Ski-alpinisme – Dernière course pour être olympique

Version compétitive du ski de randonnée, le ski-alpinisme est un sport de montagne nécessitant des qualités d’endurance pour avaler les longues distances, un cœur fort et puissant pour grimper les mètres de dénivelé, et des qualités techniques pour assurer les descentes. Une discipline sur la voie de l’olympisme.

Par Gaëtan Lefèvre

Le week-end du 10 janvier 2015, la première étape de la coupe du monde de ski-alpinisme avait lieu à Puy-Saint-Vincent, au pays des Écrins. Étape d’ouverture, elle lançait aussi la saison de ses athlètes, purs montagnards, et souvent plus connus du grand public pour leurs résultats en trail durant les saisons d’été. Kilian JORNET, athlète incontournable dans l’univers de la montagne et de la course à pied, est évidemment l’ambassadeur phare de ce sport. Moins connue, mais incontournable pour les passionnés de ski-alpinisme, Laëtitia ROUX (voir interview page 29) survole la discipline chez les femmes. En dépit d’un reportage sur Canal Plus par l’équipe d’Intérieur sport, cette championne française reste malheureusement méconnue aux yeux du public. Cette athlète, comme son sport, mérite pourtant plus de reconnaissance.

DANS LES STARTING-BLOCKS

Le sprint, une des épreuves de la coupe du monde de ski-alpinisme, illustre bien ce sport. Dans les starting blocks, les athlètes attendent le coup de pistolet pour partir. L’intonation retentit ! C’est parti ! Plus une seconde à perdre ! Chaque skieur s’élance, skis et bâtons en action. Les jambes chauffent rapidement et le cœur s’emballe vite. Les athlètes attaquent immédiatement la montée. Ça grimpe dur ! Tout droit, puis en zigzag entre les portes. Une fois cette première partie achevée, il faut enlever les skis pour poursuivre la montée à pied… où plutôt en chaussures de ski. Puis, les skieurs rechaussent pour finir les derniers mètres d’ascension et atteindre la zone de « dépeautage ». Une fois en haut de la piste, ils enlèvent les peaux sous les skis et s’élancent pour la descente. Il faut être le plus rapidement en bas. Prise de risque maximale. Il n’y a pas de temps à perdre. Il faut conserver son avance ou rattraper son retard. La descente n’est ni académique, ni esthétique. Ces athlètes ne sont ni des Marcel HIRSCHER, ni des Lindsey VONN. Les bras se balancent à droite et à gauche, le corps en avant et en arrière. Le risque de chute est d’ailleurs présent… mais peu importe. Arrivés en bas, ils viennent d’avaler les 100 m de dénivelé (positif) de l’épreuve sprint de la première étape de coupe du monde de skialpinisme. C’est ainsi que l’on parle dans ce sport, pas en km ou même km/h, mais en dénivelé. Chez les hommes, les Allemands marquent le coup avec deux athlètes sur le podium (à la 2e et 3e place) dont Anton PALZER, qui a remporté, la veille, l’épreuve individuelle. Chez les femmes, ce sont les Françaises avec l’intouchable Laëtitia ROUX, suivie par Véronique FABRE, qui signent les deux premières places. La France est une nation forte dans la discipline accompagnée par l’Italie qui a notamment raflé, ce week-end, beaucoup de podiums chez les jeunes, et l’Espagne avec son emblématique représentant, Kilian JORNET. Le sprint fonctionne sur le système, on pourrait dire, du ski-cross : des qualifications individuelles dans un premier temps, enchaînées avec des départs par groupe de cinq ou six. Les premiers sont qualifiés et les derniers éliminés. Simple et limpide. Mais le sprint n’est qu’une épreuve du ski-alpinisme parmi d’autres. La veille, les athlètes ont participé à la course individuelle. Beaucoup plus longue, elle est un enchaînement de montées à ski et à pied puis de descentes. Le lendemain, ces skieurs participeront à la Vertical Race. Cette dernière épreuve est une unique montée longue de 690 m de dénivelé. Non présentes dans cette étape de coupe du monde, on y retrouve aussi les épreuves relais ou la course par équipe, comme la célèbre Pierra Monta.

