POLLUTION DE L’AIR, SPORT ET CANCER

La pratique sportive est-elle synonyme de bien-être ou de risque sanitaire ? Pour les sportifs qui pratiquent leur passion en extérieur, la pollution de l’air est un sujet sensible. Les autorités sanitaires l’affirment : mauvaise qualité de l’air au quotidien et pics de pollution ponctuels portent atteinte à la santé. L’impact sur le risque de cancer est lui aussi avéré mais les liens restent complexes. Les chercheurs sont à l’œuvre pour mieux les définir.

Dossier réalisé par la fondation ARC pour la recherche sur le cancer.

 Pollution de l'air, sport et cancer - SanteSportMagazine Hors serie triathlon 2015

POLLUTION DE L’AIR : CE QUE L’ON SAIT

La pollution de l’air s’impose comme un problème majeur de santé publique. Un rapport de l’Agence européenne de l’environnement (AEE), daté du 19 novembre 20141, estime qu’elle est responsable, chaque année, de 458 000 décès à travers 40 pays européens.

Face à cette menace sanitaire, le Haut Conseil de lasanté publique (HCSP) a émis des recommandations adaptées au niveau de pollution et à la fragilité de certaines personnes (jeunes enfants, femmes enceintes, personnes âgées…). Lorsque la pollution de l’air dépasse un certain seuil, les pouvoirs publics sont tenus d’en informer les citoyens, de rappeler les recommandations adaptées, voire de prendre les mesures pour limiter la pollution (circulation alternée…). Entre autres conseils, le HCSP recommande d’éviter les activités physiques et sportives intenses, c’est-à-dire celles qui obligent à respirer par la bouche et entrainent ainsi une pénétration plus profonde des polluants dans les voies respiratoires. Si elle ne s’applique qu’aux personnes sensibles lorsque la pollution ne dépasse que le seuil d’information, elle concerne potentiellement tout le monde dans les épisodes de pollution plus intense.

Les conséquences d’une telle pollution de l’air sont principalement respiratoires et cardiaques, mais qu’en est-il du risque de cancer ? Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), une émanation de l’Organisation mondiale de la santé, a estimé que la pollution de l’air était responsable de plus de 200 000 décès par cancer du poumon chaque année dans le monde. Il ne s’agit donc pas d’une préoccupation mineure, loin de là, d’autant que d’autres cancers seraient aussi concernés. En 2013, des experts réunis au CIRC ont d’ailleurs classé la pollution de l’air extérieur comme cancérogène avéré pour l’Homme2. Cette pollution est due à un certain nombre de composés qui, individuellement, sont aussi classés comme cancérigènes probables ou avérés (voir encadré), en tête desquels on retrouve les « matières particulaires » ou « particules ». Grossières (PM10), fines (PM2,5) ou ultra-fines (PM1), leur taille influe directement sur leur capacité à pénétrer dans les poumons et à traverser les barrières biologiques. Les particules fines et ultra-fines seraient ainsi responsables de 6 à 11 % des cancers du poumon. En France, c’est la surveillance des PM10 et des PM2,5 qui permet, parmi d’autres critères, d’évaluer le niveau de pollution. Lors d’un important pic en décembre 2013, un nouvel appareillage, qui fournit des données qualitatives et quantitatives plus poussées que les appareils de mesure actuellement en service, avait relevé la teneur en PM2,5 et PM1 de l’air parisien. Les chercheurs avaient alors montré qu’au plus fort du pic de pollution, pendant quelques heures, la quantité de particules ultrafines respirée par les parisiens correspondait à celle qu’ils auraient respirée dans une salle de 20m² où 8 cigarettes seraient consommées… Mais attention, la comparaison s’arrête à un nombre de particules, pas nécessairement à l’impact sur le risque de cancer ! Sur ce sujet, les questions sont plus compliquées qu’un simple comptage ponctuel…

EFFET COCKTAIL ET AUTRES COMPLICATIONS…

Aujourd’hui, l’enjeu pour les chercheurs est d’y voir plus clair dans les relations entre le sur-risque de développer un cancer et l’exposition aux polluants de l’air. Si certaines questions sont en partie réglées – il est, par exemple, possible d’étudier en laboratoire les effets cancérigènes des différentes molécules – d’autres sont encore très obscures. Dans la vie réelle, les effets des différents polluants se cumulent et les individus ne sont pas exposés uniquement aux particules fines, aux fumées de diesel ou au benzène : tabagisme, expositions spécifiques dans le milieu professionnel, prédisposition génétique, tous les facteurs sont à prendre en compte pour mesurer les effets propres aux polluants de l’air.

