Tendinite de la hanche au féminin

Vous avez mal sur le côté de la fesse, notamment quand vous courez. C’est probablement une tendinite du moyen fessier, une blessure très féminine ! SantéSportMagazine vous explique et vous accompagne sur le chemin de la guérison.

Par le docteur Stéphane CASCUA, médecin du sport. Illustration Mathieu Pinet.

Mesdames, quand vous souffrez des moyens fessiers, vous dites souvent : « J’ai des douleurs dans les hanches » ! Pour les médecins du sport, la hanche est l’articulation entre le fémur et le bassin. Elle se situe en regard de l’aine. Heureusement, vous n’avez pas mal à cet endroit, vous n’avez pas d’arthrose de hanche ! Et la tendinite du moyen fessier, c’est moins ennuyeux !

Moyen fessier

LE MOYEN FESSIER : UN MUSCLE DE COUREUSE !

Le muscle moyen fessier part de la périphérie du bassin appelé aussi os iliaque. Ensuite, il descend et vient s’accrocher en haut du fémur, l’os de la cuisse. Quand vous êtes en appui sur une seule jambe, le bassin tend à basculer du côté du membre inférieur en suspension. Heureusement, le moyen fessier se contracte pour le stabiliser. Il dispose d’un bras de levier modeste, si bien que la force qu’il doit exercer est égale à trois fois le poids du corps. À chaque foulée, ce mécanisme se reproduit. Le tendon, la cordelette reliant le bas du muscle au fémur, est particulièrement sollicité. Des fibres microscopiques peuvent se déchirer et devenir douloureuses, c’est la tendinite ! Incontestablement, cette blessure est plus fréquente chez les femmes et plus encore autour de 50 ans. Un bassin large et évasé, conçu pour accueillir le fœtus, semble expliquer en partie cette prépondérance. En effet, le centre de gravité est plus éloigné de la hanche à l’appui et impose un surcroît de travail au moyen fessier. De plus, la régression des sécrétions hormonales en période de ménopause altère les processus de réparation tissulaire. Le contexte sportif peut justifier aussi cette décompensation. Parfois vous avez augmenté le kilométrage trop rapidement. À moins que vous n’ayez fait du fractionné, sur piste et toujours dans le même sens… corde à gauche ! Et dans ce cas vous avez mal à droite ! Pour les nouvelles adeptes du trail, sachez que vos moyens fessiers n’aiment pas les longs passages en dévers. Là, c’est le tendon d’aval qui souffre !

LES POINTS CLÉS DU DIAGNOSTIC !

En cas de tendinite du moyen fessier, vous avez mal « sur le côté de la hanche ». Initialement, vous souffrez en début de footing mais vous vous sentez mieux après l’échauffement. Plus tard, la douleur perdure pendant toute votre sortie et s’accentue. Enfin, elle persiste et vous gêne dans la vie quotidienne. Votre médecin trouve une douleur lorsque vous sautillez sur un pied et quand vous montez la jambe sur le côté. En palpant la face latérale de votre fesse, il vous fait mal en appuyant juste au-dessus de la partie haute du fémur appelée grand trochanter. À cet endroit, il existe parfois une poche de glissement irritée. On parle de « bourse inflammatoire » ou « bursite ». Elle provient d’un frottement excessif entre ce grand trochanter et un autre hauban stabilisateur du bassin, le « facia lata ». Attention à la confusion avec la tendinite : le traitement est loin d’être identique ! Chez le coureur, vous connaissez peut-être le « syndrome de l’essuie-glace » au niveau du genou ? (voir l’article Douleur externe du genou sur www.santesportmagazine. com). La « bursite » de hanche qui nous occupe aujourd’hui correspond à sa version haute. Une radiographie et surtout une échographie ou une IRM permettent d’éliminer une bursite, de confirmer le diagnostic de tendinite du moyen fessier, tout en quantifiant les lésions. À noter que cette souffrance sur le côté des fesses correspond parfois à l’irritation d’un nerf. Ce dernier peut être compressé à sa sortie de la colonne vertébrale, entre les vertèbres dorsales et lombaires. Il peut être coincé plus bas, dans la petite gouttière osseuse qui lui permet de franchir l’aile iliaque. Classiquement, cette douleur est aggravée par une ceinture trop serrée.

LA KINÉSITHÉRAPIE EST ESSENTIELLE !

Votre tendon est victime de microdéchirures. La cicatrice est souvent anarchique. Constituée de fibres enchevêtrées, elle est fragile et cassante à la manière d’une gerçure. La rééducation a pour mission de la « mécaniser ». Les massages énergiques et perpendiculaires au tendon sont indiqués… mais douloureux. On parle de MTP « massages transversaux profonds ». Ils assouplissent le magma cicatriciel. Les ondes de choc, délivrées par ce gros « pistolet marteau-piqueur » manipulé par votre kiné, revêtent le même intérêt. Remarquez que si on vous inflige ces techniques de frottement et de percussion alors que vous souffrez d’une bursite : cette dernière s’aggrave ! C’est le bon diagnostic qui assure le bon traitement. Les étirements progressifs réalignent les fibres dans l’axe des contraintes. Le renforcement en freinage, on dit « excentrique », est encore plus mécanisant. Ce travail est de surcroît spécifique de la course où le moyen fessier ralentit puis annule la bascule du bassin. Ainsi, vous renouez progressivement mais sans hypocrisie avec les contraintes de votre discipline de prédilection !

