ÉLODIE ARRAULT, FEMME D’ÉLITE

Traileuse et triathlète, Élodie ARRAULT est arrivée tardivement dans le monde du sport. Son parcours atypique et son caractère chaleureux ont attiré notre attention. Seule femme a participer à la première édition du TREG®, elle nous raconte son expérience.

Propos recueillis par Gaëtan LEFÈVRE

 Elodie Arrault - SanteSportMagazine Feminin 12

A 42 ans, Élodie ARRAULT élève seule ses trois enfants. Malgré le temps qu’exigent sa vie de famille et les contraintes professionnelles, elle s’est organisée pour s’entraîner quotidiennement, et répondre à SantéSportMagazine.

Quel a été votre parcours sportif depuis votre enfance ?

Enfant, j’aimais le sport. J’ai pratiqué le tennis, les bases de natation et le ski. J’ai découvert que j’avais des aptitudes pour la course à pied, le saut en longueur et la gym. Je me suis alors orientée vers le CREPS. Mais le lycée m’a détournée. Je me suis mariée jeune, et malgré un mari sportif qui m’encourageait à pratiquer, je me suis contentée d’un peu de tennis une fois par semaine et de ski l’hiver. Enfants, travail…, comme pour de nombreuses mamans le temps a filé. Ce n’est qu’après ma séparation, suite à un pari avec ma sœur, que tout a commencé. Il y a cinq ans. Premier défi : Marseille-Cassis. Je me suis prise au jeu et me suis inscrite à un club d’athlétisme. Je progressais vite. En parallèle, j’ai pris quelques cours de natation et c’est là que j’ai commencé à côtoyer des sportifs plus aguerris, et des triathlètes. De fil en aiguille, tout est allé très vite, jusqu’à participer à mon premier Ironman, il y a deux ans, et mes premiers ultra-trails. Outre le sport, ce sont les défis qui m’ont séduite, l’aventure et l’exploration intérieure. Je me suis même lancée sur la grande et célèbre épreuve de ski de fond en Suède : la Vasaloppet. Le sport est aussi un bon prétexte pour voyager, rencontrer, découvrir.

Lorsque vous avez commencé les sports d’endurance et notamment l’ultra, avez-vous vu un médecin pour connaître les effets de ces sports ?

Oui et non ! On est obligé de passer par la case médecin pour obtenir des certificats, avoir des licences, et participer à des courses. On y est contraint aussi parfois suite à des blessures. Mais on n’y va plus pour le reste ! On va plus souvent chez le kiné et l’ostéopathe. Pour ma part, je ne suis plus malade depuis que je pratique le sport à haute dose. Et non, je n’ai pas vraiment consulté pour connaître les effets de ce sport. J’apprends en lisant des magazines, en échangeant avec des amis. La pratique du sport s’accompagne souvent d’une meilleure hygiène de vie. J’ai modifié mon alimentation, réduit l’alcool, même si je ne buvais pas beaucoup avant. Et j’écoute plus les signaux de mon corps. Ce n’est que récemment, l’an dernier, que j’ai pris l’initiative de faire un test d’effort. Mon médecin me l’avait recommandée et plusieurs amis étaient déjà passés par là. Pour vérifier que tout allait bien, je l’ai donc fait.

Comment en êtes vous venu au trail ?

En courant bien sûr, je me suis aperçue que j’aimais mieux être dans la nature. J’ai toujours été une amoureuse de la végétation, des paysages, des bords de mer, de la montagne… Et puis, ce sont aussi les rencontres et les amis que j’ai suivis qui m’y ont emmenée naturellement. Enfin, j’habite au pied des Alpilles, région magnifique, alors le terrain de jeu est tout trouvé.

Pouvez-vous nous présenter le TREG® que vous avez couru au mois de février ?

