique de l’os ! Le travail au-dessus du seuil de l’essoufflement produit de l’acide lactique. Le tissu osseux contient du bicarbonate de calcium au pouvoir neutralisant. Si l’acidification est ponctuelle, l’hyperventilation et le rein suffisent pour compenser. Si elle est trop fréquente, l’os contribue à corriger cette agression. Pour libérer sa substance dite « tampon », il se délite ! Bien évidemment, ce processus se produit de préférence aux endroits où il subit des contraintes ! L’imperfection des appuis favorise également les périostites. Tout particulièrement la pronation. Quand la voûte plantaire s’écrase, le muscle tibial postérieur tente de la soutenir. Il se contracte puissamment et tire sur son insertion haute située sur le périoste interne du tibia. Alors que la coureuse pronatrice déroule sa foulée imparfaite, son pied tourne vers l’extérieur. La membrane osseuse entourant le tibia s’étire et se vrille. Elle est victime de microdéchirures.

Comment reconnaître une périostite ?

Si vous êtes victime d’une périostite tibiale, vous souffrez à la face interne de votre jambe, 10 à 20 centimètres au-dessus de votre cheville. Très souvent, la lésion est présente à droite et à gauche mais prédomine d’un côté. La douleur survient après une durée variable de course à pied. Au début de son évolution, vous êtes gênée en fin de parcours. Quand la lésion s’aggrave, vous avez mal de plus en plus précocement et de plus en plus intensément. Parfois, vous boitez et vous êtes obligée d’arrêter votre entraînement. Votre médecin du sport retrouve la douleur en palpant le tibia. Le plus souvent, elle s’étale sur plusieurs centimètres… et c’est plutôt rassurant : la fracture de fatigue provoque une douleur bien plus localisée. En effet, votre thérapeute doit surtout éliminer les autres lésions de voisinage. On parle de « diagnostic différentiel ». Il pense ainsi à rechercher des séquelles de claquage du mollet ou un syndrome de loge. Cette dernière blessure correspond à une asphyxie des muscles de la jambe emprisonnés dans une membrane musculaire trop étroite et trop rigide. (voir l’article sur les syndromes de loges sur le site www.santesportmagazine.com). Une IRM permet de confirmer le diagnostic et de quantifier les lésions. En effet, une périostite peut dégénérer en fracture de fatigue et il existe des formes intermédiaires !

Votre membrane osseuse est en souffrance. Il est de bon ton de prendre des compléments nutritionnels favorisant sa cicatrisation. Le calcium et la silice sont des minéraux essentiels à ce tissu. La vitamine D favorise l’absorption digestive du calcium puis sa pénétration dans l’os. Et 80% de la population serait carencée. Pour éviter l’érosion osseuse liée à l’acidification chronique, arrêtez les sodas, limitez les sucreries et le sel, diminuez un peu la viande et les fromages à pâtes dures. Augmentez les crudités, les légumes, les fruits y compris les agrumes et les tomates. Pensez aux eaux alcalines gazeuses comme la Badoit® ou la Quézac®. Certains médecins proposent de réaliser de la mésothérapie. Il s’agit de petites injections dans la peau en regard de la zone blessée. Dans ces circonstances, elles contiennent souvent de la calcitonine, une hormone qui favorise l’intégration du calcium au sein de la trame osseuse. Associé à ce traitement « biologique », il est bien sûr nécessaire de prendre en charge la composante « mécanique » de votre périostite. La membrane siégeant à la périphérie de l’os est surmenée, elle doit se reposer ! Attention, il ne s’agit pas de rester couché ou de prendre des béquilles ! Il faut juste éviter la douleur. Les sports sans impacts n’abîment pas le périoste et se révèlent d’ailleurs indolores. Gardez la forme en nageant, en pédalant ou en pratiquant le cardiotraining en salle : elliptique, steppeur ou rameur. Préserver un minimum de contraintes mécaniques se montre même bénéfique. Elles permettent de guider la cicatrisation et d’orienter correctement les fibres microscopiques armaturant le tissu. À l’inverse, l’absence totale de sollicitation déconditionnerait totalement votre membrane osseuse et ferait le lit de la récidive. De fait, dès que vous pouvez trottiner sans douleur, faites-le ! Entre-temps, il est probable que votre podologue vous aura confectionné une paire de semelles correctrices. Elles limitent le travail du muscle qui soutient la voûte plantaire et réduisent la torsion du segment jambier ; vos tibias apprécient. Augmentez peu à peu la durée des footings. Ne reproduisez pas les erreurs du passé ! Faites preuve d’humilité ! Restez à trois entraînements par semaine et ajoutez cinq minutes de course à  chaque séance, complétez par du vélo ou du cardiotraining en salle. Lorsque vous aurez validé une bonne demi-heure de trottinement, accélérez un peu jusqu’au seuil de l’essoufflement. Attention, restez à l’écoute : la douleur ne doit pas réapparaître ! Continuez les compléments nutritionnels, vos os poursuivent leur adaptation pendant des semaines, il faut les aider ! Souvent, après trois mois de soins, la périostite n’est qu’un mauvais souvenir. Reprenez une progression plus traditionnelle. Limitez la piste, changez de sens entre chaque série. Même en l’absence de blessure… et pour les éviter, on dit souvent que la durée d’entraînement hebdomadaire ne doit pas augmenter de plus de 10 % par semaine. Ce chiffre est un peu arbitraire mais correspond néanmoins à un bon ordre de grandeur !

Periostite 2 - SanteSPortMagazine Feminin 12

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LA PÉRIOSTITE : POURQUOI SI SOUVENT LES FEMMES ?

Les hormones sexuelles, masculines et féminines, sont aussi des substances anabolisantes. La testostérone chez l’homme, mais aussi l’oestrogène chez la femme, stimulent la construction des tissus musculaires et osseux. Cependant, la première est plus puissante que la seconde. Vous le constatez, les femmes sont moins musclées que les hommes. Et, vous ne le voyez pas, elles ont une densité osseuse plus faible. De surcroît, leurs sécrétions hormonales semblent s’altérer plus souvent. Vous le savez, la ménopause caractérise la fin de l’activité ovarienne et initie souvent une lente dégradation osseuse appelée ostéoporose. Chez la sportive assidue, la minceur, la haute dépense calorique, la restriction alimentaire, la pression compétitive mettent l’organisme en état de stress. Son système nerveux souhaite économiser de l’énergie et fait l’impasse sur la fonction de procréation : la sécrétion des hormones sexuelles diminue, les règles deviennent moins abondantes, s’espacent puis disparaissent. La sportive passionnée est en « ménopause précoce ». L’ostéoporose guette ! Densité osseuse plus faible, sensibilité au dérèglement hormonal : les coureuses de fond sont sujettes aux périostites et aux fractures de fatigue !

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