LES COMMOTIONS CÉRÉBRALES AFFECTENT AUSSI LES ENFANTS

On associe souvent les commotions cérébrales au monde du sport professionnel. Or, les jeunes joueurs de foot et de rugby courent aussi le risque de subir de tels traumatismes, comme les  vedettes sportives, sinon plus. Les conséquences peuvent se révéler dévastatrices pour leur santé et leur avenir scolaire. Heureusement, il existe une méthode éprouvée pour prévenir ce scénario catastrophe.

Par le docteur Dave Ellemberg, neuropsychologue et chercheur à l’Université de Montréal, et Marie Lambert-Chan, journaliste scientifique.

 Commotion cerebrale enfant - SanteSportMagazine Feminin 12

Les sportifs qu’ils soient professionnels ou amateurs courent le risque de subir des commotions cérébrales, y compris les enfants… En fait, les jeunes joueurs seraient même plus à risque que les adultes de souffrir d’une commotion.

LES ENFANTS… PREMIÈRES VICTIMES

D’abord, rappelons que la commotion cérébrale est une blessure au cerveau qui se produit lorsqu’une personne se heurte contre les parois de sa boîte crânienne. En latin, le mot commotion signifie « secousse violente ». Pas besoin de recevoir un choc à la tête ou d’être mis K.O. pour être victime d’une commotion. Un coup infligé par un adversaire au bas du corps, un atterrissage violent au sol après un plaquage ou une collision avec un coéquipier peut suffire pour que la tête du joueur exécute un va-et-vient et entraîne le cerveau dans son sillage. Ce type de contact est aussi fréquent au sein des équipes de jeunes sportifs que chez leurs aînés. Rapides et dynamiques, les enfants et les adolescents sont aussi motivés par le goût de gagner, et ce, parfois au risque de se blesser. En revanche, ils font preuve d’une moins bonne technique que les joueurs adultes, ce qui les expose davantage aux accidents. Ils présentent également une force musculaire moins importante au niveau du cou et une tête plus lourde, car leur croissance n’est pas terminée. Soumise à un coup, la tête bascule alors davantage.

UN CHOC QUI DURE

On aurait tort pourtant de prendre à la légère les commotions cérébrales. Une seule suffit pour que le cerveau ne soit plus jamais le même. Cela est particulièrement vrai chez les adolescents, comme l’a démontré le coauteur de cet article, le Dr Dave ELLEMBERG, dans une recherche menée dans son laboratoire de l’Université de Montréal – et détaillée dans son plus récent ouvrage Les commotions cérébrales dans le sport : une épidémie silencieuse publié aux éditions Québec-Livres. Il a comparé des adolescents âgés de 13 à 16 ans et des adultes pratiquant des sports comme le football international, le football américain, le hockey et le rugby. Six mois après leur commotion, les athlètes des deux groupes présentaient toujours des déficits neuroélectriques, mesurés au moyen de l’électroencéphalogramme. Cependant, les déficits chez les adolescents étaient plus importants que ceux des adultes. Les jeunes athlètes affichaient aussi des déficits au plan de leurs fonctions cérébrales supérieures. Le Dr Ellemberg a aussi étudié le cerveau de jeunes athlètes âgés de 9 à 12 ans. Comme chez les adultes et les adolescents, l’électroencéphalogramme a révélé qu’ils affichaient des dérèglements neuroélectriques qui perduraient au-delà de six mois après leur commotion. Ces résultats démontrent d’une part que les enfants sont aussi vulnérables que les adultes aux conséquences des commotions cérébrales et d’autre part, que le cerveau des adolescents semble plus fragile et se remet plus difficilement d’une blessure que celui de l’adulte ou de l’enfant. Ces résultats ne sont pas si surprenants : il est connu que le cerveau est plus vulnérable aux effets d’un trauma lorsqu’il est dans une période de croissance rapide. Et c’est justement le cas des adolescents. Les commotions cérébrales sont d’autant plus préjudiciables chez les jeunes qu’elles affectent leur parcours scolaire. Si ce n’est pas en raison des jours d’école perdus pour récupérer de cette blessure à la maison, ce sera à cause des problèmes de mémoire et de concentration, des maux de tête récurrents et des étourdissements qui en découleront.

Commotion cerebrale enfant 2 - SanteSportMagazine Feminin 12

COMMENT INTERVENIR AUPRÈS D’UN JEUNE COMMOTIONNÉ ?