Ski alpinisme, course olympique depart - SanteSportMagazine 33

UNE COURSE À LA SECONDE

Très complet, le ski-alpinisme ne peut être résumé à un simple sport d’endurance. À l’image du trail, il nécessite un foncier à toutes épreuves, que ce soit pour les efforts longs d’une course individuelle, l’intensité cardiaque des sprints répétés lors de l’épreuve du même nom ou de la Vertical Race. Les athlètes passent évidement beaucoup de temps sur les skis pour avaler du dénivelé. Mais comme nous le dit Laëtitia ROUX : « Il y a aussi la descente qui demande une bonne forme, une réactivité et une force que l’on n’a pas forcément sur d’autres sports d’endurance ». Endurance et puissance doivent être associées pour ce sport de montagne. Malgré un profil général de petits gabarits, ces athlètes sont capables de pousser fort en montée et d’encaisser les descentes. Ces dernières, comme dans de nombreux sports, nécessitent aussi une technique irréprochable, le risque de chute étant fortement présent. Et pour l’éviter, mieux vaut savoir tenir sur ses skis. Pour William BON MARDION, skieur français, il s’agit « de sauve qui peut » : « Le but du jeu est d’arriver en bas le plus vite possible sans tomber. Tout en récupérant physiquement ». Et il suffit de les regarder descendre pour s’en rendre compte. Les pistes ne sont pas préparées ni tracées, et les athlètes n’ont plus, en tout cas pas comme des skieurs alpins. Des profils comme ceux de Laëtitia ROUX ou de William BON MARDION tirent leur épingle du jeu car ils sont issus de l’école de ski alpin. « Il y a plein de courses où j’étais largué et, sur la descente, j’ai fait un carnage pour rattraper », nous explique l’athlète français. Le ski-alpinisme a passé une nouvelle étape. Patrick RASSAT, entraîneur national et responsable de l’Équipe de France de ski-alpinisme, en a bien conscience. « Aujourd’hui, pour être devant, il faut être bon partout. Il y a 10 ans, l’athlète pouvait être moins bon en descente car il y avait beaucoup de temps d’écart à l’arrivée. Maintenant, ce n’est plus possible ». La victoire se joue à quelques secondes.

Ski alpinisme, course olympique 2 - SanteSportMagazine 33

UNE COURSE AU POIDS

Autre nouveauté du ski-alpinisme, la présence d’athlètes qui s’inscrivent de plus en plus jeunes. « Dès 13-14 ans, des enfants s’inscrivent au ski-alpinisme. Plus jeune, c’est compliqué », nous explique Patrick RASSAT. « Il n’existe pas de chaussures de ski-alpinisme chez les tout-petits. » Pas encore en tout cas. Car l’évolution du matériel de ce sport, ces dernières années, a été un facteur clé pour son développement. Des chaussures plus flexibles et plus légères, des skis plus fins et de nouvelles peaux synthétiques ont permis aux athlètes d’être plus performants. Cependant, cette course à la légèreté a dû être interrompue par la Fédération internationale de ski alpinisme (ISMF) qui a imposé un nouveau règlement. Le matériel trop léger et par conséquence trop fragile devenait un risque pour les athlètes. Aujourd’hui, sur les épreuves de coupe du monde, le poids minimum du ski et de sa fixation est de 750 g pour les hommes et 700 g pour les femmes. La chaussure, quant à elle, doit peser au minimum 500 g pour les hommes et 450 g pour les femmes. Ce règlement n’est pas le seul concernant le matériel. Chaque athlète doit être équipé d’un sac à dos contenant un ARVA (appareil de recherche de victimes d’avalanche) allumé lors de l’épreuve, une pelle, une sonde et un sifflet. Et ce, même lorsque la compétition a lieu au bord des pistes comme pour cette étape dans le massif des Écrins. Il doit aussi porter d’une tenue qui couvre les manches. Elle est « un facteur de protection en cas d’avalanche contre l’hypothermie », nous explique Pierre BELLEUDY, médecin fédéral qui a participé à définir ces équipements obligatoires. Les organisateurs sont tenus de vérifier que ces règlements sont bien respectés. Les sacs peuvent être fouillés à l’arrivée d’une course. L’organisation doit aussi assurer la sécurité des athlètes. Une équipe de secourisme et un médecin urgentiste avec les matériels nécessaires pour une intervention en cas d’avalanche et n’importe où en montagne sont présents lors de chaque course, et prêts à intervenir. Si les accidents sont très rares, « l’important, dans le secourisme, est l’anticipation. Tout avoir prévu à l’avance », affirme Pierre BELLEUDY. Rien n’est laissé au hasard. Et même si les risques sont faibles, il en existe car la montagne est imprévisible.

