OSEZ LE SPORT POUR LUTTER CONTRE LE CANCER

Il est temps d’agir ! Le cancer est la deuxième cause de mortalité dans le monde après les maladies cardiovasculaires. Les études scientifiques ne cessent de démontrer que la pratique régulière d’une activité physique et sportive réduit le risque de développer certains cancers et permet d’améliorer la qualité et l’espérance de vie des patients atteints ou ayant souffert d’un cancer. Comment le sport peut-il nous protéger ? Que dit la science ?

PAR FLORENCE BROUÉ

L’activité physique peut se définir comme tout mouvement effectué dans la vie courante et professionnelle qui entraîne une augmentation de la dépense d’énergie supérieure à celle au repos1. Son principal ennemi est la sédentarité. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) estime que la sédentarité a des conséquences majeures néfastes pour notre corps. Au niveau mondial, on lui associe 3,2 millions de décès par an, plus de 670 000 décès prématurés de personnes de moins de 60 ans, 460 000 décès par cancer du sein et 610 000 décès par cancers colorectaux2. Gardons d’ailleurs en mémoire que des données scientifiques viennent de démontrer que 19 % des cancers du côlon, 21­% des cancers du sein et 26 % des cancers de l’endomètre étaient dus à une activité physique insuffisante3.

PRÉVENIR LES RISQUES DE CANCER

Il faut savoir que le cancer, c’est 1 000 nouveaux cas par jour dont 40 % pourraient être évités. Les facteurs de risque sont connus : tabac, alcool, mauvaise alimentation, sédentarité, infections virales ou bactériennes… La médecine a montré que les personnes physiquement actives présentaient un risque réduit de développer et de mourir d’un cancer, quelle que soit sa localisation4. L’effet bénéfique de l’activité physique sur le risque de cancer s’explique par 2 mécanismes1 :

● L’effet du sport sur le poids et la réduction de la masse grasse, surtout abdominale.

● La modification de la quantité de divers hormones et facteurs de croissance telle que la diminution des taux d’insuline et d’IGF-1 (Insuline Growth Factor). Enfin, l’accélération du transit intestinal et la réduction de la production d’oestrogène, dues à l’activité physique, peuvent respectivement réduire le risque de développer un cancer du côlon et un cancer du sein.

UNE AIDE PRÉCIEUSE PENDANT ET APRÈS LA MALADIE

Outre la prévention, les bénéfices de l’activité physique sont indéniables pendant et après un cancer. La qualité de vie s’améliore avec une réduction de l’anxiété, un meilleur appétit, un meilleur sommeil, une meilleure image de son corps et une estime de soi reboostée. La survie des patients est améliorée avec une réduction de 41 % du risque de mortalité globale quand une activité physique est pratiquée après qu’un cancer a été diagnostiqué5. Une étude, portant sur 121 700 infirmières américaines, a prouvé que le risque de décès par cancer du sein ou de récidive d’un cancer du sein est diminué de 20 à 50­% chez les femmes qui marchent 3 à 5 heures par semaine par rapport à celles qui marchent moins de 3 heures6.

BOUGEZ !

Les preuves ne manquent pas. Pratiquer une activité physique est un geste simple et facile à réaliser dans notre vie quotidienne pour protéger son corps du cancer et l’aider à lutter contre les tumeurs quand cela s’avère nécessaire. On connaissait le slogan « manger-bouger », nous pourrions désormais dire « bougez-vivez » !

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PAROLES D’EXPERT

Jean-Marc DESCOTES, co fondateur de la CAMI Sport et Cancer, a tiré de sa pratique à haut niveau des arts martiaux des préceptes de vie qui respectent l’individu, protègent le corps et donnent un nouveau souffle à la vie.

L’activité physique peut-elle protéger notre corps des cancers ?

Oui, l’activité physique peut réduire le risque de développer un cancer. Les scientifiques ont prouvé que l’activité physique diminuait de 25 % le risque d’être atteint par un cancer du sein, du côlon, de l’utérus, de l’estomac ou du poumon. Pour avoir un tel effet, l’activité physique doit suivre trois préceptes : intensité, durée et fréquence. Il faut ainsi pratiquer un sport d’une intensité modérée à intense, pendant au moins 1 an et régulièrement (2 à 3 fois par semaine).

