ARTHROSE DU SPORTIF, POURQUOI ?

Quels sont les facteurs favorisant la détérioration des articulations ? Comment les éviter ? Comment les compenser ? SantéSportMagazine vous conseille pour continuer à bouger longtemps sans douleur !

PAR LE DOCTEUR STÉPHANE CASCUA, MÉDECIN DU SPORT.

 Arthrose du sportif - SanteSportMagazine Senior 8

L’arthrose est l’usure du cartilage. Cette substance lisse et nacrée recouvre les os au niveau des  articulations. Elle bénéficie de propriétés mécaniques exceptionnelles. Elle résiste à la compression et permet le glissement presque sans frottement. Malheureusement, ce tissu n’est pas traversé par des vaisseaux sanguins et ses cellules ne se multiplient pas. Lorsqu’il s’abîme, il ne se répare pas… ou très mal ! Peu à peu, des douleurs apparaissent et des raideurs s’installent. Afin de poursuivre votre activité sportive pendant de longues années, vous devez absolument préserver votre capital cartilagineux. Et l’exercice physique mal conçu peut provoquer ou aggraver les lésions. Alors, prudence ! En revanche, le sport intelligemment pratiqué vous aide à conserver des articulations indolores.

TROP DE SPORT : EST-CE DANGEREUX POUR LES ARTICULATIONS ?

Les médias vous relatent fréquemment les mésaventures de sportifs de haut niveau dont les carrières sont brisées par l’usure précoce de leurs articulations. Les études vont dans le même sens : le sport intensif abîme le cartilage. Néanmoins, ce n’est pas vrai pour toutes les disciplines ! Il s’agit particulièrement des activités dites de pivot. En effet, les brusques changements de direction exercent des contraintes tangentielles sur le revêtement articulaire auxquelles il ne peut résister bien longtemps. Ainsi, les sports de ballon, de raquettes et de combat se montrent les plus pourvoyeurs d’arthrose. Le cartilage est constitué d’une épaisse gélatine garnie de cellules sécrétrices et armaturées par des fibres microscopiques. Ces dernières sont en forme d’arceau. À leur base, elles s’insèrent dans l’os et s’élèvent perpendiculairement au sous-sol osseux. À distance, elles s’incurvent et deviennent parallèles à la surface articulaire dont elles se rapprochent. Ainsi, la superficie du cartilage est bien adaptée aux contraintes de glissement, alors que sa profondeur assume les compressions. Néanmoins, la pratique intensive des pivots finit par éroder la surface articulaire. Après quelques années de frottements, il ne reste que les piliers verticaux. Désormais, les forces tangentielles ne manqueront pas de les disloquer… En revanche, la structure du cartilage persistant reste bien adaptée à l’amortissement des contraintes en impaction. Le quadragénaire, ancien footeux, tolère encore très bien les sports « dans l’axe », typiquement la course de fond. Profitez-en ! ZATARIAN a suivi pendant quinze ans des patients victimes d’arthrose débutante des hanches ou des genoux. Tout au long de ces années, il a comparé l’épaisseur du cartilage chez les coureurs et les sédentaires. Les premiers n’usaient pas plus leurs articulations… s’ils ne faisaient pas plus de 30 à 40 kilomètres par semaine. De plus, ces joggeurs raisonnables souffraient moins que les inactifs ! Même à haut niveau, la course ne se montre pas très pourvoyeuse d’arthrose si votre morphologie est normale et si vous n’avez pas eu de blessure. Alain MIMOUN, vainqueur du marathon des jeux Olympiques de Melbourne en 1956, a couru quotidiennement jusqu’à 90 ans… Aucun footballeur n’a poursuivi sa pratique jusqu’à un âge aussi avancé. Les brusques changements de direction rabotent le cartilage, sans compter que de nombreux sports pivots sont également à l’origine de contacts et de traumatismes aggravant l’usure articulaire.

SOIGNEZ CORRECTEMENT VOS BLESSURES !

Si vos entorses ne sont pas correctement prises en charge, vos ligaments restent distendus et votre coordination défectueuse. À chaque nouvelle torsion, la cartilage se cogne et s’abîme. Même en l’absence de récidive, vos articulations sont victimes de frottements anarchiques ; le cartilage s’use insidieusement ! La rupture du ligament croisé antérieur du genou est emblématique de ce constat. Même après avoir été bien opéré, le déplacement du fémur sur le tibia ne retrouve pas sa cinétique naturelle. Aussi, est-il usuel d’affirmer que le  genou blessé sera porteur d’arthrose plus précocement que son voisin. Cette entorse abîme tellement le genou que la section du ligament croisé antérieur chez le lapin est l’une des méthodes utilisées pour évaluer les traitements médicamenteux contre l’arthrose. Si vous êtes victime d’une fracture passant par une articulation, l’arthrose menace. Prenons un exemple. Si vous vous brisez le bas du tibia, le cartilage est lui aussi cassé. Le plus souvent, même après consolidation, il persiste une petite marche d’escalier. À chaque passage, l’astragale, l’os de la cheville, vient s’impacter sur cette irrégularité. Son cartilage s’use inexorablement. Les méfaits des lésions méniscales tiennent du même mécanisme. Les ménisques sont des petites cales en forme de croissant entre le tibia et le fémur. En cas de fissure, les surfaces articulaires viennent s’y cogner. Si votre chirurgien enlève le fragment cassé, votre ménisque est désormais plus petit, moins amortissant et moins emboîtant. Votre cartilage s’use aussi. En pratique, prenez soin de vos blessures. Consultez rapidement un médecin spécialisé. Suivez ses prescriptions. Respectez les délais de cicatrisation. Votre avenir sportif en dépend !

