Cancer : 5 innovations qui changent la donne

Aujourd’hui, plus d’un patient sur deux guérit d’un cancer. Il y a 20 ans, c’était seulement un sur trois. Les extraordinaires avancées accomplies ces dernières années par la recherche sur le cancer se sont concrétisées en innovations thérapeutiques qui bénéficient directement aux malades. Découvrez, avec la Fondation ARC, cinq innovations majeures qui sauvent des vies.

Dossier réalisé par la Fondation ARC pour la recherche sur le cancer.

I/ Le diagnostic précoce

Mutation dans une cellule, prolifération anormale, formation d’une tumeur, dissémination des métastases… La nature évolutive d’un cancer fait de sa prise en charge une véritable course contre la montre. Avancer le diagnostic est donc une priorité pour soigner au plus tôt la maladie et multiplier les chances de guérison. Dans le cadre des cancers colorectaux, un test dit « immunologique » a remplacé depuis peu le test Hemoccult II® dans le programme de dépistage organisé. Deux à quatre fois plus sensible, ce nouveau test est aussi plus simple à réaliser. Autre technique qui pourrait un jour être appliquée à de nombreux cancers : la biopsie liquide. De nombreux chercheurs ont en effet montré que des cellules ou du matériel génétique, issus des tumeurs, pouvaient être recueillis dans la circulation sanguine. L’analyse de ces échantillons, prélevés de manière non invasive, apporte des informations précieuses en termes de diagnostic ou de pronostic, parfois même avant l’apparition des symptômes.

II/ Les thérapies ciblées

L’exploration toujours plus fine de la biologie des cellules cancéreuses a permis l’avènement d’une nouvelle génération de médicaments : les thérapies ciblées, des traitements conçus pour s’attaquer spécifiquement à une anomalie décelée dans la tumeur du patient. Ces thérapies nécessitent donc de caractériser l’anomalie génétique des tumeurs de chaque patient. Ces analyses génétiques ont montré que l’on pouvait trouver plus de points communs entre un cancer du poumon et un mélanome qu’entre deux cancers du sein ! La conséquence sur le choix thérapeutique est majeure : jusqu’ici, la localisation de la tumeur était primordiale pour le médecin, le choix peut maintenant être guidé par l’identification d’une anomalie moléculaire, indépendamment du type de cancer. Au début des années 2000, le Glivec® a permis de faire passer le taux de survie à cinq ans de certains patients atteints de leucémie de 30 à 90 % ! Aujourd’hui des dizaines de molécules sont testées et entrent dans l’arsenal thérapeutique des médecins.

III/ L’immunothérapie

En 2013, la revue américaine Science classait l’immunothérapie parmi l’une des dix découvertes de l’année. Cette approche médicale consiste à stimuler ou à éduquer notre système immunitaire pour qu’il mette ses ressources hautement sophistiquées au service de la lutte contre la tumeur. L’année 2014 n’a pas démenti le classement de Science, les anti-PD-1 et les anti- PD-L1 en témoignent, stars incontestées des derniers congrès de cancérologie. Ces anticorps, produits en laboratoire, réactivent les cellules immunitaires armées pour attaquer les tumeurs. Des résultats spectaculaires ont déjà été rapportés pour plusieurs types de cancers : mélanome cutané, cancer du poumon, du rein, etc. Autre stratégie, comparable à une vaccination : en manipulant in vitro des cellules immunitaires du patient, il est possible de leur « apprendre » à reconnaître une particularité de la tumeur et donc à l’attaquer lorsqu’elles sont réinjectées à ce même patient. Là encore, des résultats ont été obtenus ces dernières années pour le cancer avancé de la prostate.

IV/ La chirurgie de pointe

Si elle est parfois moins mise en valeur que des approches plus modernes, la chirurgie reste le premier recours face aux tumeurs solides (qui excluent donc les cancers du sang). En termes d’efficacité, on peut difficilement envisager mieux pour se débarrasser d’une tumeur ! Si la stratégie est la plus ancienne dans l’histoire de la cancérologie, c’est aussi aujourd’hui l’une de celles qui connaît le plus d’innovations : microchirurgie robotisée, guidage par l’imagerie (IRM, scanner…), protocoles de chirurgie éveillée (notamment pour les tumeurs cérébrales), chirurgie assistée par des méthodes de marquage des tissus tumoraux… De tels progrès des techniques et des savoir-faire ont permis, par exemple, de réduire les séquelles des opérations, de supprimer plus de tissu tumoral lors des interventions ou de rendre possible la chirurgie dans des zones qui étaient auparavant inaccessibles.