Est-il bon pour le corps de faire du sport pendant un cancer ?

Quand on souffre d’un cancer, l’activité physique n’aura pas d’incidence sur la diminution des cellules cancéreuses mais permettra de faciliter la prise en charge des effets secondaires des traitements. Le corps sera moins fatigué par les lourds traitements, la fonte musculaire ainsi que l’ostéoporose seront ralenties, et la toxicité des produits médicamenteux utilisés pour les thérapies ciblées sera moindre. La qualité de vie et l’estime de soi du patient s’en verront vite améliorées.

L’activité physique peut-elle empêcher une récidive ?

Après un traitement cancéreux, quand le patient est en rémission, l’activité physique diminue le risque de récidive. Ainsi, les rechutes des cancers du sein, du côlon et de la prostate peuvent être réduites de près de 50 %.

Comment pratiquer un sport pendant et après un cancer ?

Décider de faire du sport est un acte volontaire. Des organismes spécialisés dans l’activité physique des patients pendant et après un cancer aident à pratiquer un sport adapté dans de bonnes conditions. Par exemple, notre association, la CAMI, possède plusieurs protocoles d’accompagnement spécialisé. L’un d’entre eux est d’ailleurs dédié aux patients qui désirent améliorer leur condition physique en leur permettant de retrouver l’usage des parties de corps abîmées à cause des traitements médicamenteux ou des chirurgies.

Faut-il privilégier certaines activités physiques pendant et après un cancer ?

Pour faire simple, ce n’est pas la pratique d’un sport mais la manière dont on l’enseigne qui prime. Un geste juste, un mouvement adapté aux séquelles éventuelles du patient, fixer des objectifs raisonnables sont tout un ensemble de points clés qui permettent de réussir son retour dans le sport et d’en retirer des effets positifs à long terme.

Certains sports sont-ils meilleurs que d’autres pour se protéger d’un cancer ?

Toutes les pratiques physiques et sportives sont bonnes pour notre corps. L’âge et la forme physique ne doivent en aucun cas être un frein à faire le sport que l’on désire. La pratique d’un sport permet de se projeter dans l’avenir, de relever des défis et de vivre des victoires. Il suffit d’oser et de se faire plaisir.

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LES RECOMMANDATIONS DE L’OMS POUR L’ACTIVITÉ SPORTIVE7

● Pratiquez au minimum 150 minutes d’activité d’endurance d’intensité modérée ou au moins 75 minutes d’activité d’endurance d’intensité soutenue ou une combinaison des deux.

● Pour tirer des bénéfices supplémentaires sur le plan de la santé, augmentez la durée de l’activité d’endurance d’intensité modérée de façon à atteindre 300 minutes par semaine, ou pratiquer 150 minutes par semaine d’activité d’endurance d’intensité soutenue, ou une combinaison équivalente des deux.

● En cas de mobilité réduite, privilégiez les sports favorisant l’équilibre et aidant à prévenir les chutes au moins 3 jours par semaine.

● Réalisez des exercices de renforcement musculaire au moins 2 jours par semaine.

● Pour des personnes âgées ne pouvant pas pratiquer la quantité recommandée d’activité physique en raison de leur état de santé, nous conseillons d’être aussi actives physiquement que leurs capacités et leur état le permettent.

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RÉFÉRENCE

1 Activité physique et cancers, Fiches repères, Prévention, Institut national du Cancer, 30 janvier 2012

2 L’exercice physique peut contribuer à réduire le risque de cancer du sein et du côlon, Centre des médias, Organisation mondiale de la Santé, 2011

3 Friedenreich CM et al., State of the epidemiological evidence on physical activity and cancer prevention. Eur J Cancer., 2010, 46(14):2593-604

4 Cancer et activité physique, Fiche d’information, cancerenvironnement.fr, 2014

5 Ibrahim EM, Al-Homaidh A. Physical activity and survival after breast cancer diagnosis: meta-analysis of published studies. Medical oncology (Northwood, Londres, Angleterre). 2011 Sep;28(3):753-65.

6 Holmes et al., Physical Activity and Survival After Breast Cancer Diagnosis, JAMA, 2005, 293(20):2479-86

7 Recommandations mondiales sur l’activité physique pour la santé, Organisation mondiale de la Santé, 2010

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