THOMAS SAMMUT, PRÉPARATEUR MENTAL AUX CERCLES DES NAGEURS DE MARSEILLE

Thomas SAMMUT, préparateur mental au Cercle des Nageurs de Marseille est un cas unique en France. Loin de faire l’unanimité dans la natation française, la préparation mentale n’est que très rarement reconnue. Rencontre avec celui qui aide les nageurs de Marseille à tenir la tête hors de l’eau.

PROPOS RECUEILLIS PAR ANNE-ÉLISABETH LIBMANN.

 Thomas Sammut 2 - SanteSportMagazine 31

Thomas SAMMUT a intégré le Cercle des Nageurs de Marseille (CNM) en 2009. Romain BARNIER, manager sportif et entraîneur pour la section natation, lui a confié la préparation mentale de ses nageurs tels que Florent MANAUDOU, Camille LACOURT ou encore Fabien GILOT.

Quand commence une préparation mentale pour des gros événements du type championnats d’Europe ou du Monde ?

Le travail que j’entreprends avec les sportifs est avant tout un travail complet sur l’individu. Je cherche à créer une harmonie intérieure, afin que le sportif soit en phase avec sa personnalité, ses valeurs et sa propre perception de soi. Ce travail commence donc bien en amont de toutes compétitions. À l’inverse de ce que l’on pense, plus la compétition approche, moins je vois les sportifs. Ils doivent alors devenir autonomes. C’est un objectif important de la préparation mentale. Il y a toujours quelques derniers réglages avec eux au moment de la compétition que l’on peut résoudre à travers des regards.

Comment s’organise le cycle et la durée des entretiens ?

Il n’y a pas un cycle commun à tous les sportifs. Chaque cas est unique. Le travail en préparation mentale doit être personnalisé. La racine commune du travail est d’identifier la « question qui gêne » en mettant en évidence les doutes et les blocages du sportif. Le doute est le propre de l’Homme donc il est tout à fait légitime d’en avoir. Le plus important est de l’identifier puis de l’accepter afin de mieux le maîtriser. Pour moi, tant que cette étape n’est pas atteinte, on ne peut pas passer à la suivante. Chaque athlète avance donc selon son rythme. La durée d’une séance est d’environ une heure. La fréquence des entretiens varie selon le sportif.

Est-ce que vous travailler sur des « images » de gestes négatifs, sur des prises de parole… ?

Le travail sur l’imagerie mentale est efficace à partir du moment où les doutes sont apprivoisés et que le discours interne génère des croyances positives. Les principaux points sur lesquels j’axe mon travail sont renforcer son identité, booster la confiance en soi, transformer les craintes en force, accéder à ses propres ressources, régénérer son capital énergétique, améliorer un geste technique par la visualisation, gérer le stress, savoir faire face aux enjeux et aux adversaires et évacuer la pression.

Et avec une équipe en relais ?

Le travail pour une équipe en relais est différent du travail individuel. L’objectif est que la cohésion des quatre athlètes qui composent le relais soit la meilleure possible, d’où l’importance du capitaine. En équipe de France de natation, le capitaine, Fabien GILOT (appartenant aux CNM) parvient très bien à faire ce boulot et souvent la France gagne face à de meilleures nations !

Comment se tisse le lien entre la préparation physique et la préparation mentale ?

Le lien entre le travail physique et mental est prépondérant. Au CNM, avec les préparateurs physiques, les médecins, les kinésithérapeutes, les entraîneurs et moi-même, nous échangeons un maximum d’informations sur les nageurs pour obtenir une préparation optimale. Mon rôle est de créer le lien entre les nageurs et l’encadrement technique afin d’améliorer la communication entre eux.

Votre meilleur souvenir de préparation de nageurs ?

Mon meilleur souvenir est le titre de Camille LACOURT aux championnats du monde de 2013. Après avoir touché le fond aux J.O. de 2012, une année difficile à gérer avec les différentes sollicitations externes, des pépins physiques, plus personne ne voyait Camille revenir au premier plan. En toute humilité, Camille s’est recentré sur lui, s’est remis au travail et, contre toute attente, est redevenu n°1.

Comment abordez-vous l’échec avec les sportifs ?

La notion d’échec est relative. Qu’est-ce qu’un échec et qu’est-ce qu’une réussite ? En France, d’une manière générale le mot « échec » fait peur. Comme si c’était une honte de ne pas réussir tout le temps. Qui a réussi sans connaître l’échec ? Les erreurs ou les échecs sont des étapes qui mènent à la réussite. C’est certainement grâce à sa 4e place aux jeux Olympique que Camille s’est remobilisé pour redevenir celui qu’il voulait être. Peut-être que s’il avait remporté les J.O., il n’aurait pas entrepris ce travail sur lui. Alors oui, cela aurait été une réussite sur le plan sportif mais pas forcément sur le plan humain. Aujourd’hui, Camille le dit lui-même, il est encore mieux dans ses baskets même s’il n’est pas champion olympique et, pour moi, c’est la plus belle des réussites !

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PAROLE D’EXPERTS…

Plusieurs nageurs et professionnels ont livré leur vision et/ou expérience de la préparation mentale à SantéSportMagazine.

Pierre ROGER, ancien nageur français, spécialiste du dos et du papillon.

« Chacun a sa façon de gérer une finale. La concentration est de rigueur sans tomber pour autant dans un état d’hyperconcentration qui consomme beaucoup d’énergie. Dans la chambre d’appel, avant la course, on se retrouve face à nos adversaires pendant presque 25 minutes. L’ambiance est pesante. On suit à travers un écran les autres courses avec les victoires ou les défaites des autres nageurs. On croise les autres regards, décrypte les gestes de nos adversaires, etc. Même si, bien souvent, on connait depuis longtemps la moindre faiblesse d’un nageur. »

Frédéric BOUSQUET, spécialiste des épreuves de sprint en nage libre et en papillon.

« La préparation mentale débute au moment où l’athlète définit ses objectifs. Pour moi, c’est une visualisation de l’esprit. Je m’isole dans ma chambre, observe sur Internet la structure de la piscine pour ne pas être surpris par le complexe, etc. »

Définition de préparateur mental à travers Le mental des champions d’Hubert RIPOLL, psychologue du sport (éditions Payot).

« La préparation physique vise à permettre à l’individu de développer son potentiel physique. Le potentiel mental est la capacité à gérer ses émotions pour résister à la pression d’une compétition. »

Couv le mental des champions - SanteSportMagazine 31

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