COUP DE CHALEUR ET ACTIVITÉ PHYSIQUE

Souvent négligée, la gestion de la chaleur est pourtant un critère important de la performance sportive ou tout simplement d’une pratique d’une activité physique dans de bonnes conditions. SantéSportMagazine a demandé conseil au docteur Jacques MANIC, médecin référent du club de rugby de l’Aviron Bayonnais et de la marque de nutrition sportive Herbalife®.

PROPOS RECUEILLIS PAT GAËTAN LEFEVRE.

 Coup de chaleur et activite physique - SanteSportMagazine 36

Lors d’un effort, les muscles ont besoin d’oxygène, de nutriments, mais aussi d’évacuer la chaleur.

Que se passe-t-il lorsqu’un sportif réalise un effort sous forte chaleur ?

À l’effort, on observe une augmentation du débit sanguin à l’état musculaire mais aussi une baisse de celui-ci au niveau de la peau, du foie et des reins. Le débit sanguin cérébral reste, lui, en équilibre, quant à celui des artères coronaires, il est logiquement augmenté. Certains territoires du corps vont être protégés et d’autres vont perdre en débit sanguin. Parallèlement, la fréquence cardiaque ainsi que la tension artérielle vont augmenter. En condition de forte chaleur, un phénomène supplémentaire va s’ajouter au fur et à mesure de l’effort : l’organisme va produire de la chaleur, ce qui entraîne un stockage thermique que le corps va devoir éliminer. Pour ce faire, un phénomène inverse va se produire au niveau de la peau pour favoriser la sudation, c’est-à-dire qu’il va y avoir une augmentation brutale du débit sanguin à la peau. Ce sont ces modifications de débit sanguin qui vont provoquer le malaise hyperthermique.

À partir de quelle condition climatique fait-il trop chaud pour pratiquer une activité physique ?

Si l’on effectue un effort dans un climat supérieur à 35°C, l’organisme reçoit de la chaleur puisque les conditions sont au-dessus de sa température normale. L’évaporation de la sueur va alors être la seule possibilité d’élimination calorique. Il existe deux types de conditions climatiques qu’il faut différencier : par ambiance sèche et par ambiance humide. L’évaporation va être permise en cas d’ambiance sèche. À l’inverse, si l’air est humide, l’évaporation est nulle ou faible. Dans cette dernière situation, le sportif risque une déshydratation majeure pouvant provoquer un collapsus cardio-vasculaire. C’est le mécanisme de l’hyperthermie maligne ! Ce dernier est, malheureusement, fréquent dans les courses prolongées en ambiance chaude. Au long de l’effort, la déshydratation majeure va provoquer les déséquilibres cardio-vasculaires. Et quelquefois le décès ! D’où l’intérêt du préventif.

Voici quelques chiffres sur le syndrome de déshydratation. À 2 % de perte d’eau, l’athlète ressent une soif importante et commence à être fatigué. À 4 %, la fatigue s’est accélérée. Il la ressent physiquement mais aussi psychiquement. À 6 %, c’est l’épuisement physique et psychique. À 8 %, des troubles centraux majeurs, type délires et confusion, peuvent avoir lieu. Et à 15 %, il risque le décès. Dans un cas d’hyperthermie maligne, c’est la réanimation immédiate et l’hospitalisation en milieu spécialisé.

Tout le monde est-il touché de la même manière ?

Non. Des sujets tolèrent mieux la chaleur que d’autres. Certains sont même intolérants à la chaleur. Parmi les victimes de coup de chaleur, il peut aussi y avoir les sportifs qui pratiquent en étant malade, en prenant des médicaments, en état de déshydratation, ou peu acclimatés au lieu où ils vont pratiquer leur activité sportive. Il s’agit là d’erreurs individuelles.

Justement, quels sont les conseils que vous pourriez donner aux sportifs ?

En climat chaud et humide, il est très important de bien se préparer. Les recommandations sont évidemment d’éviter la pratique d’une activité sportive par temps chaud et humide. Sinon, il faut choisir la pratique d’une activité peu intense. Il est aussi recommandé de refroidir le corps avant l’effort. Certaines études préconisent de se refroidir en s’arrosant. Pendant l’effort, vous pouvez mouiller votre casquette ou poser une serviette glacée sur votre tête ou votre nuque. Favorisez les vêtements blancs aux tenues foncées. Multipliez les pauses. Dans le rugby professionnel, sous forte chaleur, au bout de 20 minutes, à la moitié de la mi-temps, une pause boisson peut être ajoutée. Elle permet de baisser la fréquence cardiaque, la tension artérielle et de repartir sur une bonne base. Il faut aussi bien s’acclimater : répéter les entraînements, progressivement dans la durée et dans l’intensité, afin d’habituer son corps à transpirer normalement. Il faut s’entraîner à transpirer ! Vous pouvez aussi choisir de courir à la fraîche le matin ou à l’ombre dans une forêt, par exemple. Enfin, et sûrement le point le plus important, n’oubliez surtout pas les apports hydriques. Plus les conditions sont extrêmes, plus l’effort est prolongé en zone chaude et humide, plus vous allez transpirer et donc, plus il faudra boire. Et cela, avant, pendant et après l’effort ! Jusqu’à 1 litre par heure s’il le faut. Privilégiez des boissons adaptées, dites de l’effort, qui sont riches en minéraux, en vitamines, enrichies en sucre et en sel pour pouvoir compenser les pertes très importantes.

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