Le TREG® est une course sans arrêt de 178 km, dans le désert du Tchad, en autoalimentation, seule l’eau étant fournie, et en autonavigation avec un GPS aussi fourni. Il s’agissait de la première édition et nous étions dix-huit coureurs. Elle se déroule dans la belle région de l’Ennedi, totalement sécurisée contrairement aux idées reçues. Les autorités tchadiennes ont fait le maximum pour nous recevoir, et l’organisateur Jean-Philippe ALLAIRE, un amoureux de l’Afrique, a tout fait également pour que l’on s’intègre le mieux possible en faisant travailler les locaux. Notre village a été fabriqué de toutes pièces par les femmes du village.

Elodie Arrault 4 - SanteSportMagazine Feminin 12

Comment vous êtes-vous préparée pour cette course ?

Je me suis décidée tardivement, donc je me suis servie du foncier que j’avais accumulé pour la Diagonale des fous et la Saintélyon peu de temps avant. Je me suis habituée à porter un sac à dos de quelques kilos le plus souvent possible, j’ai couru sur les chemins sablonneux au pied des Alpilles et dans les champs d’oliviers qui sont très mous. Et j’ai surtout préparé ma tête, ce qui était facile car j’avais des kilomètres d’envie ! Cette course était pour moi différente. Au-delà du sport et du dépassement, il y avait une idée quasispirituelle dans cette aventure. Sans doute le désert y était-il propice.

Vous avez été la seule femme à participer à cette course. Cela change-t-il le regard des autres participants sur vous ?

Oui, beaucoup. Il y a à la fois de l’admiration, et de l’attention. J’ai été choyée à tous les égards. Mais la course était la même. Aucun avantage particulier pour la partie compétition, et d’ailleurs je n’en souhaitais pas. D’autres femmes font ce genre de course et de distance, mais j’étais la première à « oser » le TREG®. C’est le côté « pionnière » qui a primé, et qui me plaît pour être honnête. Le fait d’être la seule femme m’a portée plus haut que le podium. J’ai été très émue de la fierté communiquée par les Tchadiens et les Tchadiennes. Il y a eu des instants de magie et de grâce dans ce pays et dans les échanges…

Depuis le TREG® en février, vous avez donc adapté votre entraînement à cette compétition.

Effectivement. Même si je pratique la natation et le cyclisme régulièrement, la quantité n’est pas la même. Pour préparer l’Ironman, je fais trois entraînements par semaine en piscine et autant en vélo. Je travaille aussi les enchaînements en pratiquant deux sports dans la journée.

Elodie Arrault 3 - SanteSportMagazine Feminin 12

Comment alliez-vous cette charge de travail avec votre vie de famille et professionnelle ?

On s’adapte. Je vis sans télévision depuis quatre ou cinq ans. On change ses moyens de locomotions. Je cours ou pédale pour aller à mon travail. Je nage pendant mes vacances en famille. Etc. On arrive à intégrer le sport à son quotidien de différentes manières. Tout devient prétexte au sport. Tout est possible si on le veut. Il faut aller au bout de ses rêves.

Vous avez participé le 15 août dernier à l’Ironman d’Embrun. Comment cela s’est-il passé ?

Dur mais je suis allée au bout. Dur mais ce fût une super expérience intérieure et extérieure. J’avais de l’appréhension à nager la nuit dans l’eau. Finalement, on n’y pense pas et on a le droit à un joli lever de soleil. La partie vélo a été difficile. J’étais tout juste dans le temps limite. Heureusement que je n’ai pas eu une crevaison. La première boucle du marathon s’est bien passée mais j’ai craqué lors de la deuxième. Je ne m’étais pas assez entraînée en vélo pour supporter un marathon derrière. J’avais des envies suicidaires. je voulais me jeter à l’eau et me laisser porter (rire). Heureusement, je ne l’ai pas fait. Une fois l’effort terminé, on oublie tout. On a même envie d’y retourner. C’est un grand bonheur !

Elodie Arrault 2 - SanteSportMagazine Feminin 12

 Crédits photos : Élodie Arrault – Ironman d’Embrun © Frédéric Poirier / Élodie Arrault – TREG © Eric Goethals

Comments are closed.