ARTHROSE DU GENOU ET S’IL FALLAIT RÉAXER VOTRE TIBIA !

L’« ostéotomie tibiale de valgisation » est une opération qui consiste à modifier l’orientation du tibia. En cas d’usure du genou située du côté interne, elle permet de retarder ou même d’éviter la pose d’une prothèse. SantéSportMagazine vous explique.

Par le docteur Stéphane CASCUA , médecin du sport et le docteur Philippe PAILLARD chirurgien du sport.

 

Vous le savez, l’arthrose, c’est l’usure du cartilage. Cette substance lisse et nacrée recouvre les os en regard des articulations. Les cellules qui le constituent ne se multiplient pas. Le cartilage abîmé ne parvient pas à se réparer ! Il arrive que cette lésion prédomine à la face interne du genou, en regard du genou opposé. C’est l’arthrose fémoro-tibiale interne.

Arthrose du genou 1 - SanteSportMagazine Senior 9 - Illustration Mathieu Pinet

USURE DU GENOU DU COTÉ INTERNE, POURQUOI ?

Chez le sportif, certaines circonstances favorisent la dégradation du cartilage du côté interne du genou. À cet endroit, entre le tibia et le fémur, on trouve le ménisque interne. Il a une forme de croissant et rempli plusieurs missions. Il amorti les impacts. Il répartit les pressions sur toute la surface du cartilage. Il stabilise l’articulation et évite les frottements anarchiques. S’il est cassé, si vous avez été opéré pour enlever le fragment abîmé, il ne parvient plus assumer aussi bien sa fonction et le cartilage s’use plus rapidement. À chaque réception de foulée, lorsque vous êtes en appui sur une seule jambe, le poids de votre corps passe surtout plus par le côté interne du genou. Les sports incluant beaucoup de course majorent l’érosion du cartilage au sein du compartiment interne du genou ! Si vous avez les jambes arquées ce phénomène de compression localisée se majore considérablement. Cette morphologie en « cowboy » est la principale cause d’« arthrose fémorotibiale interne » !

Arthrose du genou 2 - SanteSportMagazine Senior 9 - Illustration Mathieu Pinet

QUELS SONT LES SIGNES D’USURE INTERNE DU GENOU ?

Si vous êtes victime de cette blessure, vous avez mal à la face interne du genou. Cette douleur prédomine pendant la course. En revanche, elle est quasi-absente à vélo. En effet, votre bassin est en appui sur la selle et votre poids ne bascule sur la face interne du genou. Sur la radiographie, on constate que le fémur est plus près du tibia du côté interne. Cette image correspond à un amincissement du cartilage. Remarquez bien que cette usure accentue la bascule interne du genou et les jambes arquées. Quand le pincement articulaire est plus sérieux, on peut voir des becs osseux sur le bord de l’articulation. La radiographie incluant l’ensemble des membres inférieurs permet de mesurer avec exactitude la désaxation du tibia et de quantifier un éventuel geste chirurgical. Le scanner avec injection de produit de contraste dans le genou permet de dessiner la surface du cartilage. On constate qu’il est trop fin et surtout irrégulier et bourrés de nids de poules. Sur l’IRM, on observe que l’os situé sous le cartilage usé souffre. Il est trop riche en eau, plein d’œdème et d’inflammation.

QUELS TRAITEMENTS AVANT LA CHIRURGIE ?

Bien évidemment, une opération ne s’impose pas dès les premiers signes d’arthrose interne. Dans un premier temps, pour éviter l’écrasement du compartiment interne inhérent à l’appui sur une seule jambe, il est conseillé de réduire le footing et les sports incluant de la course. Sans souci, il est possible de les remplacer par des activités où les contraintes sont plus modérées et mieux réparties sur le genou : natation bien-sûr mais aussi vélo, elliptique ou rameur. Le ski de fond en skating ou même en alternatif sont rarement douloureux. Il en est de même pour la marche nordique car l’utilisation des bâtons équilibre l’appui du corps et distribue le poids sur les quatre membres. On peut aussi réaxer un peu le tibia… sans opération… grâce à l’utilisation de semelles correctrices. Surélevées sur le bord externe, elles permettent d’ouvrir la face interne et de la décomprimer. Le sport pratiqué sans douleur est plus qu’autorisé, il est conseillé ! Le mouvement induit des variations de pressions qui permettent au cartilage de pomper ses aliments venus des vaisseaux voisins. Le glissement articulaire exerce un véritable rodage qui lisse la surface cartilagineuse ! On peut ajouter à ces stratégies plus spécifiques des souffrances du compartiment interne, une prise en charge plus globale de l’arthrose. Les compléments nutritionnels à base de glucosamine, de chondroïtine et de silice sont les bienvenus, ils nourrissent l’articulation. La vitamine D et le calcium contribuent à renforcer l’os douloureux situé sous le cartilage usé. Les anti-inflammatoires en comprimés et parfois même les infiltrations de corticoïdes sont utiles en cas de « poussée d’arthrose ». Pour favoriser le glissement articulaire, il est possible aussi d’injecter dans le genou un lubrifiant visqueux, on parle de viscoinduction. Ce geste pourra être renouvelé tous les 6 à 12 mois.

