Laëtitia Roux trône au sommet de a montagne

À 30 ans, Laëtitia ROUX domine le ski-alpinisme mondial. Lors de la première étape de coupe du monde à Puy-Saint-Vincent, elle a gagné les trois épreuves sans être inquiétée par ses concurrentes. Son passé en ski alpin et ses entraînements spécifiques l’aident à se maintenir au sommet.

Propos recueillis pas Gaëtan Lefèvre

 Laetitia Roux portrait - SanteSportMagazine - Photo C Mansiot (1)

Depuis quelques années, Laëtitia règne sur la discipline en remportant toutes les compétitions avec plusieurs minutes d’avance sur ses adversaires. Diplômée en kinésithérapie, ses résultats en compétition lui ont permis de ne jamais exercer, d’obtenir le statut de sportive de haut niveau et de rentrer comme sportive de la défense au sein de la gendarmerie. Aujourd’hui, elle peut consacrer 100 % de son temps à son sport. Un statut exceptionnel dans ce milieu. Travailleuse, elle ne compte pas les efforts et met toutes les chances de son côté pour réussir.

Comment en êtes-vous venue au ski-alpinisme ?

Mon père m’a initiée au ski-alpinisme à l’âge de 9 ans. À l’époque, je pratiquais plus le ski alpin ou le snowboard. Dans un premier temps, j’ai commencé la compétition en ski alpin. Mon niveau était assez bon. Mais en 2002, suite à une mauvaise saison, j’ai été renvoyée du comité. Du coup, j’ai arrêté le ski alpin. J’ai ensuite passé mon B.E. (brevet d’état). Je savais au fond de moi que j’allais reprendre une activité sportive en compétition car il ne pouvait en être autrement. J’ai attendu un peu de voir dans quel sport je reprendrais. Puis, un ami qui pratiquait le ski-alpinisme m’a demandé de venir faire une sortie avec lui. Au vu de mes compétences, il m’a encouragée à continuer. Du coup, j’ai attaqué. En 2005, j’ai participé à ma première compétition à Réallon car elle se déroulait près de chez moi. Puis en 2006, je m’y suis mise sérieusement, et j’ai rapidement obtenu des résultats. Je possédais les compétences requises. Je connaissais techniquement le ski-alpinisme pour en avoir pratiqué avec mon père. Mon passé de skieuse en alpin m’aidait beaucoup en descente. Et j’ai toujours aimé les sports d’endurance. Même lors de ma pratique du ski alpin, je me régalais lors des séances de préparation physique. J’aime aussi partir à vélo sur les routes de montagne. Le comité m’a, rapidement, amenée au championnat du monde, et là, j’ai gagné mon premier titre de championne du monde espoir. Lorsque cela marche bien, on prend vite goût.

Tu es sous le statut de sportive de haut niveau à la gendarmerie. Mais peut-on vivre du ski-alpinisme ?

Je ne pense pas. Tout d’abord, lorsque l’on est sportif de haut niveau et que l’on n’a pas un travail à côté, on ne possède pas de statut. On n’a pas de sécurité sociale, etc. J’ai passé deux ans sans rien. Ensuite, financièrement, ce n’est pas possible. Les primes de course ne sont pas énormes, environ 1 000 € pour le premier sur une étape de coupe du monde comme celle-ci, et 1 500 € pour un championnat du monde. Pour les hommes et les femmes. On a au moins cette chance-là. À côté, il est très difficile de signer avec des sponsors financiers. J’en possède mais cela reste de petits contrats. Et la saison ne dure que trois-quatre mois en hiver. À la fin de l’année, il est impossible d’en vivre. Heureusement que la fédération prend en charge les déplacements et hébergements sur les courses officielles.

Laetitia Roux slide - SanteSportMagazine - Photo C Mansiot (1)

Lors d’une interview précédente, tu disais que tu « avais un entraînement particulier ». Qu’est-ce que cela veut dire ?

Je parlais, à ce moment-là, car j’ai changé d’entraîneur depuis l’automne dernier, de privilégier la qualité à la quantité. Je faisais très peu de volume, on ciblait les séances courtes. Ce type d’entraînement était rare à l’époque. Maintenant, je pense que de plus en plus d’athlètes le font. En général, et comme il s’agit d’un sport d’endurance, la plupart font beaucoup de volume. Mais, maintenant, tous ceux qui sont dans le haut niveau ont des plans précis, des entraînements spécifiques…

Comment gères-tu tes entraînements ?

C’est hyper complet et dur car il s’agit d’un sport d’endurance. Il faut, quand même, des heures de pratique pour travailler le foncier. Cependant, il y a aussi la descente qui demande une bonne forme, une réactivité et une force que l’on n’a pas forcément sur d’autres sports d’endurance. Ces aspects se travaillent également. Il y a aussi les manips, le fait d’enlever ou de mettre les peaux ou les skis. Cela demande de la concentration et de ne pas s’énerver lorsque l’on est dans le rouge. Je m’impose aussi des séances de musculation, de renforcement, de la PPG (préparation physique générale). Je travaille en dynamique en salle. Les entraînements sont différents selon les athlètes. Moi, naturellement je suis endurante. Je suis fine. Je dois plus travailler le côté dynamique, puissance, force. Maintenant, avec l’épreuve sprint et les autres courses courtes qui ont vu le jour, je ne peux me permettre d’être uniquement endurante.

Laetitia Roux - SanteSportMagazine - Photo C Mansiot (1)

Y a-t-il un profil qui aide dans le ski-alpinisme ?

Je pense que, à partir du moment où cela monte, il ne faut pas être trop lourd. Il est intéressant de juger le rapport poids/puissance.

Et ton passé de ski alpin, est-ce qu’il influence tes résultats ?

Oui, cela est une qualité. On ne va pas forcément gagner énormément de temps en descente mais on va surtout s’économiser. Gagner de l’énergie qui va nous servir pour repartir à la montée. On aura peut-être mieux récupéré. Je pense que c’est hyper important.

As-tu souvent été blessée ?

J’ai été blessée mais toujours en trail, jamais en skialpinisme. Ce sport n’est pas traumatisant. Il s’agit d’un sport « presque » porté. Un sport « glissé ». Le risque se concentre essentiellement sur les chutes lors des descentes. J’ai un terrain assez propice aux tendinites donc, tous les étés, j’attends avec impatience que l’hiver arrive pour pouvoir reprendre le ski. Du coup, j’ai arrêté le trail.

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