PRUDENCE SI VOTRE MORPHOLOGIE EST PARTICULIÈRE

Si vos os ne sont pas correctement orientés, les contraintes mécaniques sur les articulations peuvent augmenter considérablement. Le genou constitue le meilleur exemple. Si vos jambes sont arquées, le poids de votre corps passe beaucoup plus sur le côté interne du genou. Le cartilage se détériore plus vite. Surtout si vous courez beaucoup ou si vous avez été victime d’une lésion du ménisque interne. Si vous avez les jambes en X, le muscle de la cuisse, le quadriceps, tire la rotule vers l’extérieur. Cette dernière frotte alors de façon asymétrique et s’abîme. Ce phénomène se majore en cas de souplesse excessive des haubans ligamentaires guidant la rotule. De façon plus générale, l’« hyperlaxité » favorise aussi la dégradation des surfaces articulaires. Comme lors des séquelles d’entorses, des ligaments naturellement trop élastiques ne parviennent pas à contrôler les mouvements. Le conflit de hanche est emblématique de ce mécanisme. Chez les danseurs, les footballeurs ou les karatékas, le fémur se mobilise sur une telle amplitude qu’il vient frapper l’os du bassin et fait le lit de l’arthrose de hanche. De façon concrète, demandez conseil à votre médecin du sport. Si votre morphologie est particulière, peut-être pouvez-vous bénéficier d’une correction de vos appuis grâce à des semelles correctrices ? Peut-être devez-vous varier vos activités et, par exemple, remplacer un peu la course par du vélo ? Si vous êtes hyperlaxe, n’abusez pas des assouplissements. Pensez au travail de renforcement et de coordination pour mieux contrôler le mouvement de vos articulations.

SURVEILLEZ VOTRE BALANCE !

Bien évidemment, l’augmentation du poids accroît les contraintes sur les articulations des membres inférieurs. C’est vrai même lorsque ce n’est pas de la graisse mais du muscle ! Un body-builder malmène ses genoux lorsqu’il fait de la course longue distance. Cependant, les méfaits sont moins évidents quand il s’agit de masses actives aptes à contrôler les mouvements articulaires. Bref, le renforcement musculaire harmonieux, la préparation physique bien conduite ne favorise pas l’arthrose. Au contraire ! En revanche, la graisse est beaucoup plus délétère. En plus des kilos superflus, elle instaure un climat biologique inflammatoire dans tout l’organisme. Le surpoids constitue d’ailleurs un facteur favorisant de l’arthrose… des doigts. Des substances irritantes circulent en plus grand nombre dans le sang. Elles viennent stimuler les globules blancs qui sont plus enclins à dégrader le cartilage de l’ensemble des articulations. De surcroît, il existe un lien entre maladies cardio-vasculaires et arthrose. Vous le savez, l’obstruction partielle des artères par des plaques de graisse favorise les infarctus. Il est probable qu’elle perturbe aussi l’arrivée de l’oxygène et des nutriments dans le sous-sol osseux du cartilage. Dans ce contexte dit « métabolique », n’oublions pas l’acide urique. Classiquement, cette molécule s’accumule en cas d’excès de viande ou d’abats. Lorsque vous accumulez les séances d’entraînement dures, quand vous abusez des sucreries, y compris celles des produits de l’effort, votre climat biologique devient plus acide. L’acide urique risque de s’agglutiner en cristaux. Ces derniers viennent labourer le cartilage et provoquent l’envahissement de l’articulation par des globules blancs. Ces derniers, pour digérer ces cristaux agressifs, attaquent aussi le cartilage. Même s’il ne s’agit pas forcément d’une bruyante crise de goutte, ce processus abîme votre appareil locomoteur.

ET SI MA MÈRE A DE L’ARTHROSE…

Les fibres du cartilage contiennent beaucoup de protéines. Ces dernières sont de longues chaînes d’acides aminés. Dans le corps humain, il en existe vingt. Chacun d’eux a une forme différente. À la manière de brique, leur association contribue à la formation de la protéine comparable à un édifice tridimensionnel complexe. De fait, les propriétés mécaniques des fibres dépendent de cette construction harmonieuse. Vous le savez, notre programme génétique est inscrit dans notre ADN. À la manière d’un programme informatique, il code pour la succession des acides aminés constitutifs de chaque protéine. Il suffit d’une petite particularité dans notre ADN pour que la protéine ne contienne pas les mêmes briques. Souvent, cela n’a pas de conséquences sur la solidité de la construction. Parfois, le bâtiment devient chancelant et présente quelques fissures. Plus rarement, il s’écroule complètement. Vous comprenez désormais pourquoi votre patrimoine génétique influe sur la solidité de votre cartilage. Il ne s’agit pas forcément d’anomalies caricaturales mais de particularités qui altèrent quelque peu sa résistance. On a bien mis en évidence la composante familiale de l’arthrose des doigts. Alors si votre mère a été victime d’usure articulaire précoce, soyez vigilant, chouchoutez vos articulations et suivez les conseils de SantéSportMagazine.

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