QUAND ET COMMENT RÉAXER VOTRE TIBIA !

Quand les soins évoqués au paragraphe précédent ne soulagent plus vraiment votre arthrose interne du genou, il est temps de penser à corriger votre jambe arquée. Bien sûr, il n’est pas conseillé de se précipiter pour réaliser un geste chirurgical. Mais dans le cas de l’ « ostéotomie de valgisation », il ne faut trop tarder ! En effet, contrairement à la mise en place d’une prothèse, cette chirurgie conserve la surface articulaire. Pour qu’elle se montre efficace, il est nécessaire qu’elle ne soit pas trop usée. La technique opératoire consiste à fendre la face interne du tibia et à l’ouvrir. L’os situé sur le bord externe du tibia est relativement souple et sert de charnière naturelle. L’amplitude du mouvement dépens de votre déformation initiale. L’objectif est de retrouver des jambes très légèrement en X. Idéalement, la différence d’axe entre le tibia et le fémur doit atteindre 3 à 5°, on parle de « genu valgum physiologique ». L’écart interne est maintenu grâce à une plaque métallique et des vices ; l’ouverture est comblée par de l’os artificiel ou un fragment d’os prélevé sur le bassin.

Arthrose du genou 3 - SanteSportMagazine Senior 9 - Illustration Mathieu Pinet

Cette opération dure à peu près une heure et vous restez hospitalisé pendant environ cinq jours. À l’issue, pendant un mois, vous conservez une attelle rigide et vous mimez le passage du pas, on parle d’appui « contact ». Simultanément, votre kinésithérapeute entretient la mobilité de votre genou et réveille vos muscles. Entre la 4e et la 6e semaine, vous augmentez progressivement l’appui. Chez le kinésithérapeute, vous renouez peu à peu avec la marche ; vous enlevez progressivement l’attelle alors que vous la conservez dans la vie quotidienne. Durant cette période, il est souvent possible de faire un peu de rameur ou de pédaler sans trop de résistance sur un vélo de salle. Après 1 mois et demi, vous enlevez l’attelle. À 2 mois, vous marchez normalement et vous commencez à conduire ! Si vous avez été opéré à gauche, évitez les embouteillages ! Si c’est à droite, prenez soin de valider le freinage d’urgence ! Passé ce délais, ajoutez de l’elliptique à votre programme. Après 3 mois, vous êtes à l’aise dans la vie quotidienne, vous montez et vous descendez les escaliers, vous pouvez vous rendre à votre travail par les transports en communs. En salle, vous faites de la presse sur une jambe en conservant une charge inférieure à votre poids de corps ; vous évitez la chaise à quadriceps qui cisaille votre tibia ! Entraînez-vous aussi sur tapis. Jusqu’à 4 mois, contentez-vous de marcher en côte. Cette technique sollicite vos muscles et votre cœur mais réduit l’impact de la réception sur votre tibia. Au début du 5e mois, alternez marche et trottinement. En rééducation puis sur le terrain, reprenez les déplacements latéraux. À 6 mois de votre intervention, vous renouez avec de vrai footing de 30 minutes, vous jouez au tennis avec philosophie, vous pratiquez la randonnée en région escarpée mais avec des bâtons, vous crapahutez sur le dix-huit trous de votre golf préféré ! Les études montrent qu’après une « ostéotomie tibiale de valgisation », vous reprenez vos activités physiques sans douleurs pendant environ 10 ans. Mieux encore, si vous n’abusez pas des sports agressifs pour le cartilage, si vous alternez avec du vélo, du cardiotraining en salle ou de la natation, vous éviterez peut-être la prothèse !

Comments are closed.