V/ Les « big data »

Conséquence directe des méthodes modernes de séquençage, mais aussi de l’informatisation des dossiers médicaux, des quantités astronomiques de données sont générées dans les laboratoires et les centres de soins. Séquençage entier de génomes (ensemble du patrimoine génétique), analyse de l’expression de centaines, voire de milliers de gènes… Les chercheurs et les médecins composent avec des informations d’un nouveau genre, récoltées dans des proportions inédites*. Pour peu que des outils informatiques adaptés soient développés, ces « big data » sont susceptibles de donner accès à des connaissances capitales sur les cellules cancéreuses, sur la formation des tumeurs mais aussi sur l’identification de facteurs de risque. De cette manière, la production et l’exploitation des « big data » permettent d’éclairer la prévention, le dépistage ou d’orienter le choix optimal du traitement.

D’UNE MÉDECINE D’EXCEPTION À UNE MÉDECINE POUR TOUS

Trop de progrès, issus de cette révolution de la recherche en cancérologie, sont encore réservés au cadre expérimental, à des centres de pointe… Cette médecine d’exception, pleine de promesses, doit devenir une médecine pour tous. C’est l’objectif de la Fondation ARC. L’enjeu est d’importance : permettre de guérir deux patients sur trois d’ici dix ans et amener ainsi chaque année 40 000 patients supplémentaires sur la voie de la guérison.

Pour en savoir plus, la Fondation ARC a réalisé à l’occasion de la Journée mondiale contre le cancer, un site dédié à ces innovations thérapeutiques et aux nouveaux enjeux de la recherche en cancérologie : www.innovationcancer.org

* Des plateformes hospitalières de génétique moléculaire ont été créées en 2006, soutenues par l’Institut national du cancer (INCa) et la Direction générale de l’offre de soins (DGOS). Une synthèse de l’activité des 28 plateformes existant aujourd’hui est disponible. http://www.e-cancer.fr/rss-soins/9225

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DE L’INNOVATION SCIENTIFIQUE AU TRAITEMENT, UN PATIENT ET UN MÉDECIN TÉMOIGNENT

M. Bernard DESFORGES, patient en rémission

« À 48 ans, alors que j’étais non-fumeur, on m’a diagnostiqué un cancer du poumon métastatique. J’ai reçu une première thérapie ciblée, du fait que j’étais porteur d’une mutation de l’EGFR (un facteur de croissance, ndlr). Comme cela arrive parfois, une résistance au traitement s’est développée après quelques mois mais les tumeurs avaient régressé. J’ai alors réussi à convaincre mes  médecins d’opérer la tumeur primitive. Les analyses réalisées sur les tissus tumoraux ont révélé la mutation d’un autre gène, ce qui m’a permis de recevoir une combinaison de deux autres thérapies ciblées ! Aujourd’hui les tumeurs thoraciques ne sont plus détectables au scanner et c’est une immunothérapie qui m’aide à éliminer les cellules cancéreuses résiduelles. Alors que j’étais condamné à court terme, la combinaison de différentes approches innovantes m’a sorti de l’impasse. »

Pr Gilles VASSAL, président de la Société européenne d’oncologie pédiatrique et directeur de la recherche clinique de Gustave Roussy (Villejuif)

« La biologie a fait irruption dans le quotidien de la prise en charge. Les praticiens sont aujourd’hui face à des choix qui impliquent des données multiples et des options thérapeutiques variées qu’il faut savoir combiner. Pour prendre l’exemple du mélanome, cinq ou six médicaments ont un effet significatif et changent le pronostic, mais plus d’études académiques sont indispensables pour savoir comment les combiner entre eux et les associer à d’autres approches pour augmenter le taux de guérison. Un nouveau règlement européen sur les essais cliniques, applicable en 2017, devrait faciliter cette démarche de longue haleine. »

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