DOULEUR DE MOLLET : DE NOMBREUSES CAUSES

Vous souffrez du mollet en courant… et rien ne vous soulage. SantéSportMagazine fait l’inventaire de toutes les causes pour que vous trouviez une solution. Vous allez renouer avec le plaisir de crapahuter dans la montagne.

PAR LE DOCTEUR STÉPHANE CASCUA, MÉDECIN ET TRAUMATOLOGUE DU SPORT.

 Douleur au mollet - SanteSportMagazine 36

Le mollet a priori est un muscle… mais pas seulement. On y retrouve aussi le sac qui enveloppe les masses musculaires : l’aponévrose. Il est traversé par des artères, des veines et des nerfs. Il est armaturé par des os : le tibia et le péroné. Eh bien sachez que chacune de ces structures peut être à l’origine de douleurs variées… L’enquête commence !

UNE SÉQUELLE DE CLAQUAGE

Il y a quelques semaines ou quelques mois… parfois quelques années, vous avez ressenti une douleur au mollet lors d’une accélération ou d’un fractionné. Vous vous étiez reposé un peu et les choses semblaient être rentrées dans l’ordre. Maintenant que vous grimpez des côtes à bonne allure, vous sollicitez plus ardemment votre mollet… Et il s’exprime à nouveau. Logique ! Si le traitement initial a consisté à faire une simple pause sportive, votre cicatrice n’est pas « mécanisée ». Les fibres sont enchevêtrées et fragiles… elles se craquellent lorsque vous les mettez énergiquement en tension. La douleur se situe plus volontiers à la face interne du mollet. Lors de l’examen médical, elle apparaît au sautillement prolongé et à l’étirement. En palpant votre mollet votre médecin du sport retrouve souvent un magma fibreux. Sa présence est confirmée par une échographie. La kinésithérapie est la bienvenue. Il faut frotter vigoureusement la cicatrice pour l’assouplir puis enchaîner avec des assouplissements et des contractions pour réaligner les fibres dans l’axe des contraintes. Le sport fait partie du traitement. En vous entraînant juste en dessous du seuil douloureux vous contribuez à la « mécanisation » de votre cicatrice ; Rarement, il est nécessaire de réaliser une infiltration au sein du noyau fibreux pour lui redonner de la souplesse.

UN MUSCLE QUI ÉTOUFFE !

Le muscle du mollet est enveloppé d’un sac fibreux appelé aponévrose. Quand vous faites du sport intensément, vos masses musculaires prennent du volume. Si la progression est rapide, il arrive que l’aponévrose n’ait pas le temps de se distendre. Au cours de l’effort, les muscles grossissent légèrement car ils se contractent et se gonflent d’œdème. Si l’enveloppe manque de souplesse, un cercle vicieux commence : la pression augmente, moins de sang parvient à entrer, le muscle manque d’oxygène, il souffre, il se gonfle d’œdème… et la pression augmente. On parle de «­syndrome de loge ». Cette blessure est bien plus fréquente à l’avant de la jambe mais existe aussi à l’arrière. La douleur augmente tout au long de l’effort et impose souvent l’arrêt de la séance. L’examen de référence porte le nom de « mesure des pressions ». Il consiste à planter une aiguille dans les masses musculaires avant et à la fin de l’exercice pour constater une nette augmentation. Ce test est assez agressif et nécessite déjà une forte suspicion pour être prescrire. Le plus souvent, il s’agit de « syndrome de loge » a minima, plus modéré qu’à l’avant de la jambe. En effet, à l’arrière, les sacs musculaires se distendent plus aisément. Il faut masser énergiquement ces membranes, les étirer, les malaxer. Elles finissent par s’assouplir ! Surtout si vous prenez soin de programmer une augmentation plus progressive de votre charge de travail… Plus rarement, vous êtes victime d’un authentique syndrome de loge. Dans ce cas, un chirurgien doit ouvrir le sac musculaire, on parle d’« aponévrotomie ». La course doit être reprise dans les trois à six semaines, afin que l’enveloppe ne se referme pas en position courte. Encore une fois, le sport s’intègre au traitement.

DU MUSCLE EN TROP !

Des sensations pénibles de tensions musculaires en bas du mollet sont parfois engendrées par un excès de masse musculaire. Deux hypothèses sont possibles. Premièrement, il peut s’agir du muscle du mollet qui descend très bas vers le talon. Deuxièmement, ce peut être un muscle en plus, on parle de « soléaire surnuméraire ». Ce dernier prend de la place entre l’arrière du tibia et l’avant du tendon d’Achille. Quoi qu’il en soit l’hypertrophie liée à l’entraînement provoque un écrasement musculaire douloureux. Ces particularités anatomiques sont confirmées et bien visualisées sur l’IRM. Comme dans un syndrome de loge, le drainage et le massage se révèlent bénéfiques. Des semelles peuvent réduire les tensions. La modulation de la charge de travail est incontournable. Il faut éliminer les kilomètres inutiles au profit des séances les plus adaptées et d’un entraînement croisé incluant du vélo, de la natation ou du cardiotraining en salle.