Tendinite de la hanche - SanteSportMagazine Feminin 13

ON PEUT AJOUTER D’AUTRES TRAITEMENTS !

Afin d’améliorer la texture du tendon, vous pouvez bénéficier de séances de « laser ». En chirurgie, ce rayon coupe les tissus. Lorsqu’il est appliqué avec moins de puissance, il défibrose efficacement. Afin de favoriser la reconstitution d’un tissu souple et solide, pensez à la silice. Cet oligo-élément est au tendon ce que le calcium est à l’os : il relie les fibres entre elles et assure leur cohésion. Une paire de semelles correctrices peut aussi se révéler utile. Lorsque vos membres inférieurs sont de longueurs inégales, vous souffrez du côté de la jambe longue car votre bassin bascule du côté opposé et tire sur votre moyen fessier. Une talonnette du côté court limite ce surmenage. Si vous avez un  ied creux et rigide, si vous êtes supinatrice, les haubans musculaires externes de votre membre inférieur sont plus tendus. Une semelle comportant une surélévation du côté du 5e orteil appelée « bandelette pronatrice » permet de réduire cette traction. Votre tendon du moyen fessier apprécie ! Il arrive aussi que le processus inflammatoire prédomine. Vous souffrez à l’entraînement mais aussi la nuit. Les globules blancs venus nettoyer les déchets du tendon abîmé s’emballent. Ils s’attaquent même au tissu sain ! Une infiltration est envisageable. Elle est de préférence réalisée sous échographie autour des zones irritées mais pas dans le tendon. L’aiguille et surtout le produit injecté, un corticoïde, risqueraient de le fragiliser. En effet, ce médicament, en plus de calmer l’inflammation, favorise la dégradation des protéines. C’est bien pour digérer la cicatrice fibreuse mais il existe aussi un risque de lésion du tendon. Ce geste se révèle plus clairement bénéfique si vous êtes victime d’une « bursite ». Le principe actif rompt le cercle vicieux : il fait dégonfler la bursite. Plus mince, elle ne frotte plus, elle ne gonfle plus ! Dans les semaines qui suivent une infiltration autour du tendon lésé, les contraintes mécaniques doivent être modérées. Après dix jours de repos sportif complet, vous pouvez pédaler tranquillement. La course n’est envisageable qu’après un bon mois. Si cette prise en charge ne suffit pas, le PRP mérite d’être essayé. PRP signifie : « plasma riche en plaquettes ». On vous prélève un peu de sang, on le centrifuge et on récupère la zone la plus riche en plaquettes. Vous le savez, ces dernières sont de toutes petites cellules qui s’agglutinent quand vous vous coupez. Elles forment un véritable clou tissulaire et sont bourrées de facteurs de croissance qui stimulent la régénération locale. Bref, un concentré de plaquettes injecté dans un tendon abîmé colmate les brèches et active la production de nouvelles fibres ! Moins répandue que la traditionnelle infiltration de corticoïdes, cette méthode apparaît néanmoins plus physiologique. Là encore, un repos d’une dizaine de jours et une reprise très progressive sont nécessaires pour permettre une réparation puis une mécanisation tendineuse satisfaisante.

N’ARRÊTEZ PAS LE SPORT !

Votre tendon a besoin d’un peu de répit ! Mais, il ne s’agit pas de repos complet, au contraire ! Le sport progressif et bien dosé guide la cicatrisation. En début de traitement, le vélo s’y prête bien. Le bassin est stable et posé sur la selle. Les moyens fessiers sont relativement tranquilles. En crawl aussi, ils ne travaillent pas beaucoup. Un peu plus tard, l’elliptique libère le bassin mais conserve un appui sur les deux pieds qui soulage encore votre tendon blessé. Tentez aussi la brasse, les moyens fessiers travaillent pour écarter les jambes mais la force développée reste plus faible que celle nécessaire pour stabiliser le poids du corps. Avant de reprendre la course, il est possible de passer par la case « marche nordique ». Vous posez alternativement le pied gauche et droit mais l’utilisation des bâtons équilibre votre buste et limite encore un peu l’activité de vos moyens fessiers. Au cours de votre balade, intégrez peu à peu des sessions de trottinement puis augmentez leur durée. À l’issue de quelques séances, vous pouvez faire tout votre parcours en courant ! Lorsque votre footing atteint 30 à 45 minutes, vous pouvez accélérer ! Restez toujours prudente face à l’accroissement du kilométrage, à la piste et aux dévers !

Tendinite de la hanche 3 - SanteSportMagazine Feminin 13

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LE FITNESS AUSSI…

Les fameux « cours d’abdos-fessiers » sollicitent les fessiers ! Il en est de même des sports de combat utilisant les jambes pour des frappes latérales, typiquement le fameux « Yoko guéri » des karatékas. Quand vous soulevez la jambe sur le côté, vos moyens fessiers se contractent intensément mais pas seulement ! Ils sont aussi écrasés entre le fémur et les ailes iliaques. Ces gestes ne sont pas très physiologiques et dépassent l’amplitude naturelle de la hanche. Depuis que nous sommes « descendus des arbres », depuis que nous avons accédé à la bipédie, la mission de cette articulation est d’assurer plus de stabilité que de mobilité !

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