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UNE COURSE À L’OLYMPISME

Le ski-alpinisme est un sport de montagne. Son origine, le ski de randonnée, se trouve même au cœur de celle-ci. Et si, pour des questions de médiatisation et de notoriété, les épreuves ont été rapprochées des pistes, les risques sont toujours présents : effet de l’altitude, chutes, gelures, avalanches, etc. Le médecin fédéral pousse même un peu plus loin en nous parlant de « l’exposition intense au soleil qui abîme les cellules de la peau et augmente le risque de cancer. Il existe aussi le problème des cataractes. Les guides de haute montagne déclarent dix ans plus tôt que les autres personnes ces maladies ». Attention donc à la peau et aux yeux ! Les protections ne sont pas inutiles. Concernant les blessures, le ski-alpinisme est un sport peu traumatisant. Le danger porte principalement sur les chutes lors des descentes ou « celles concernant tous les sportifs comme la mort subite », prévient Pierre BELLEUDY. Aujourd’hui, les athlètes comme les parcours sont extrêmement bien préparés. Les amateurs doivent toutefois faire plus attention. Ce sport exige une bonne santé et un minimum de condition physique. Valentine FABRE, deuxième à l’épreuve du sprint, est aussi médecin généraliste et médecin du sport. Pour elle, son sport est peu traumatisant, cependant on y retrouve des « pathologies type tendinites, ou lombaires avec les montées et les mouvements de cisaillement. Mais, il y a peu de déchirures des ligaments croisés ou de blessures traumatiques comme en ski alpin ». « Il s’agit d’un sport « presque » porté. Un sport « glissé ». », justifie sa coéquipière Laëtitia ROUX. Et dans tous ces secteurs, le ski-alpinisme continue de se développer à l’image de sa lutte contre le dopage. Depuis quelques années, certains athlètes comme William BON MARDION ou Laëtitia ROUX – ils sont cinq en équipe de France – sont suivis régulièrement par l’AMA (agence mondiale antidopage). Sur les compétitions ou de manière inopinée, de plus en plus de contrôles antidopage sont organisés. Car ce sport, malgré sa faible médiatisation et les rares gains financiers, a été entaché par une histoire de dopage à l’EPO par un athlète français lors de la Patrouille des Glaciers en 2008. Une tache noire pour le ski-alpinisme qui souhaiterait être olympique dans quelques années. Et une première étape a déjà été franchie dans ce sens puisque le Comité international olympique (CIO) a accepté le dossier et reconnait provisoirement la Fédération internationale de Ski-alpinisme. Il faudra toutefois attendre deux ans avant que le CIO décide si l’ISMF incorporera définitivement son institution. Deux ans pendant lesquels il étudiera la discipline pour voir si elle peut s’intégrer aux jeux Olympiques. SantéSportMagazine souhaite à cette fédération et à tous ses athlètes d’intégrer ce mythique événement.

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