UNE ARTÈRE PINCÉE

L’artère apportant le sang au mollet passe à l’arrière du genou. Normalement, elle s’insinue entre les deux masses musculaires du mollet. Parfois, elle est déviée d’un côté et coincée par une arcade fibreuse. De temps à autre, elle est plaquée sur l’os. Il en résulte un pincement lors de la contraction de votre mollet. Quand vous courez, vos douleurs sont diffuses et s’accentuent au fil des kilomètres. Elles nécessitent souvent l’interruption de la sortie. À l’examen, votre médecin du sport constate une diminution de la pulsation sanguine au niveau des chevilles quand vous vous dressez sur la pointe des pieds. Cette altération du flux est confirmée et quantifiée à l’aide d’un écho doppler. Pour plus de finesse dans l’analyse, il est possible d’injecter un produit de contraste dans les artères et de faire une radiographie. Cette dernière décrit précisément le pincement en « bec de flûte ». Là encore, ce coincement est favorisé par une hypertrophie musculaire souvent associée à un entraînement anarchique. Revoyez votre programme à la baisse notamment dans les côtes. Vous serez soulagé et vous progresserez. Si cet aménagement se révèle insuffisant, un geste chirurgical devient nécessaire. Il consiste à sectionner l’arcade fibreuse et à libérer l’artère. Plus rarement, l’obstruction partielle de l’artère du mollet est provoquée par des plaques de graisse. Les symptômes douloureux portent le nom de « claudication intermittente ». Les facteurs de risque habituels sont le tabac, l’excès de cholestérol et l’hypertension artérielle. A priori, rien de cohérent avec le profil du traileur. Mais attention, si vous avez, depuis peu, repris le sport et renoué avec une meilleure hygiène de vie… ce diagnostic n’est pas exclu.

DES VEINES ABÎMÉES

Le sport est connu pour favoriser le retour veineux. Les contractions musculaires modérées exercent un effet de pompage, la respiration crée une aspiration et la compression de la voûte plantaire relance le sang vers le cœur. Ces concepts sont valables lorsque la pratique est modérée. À dose trop importante, la course provoque un ébranlement du réseau veineux. Les petites valves évitant que le sang ne redescende se disloquent. Le flux sanguin ne tarde pas à fuser en sens inverse. Les veines se dilatent… et deviennent des varices. Le processus s’aggrave lorsque les contractions musculaires puissantes et prolongées bloquent le passage du sang. Si vous souffrez d’une altération du retour veineux, vous avez probablement des varices ou de petites dilatations bleutées plus discrètes appelées varicosités. Parfois, rien n’est visible en superficie et vous présentez des varices profondes. Dans ce cas, c’est un examen par echodoppler qui permet de faire le diagnostic. Plus rarement, votre réseau n’est pas encore abîmé mais fonctionne moins bien. Dans tous les cas, vous souffrez de lourdeur de jambes pendant l’effort. Vous êtes sensible aux crampes. Les chaussettes de compression constituent le traitement de référence des troubles du retour veineux. N’hésitez pas ! Exceptionnellement, une phlébite d’effort peut survenir. Il s’agit d’un petit caillot de sang bouchant une veine du mollet. Cette croûte peut se détacher et migrer vers le poumon, provoquant alors une embolie pulmonaire à l’issue potentiellement fatale. La phlébite d’effort est favorisée par un état veineux imparfait et une activité sportive intense en état de déshydratation. Faites rapidement contrôler votre jambe par un médecin si vous présentez une douleur de jambe d’un seul côté, un mollet rouge, raide et gonflé. Soyez d’autant plus prudent car les symptômes sont rarement complets.

UN NERF COMPRIMÉ

La branche postérieure du nerf sciatique passe à l’arrière du mollet. Ce gros nerf peut être agressé par une hernie discale dans la colonne vertébrale. Il est possible que la douleur ne soit présente qu’en dessous du genou, on parle de « sciatique tronquée ». Dans ces circonstances, il est classique que vous ayez aussi mal dans le bas du dos. Parfois, le nerf est coincé dans un muscle des fesses qualifié de pyramidal ou pyriforme. Cette blessure est caractéristique du coureur de fond. Le traitement passe par des étirements ciblés, des semelles ou une infiltration. Plus rarement, le tronc nerveux est comprimé à l’arrière du genou, au sein du même carrefour anatomique que l’artère piégée. Si vous êtes victime de cette blessure, les étirements du mollet provoquent parfois une décharge désagréable. Une infiltration voire une libération chirurgicale sont nécessaires pour vous soulager. Dans toutes ces compressions, l’examen de référence porte le nom d’électromyogramme ou EMG. Il étudie la conduction du nerf à tous les niveaux du membre inférieur et permet d’en déduire l’endroit où il est comprimé.

UN OS FISSURÉ

À chaque réception de foulée, votre os subit des impacts microscopiques. En récupérant, en vous alimentant, ces lésions se réparent. L’os se consolide même plus fort à la manière d’un muscle qui gagne en volume après avoir été victime de courbatures. À l’inverse, si la charge de travail est trop importante, si la récupération est insuffisante, les microfissures se rejoignent et constituent une fracture de fatigue. Parfois ce processus se cantonne à la membrane qui entoure l’os : c’est la périostite. De temps à autre, en regard de ces blessures, le mollet durcit. Tout se passe comme si le corps souhaitait rigidifier la zone pour protéger l’os en souffrance. Cette « poutre composite » est comparable au béton coulé autour d’axes en acier dans le but de former des pylônes en béton armé. Il arrive que le patient se plaigne surtout du muscle contracturé. Cependant l’examen rigoureux met en évidence une douleur sur l’os en regard. L’IRM contribue à redresser le diagnostic. Elle montre un œdème intraosseux et une fissure dans le tibia ou le péroné. Le traitement passe par trois mois de patience. Pendant cette période, vous pouvez pratiquer des activités sportives indolores. Natation, vélo, cardiotraining puis trottinement sont au programme. Et vous pouvez ajouter un peu de calcium et de la vitamine D.

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