Les commotions sont inhérentes au jeu. Personne ne les enrayera. Cependant, tel qu’il est décrit dans l’ouvrage du Dr ELLEMBERG, on peut en prévenir les dommages collatéraux. La première chose à faire, et non la moindre, est de retirer le jeune joueur dès qu’on soupçonne qu’il puisse avoir subi une commotion. Les Américains ont résumé ainsi cette stratégie : When in doubt, sit them out. Il faut le faire dès qu’un coup est porté au corps – et non seulement à la tête. Inutile d’attendre que le joueur s’évanouisse ou se plaigne de maux de tête. Entre 20 et 30 % des sportifs ne ressentent rien. Leurs symptômes se manifestent 24 à 48 heures après l’impact. Par ailleurs, seulement 10 % des sportifs perdent connaissance, ce qui ne fait pas de ce symptôme un indicateur fiable de commotion cérébrale. Enfin, des études indiquent que 50 % des athlètes nient la présence de symptômes pour mieux retourner au jeu. C’est donc aux entraîneurs, aux parents et au personnel soignant que revient la responsabilité d’être attentif à ce qui se produit sur le terrain. Dès qu’il est retiré du jeu, le jeune doit être surveillé de près. Une intervention médicale d’urgence est nécessaire uniquement s’il présente l’un des signes suivants : perte de connaissance, convulsions, vomissements, dilatation plus grande d’une pupille que de l’autre, douleur intense au cou, mal de tête qui augmente en intensité, faiblesse, vision double, engourdissement des bras ou des jambes, troubles de coordination, difficulté à reconnaître les personnes ou les endroits, comportements inhabituels, confusion croissante, troubles de l’élocution, somnolence excessive ou impossibilité de réveiller la victime. Par la suite, il est important que l’athlète se repose pendant une semaine – pas d’école, de tâches ménagères, de sorties avec les copains, de télévision, de jeux vidéo, de conversations au téléphone, d’ordinateur, de tablette électronique avant de suivre un protocole strict de retour en classe et de retour au jeu. Ce répit physique et cognitif permet au jeune de voir ses symptômes postcommotionnels disparaître après environ deux à trois semaines. S’il saute cette étape, le rétablissement pourrait s’étirer sur trois mois. Il est possible que le jeune joueur n’éprouve aucun symptôme au cours de cette semaine de récupération. Tant mieux ! Il est alors en mesure de retourner au jeu progressivement. Nous en expliquerons les étapes un peu plus loin. Toutefois, s’il est souffrant, il doit d’abord revenir sur les bancs d’école avant de songer à renouer avec quelque activité physique que ce soit.

REPRENDRE LE COURS DE SA VIE PAR ÉTAPE

Pour préparer son retour à l’école, le jeune athlète peut lire ou regarder la télévision pendant une quinzaine de minutes. Si les symptômes ressurgissent, il doit tout arrêter et reprendre ses activités après une pause. Il est prêt à franchir le seuil de la classe lorsqu’il est asymptomatique au repos et qu’il peut tolérer un effort mental de 45 minutes. On conseille au début d’alterner les périodes de classe et de repos. L’élève peut ainsi faire des demi-journées d’école et se concentrer sur les matières pour lesquelles il a des facilités. Les cours de musique et d’éducation physique sont à proscrire, de même que les repas à la cantine. Les enseignants et la direction gagnent à être informés des symptômes postcommotionnels, comme les maux de tête, l’irritabilité, la fatigue, la difficulté à se concentrer et l’impression d’être au ralenti. L’approche doit être personnalisée pour chaque athlète, car chaque commotion est unique et sa constellation de symptômes l’est tout autant. Lorsqu’il fréquente l’école à temps plein tout en étant asymptomatique, le jeune est mûr pour l’entraînement sportif. Le retour au jeu se fait également par étape. Il faut absolument respecter cette progression pour préserver la santé du joueur. En premier lieu, il doit se soumettre à un exercice physique d’intensité légère pendant 30 minutes. Le vélo stationnaire et la course à pied sont des activités à privilégier dans ce contexte. Si les symptômes ne réapparaissent pas dans les 24 heures suivantes, l’athlète peut refaire le même exercice, mais cette fois à une intensité modérée ou intense. S’il est asymptomatique la journée suivante, il peut passer à la prochaine étape qui consiste à pratiquer des activités liées à son sport. Il doit les faire seul, sans ses équipiers et donc sans possibilité de contact. Pour un joueur de foot par exemple, il s’agira de manipuler le ballon avec ses pieds, de courir, de faire des sauts, des changements de direction, etc. Aucun symptôme ne se manifeste ? L’athlète est bon pour réintégrer l’entraînement régulier et, dans un deuxième temps, la compétition. Si des symptômes avaient le malheur de survenir à l’une ou l’autre de ces étapes, il est primordial de cesser l’activité et d’attendre 24 heures. Au terme de cette pause, le sportif peut reprendre le retour progressif au jeu seulement s’il est asymptomatique. Et afin de ne pas aggraver son état, il est préférable qu’il reprenne la routine à l’étape précédente de celle où il a été victime d’un malaise. On ne badine pas avec la prise en charge des commotions cérébrales ! L’ingrédient magique est la bonne communication. Parents, enseignants, directeur d’école, entraîneurs, médecins : tous les acteurs sont invités à se concerter.

couverture - SanteSportMagazine Feminin 12

Comments are closed.