Pour y voir plus clair, des chercheurs de multiples horizons devront travailler ensemble : épidémiologistes bien-sûr, mais aussi géographes, toxicologues, biologistes, médecins de santé publique… Face à ce défi, la Fondation ARC, largement impliquée dans la recherche sur la prévention des cancers, a lancé en mars dernier l’appel à projet CANC’AIR. Il est doté de deux millions d’euros. Entre autres questions, les chercheurs devront tenter de retracer l’historique des expositions d’un individu ou d’une population. L’âge auquel l’exposition à la pollution survient est-il important ? Le risque de cancer est-il plus élevé chez les personnes exposées pendant l’enfance ou alors qu’elles sont adultes ? Est-il plus grave d’être exposé de manière chronique à faible intensité ou de manière ponctuelle lors de pics très importants ?

LE SPORT, UN FACTEUR PROTECTEUR ?

S’il existe de nombreux facteurs de risque de cancer, il en existe aussi qui participent à notre protection. C’est bien le cas de l’activité physique dont la pratique est associée de manière claire à la diminution du risque de certains cancers, mais aussi à l’efficacité des traitements, à un meilleur oral des malades, à une réduction des risques de récidives… Mais tous les facteurs qui influencent, dans un sens ou dans un autre, la survenue d’un cancer, n’ont pas le même poids : un sportif qui fume ne fait pas pencher la balance à son avantage ! Où se situe le curseur entre la pratique d’une activité sportive et l’exposition, chronique ou ponctuelle, aux polluants de l’air ? Aujourd’hui la question reste ouverte et la réponse dépend de très nombreux facteurs.

En tout état de cause, la sagesse suggère une recommandation de bon sens : limiter les expositions aux polluants de l’air en s’entrainant dans des lieux et à des heures où la pollution est moins dense : à distance des gros axes de circulation, le matin ou par temps frais plutôt que l’après-midi, hors des zones d’épandages de pesticides… Par ailleurs, n’oublions pas aussi que la pratique sportive reste, au-delà du cancer, bénéfique pour la santé en général !

[1] Le rapport est téléchargeable sur le site de l’Agence européenne de l’environnement : http://www.eea.europa.eu/publications/air-quality-ineurope-2014
[2] Article publié dans le Lancet Oncology en octobre 2013. Traduit en français à cette adresse : http://www.cancer-environnement.fr/404-Pollution-atmospherique.ce.aspx

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QU’Y A-T-IL DE CANCÉRIGÈNE DANS UN BOL D’AIR ?

La majorité des polluants cancérigènes proviennent directement de l’activité humaine :

- produits de combustion issus de l’industrie, du raffinage de pétrole, du chauffage, des moteurs diesel. Il s’agit de particules plus ou moins fines ou de gaz, le benzène notamment.

- pesticides, engrais,

- amiante, solvants…

Le radon, polluant cancérigène naturel :

Le radon est un gaz radioactif naturellement émis par les roches granitiques. Présent à des doses infimes dans l’air ambiant, il s’accumule dans les espaces clos. Sa présence est plus importante dans les régions granitiques comme la Bretagne, le Massif central, les Vosges et la Corse. Loin d’être anecdotique, ce gaz serait responsable de 5 à 10 % des cas de cancers du poumon.

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LES NOMBREUSES FACETTES DES PARTICULES

La dénomination regroupe de multiples polluants. Certaines particules sont émises directement par des sources naturelles (sel de mer, éruptions volcaniques, feux de forêts, érosion des sols par le vent) ou par l’activité humaine (combustions industrielle ou de chauffage, transports…). D’autres sont issues de la transformation de certains gaz (dioxyde de soufre, oxyde d’azote, ammoniac, composés organiques volatils) qui se condensent autour de particules solides…

Les particules ultra-fines (PM1) ont un diamètre inférieur à 0,1 μm, soit 10 000 fois plus petites qu’un millimètre ; les particules fines (PM2,5) sont inférieures à 2,5 μm et les plus grossières (PM10) sont sous les 10 μm de diamètre.

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