SOUS-DOUÉE… J’ASSUME ! OU LE DICTAT DE LA GÉNÉTIQUE

Vous courez depuis plusieurs années. Vos chronos restent désespérément moyens. C’est injuste ? Non, c’est génétique ! Alors continuez à vous faire plaisir et renoncez à progresser… ou presque.

Par le docteur Stéphane CASCUA , médecin du sport.

 Eviter les courbatures - SanteSportMagazine 34 - credit Polar

Vous courez moins vite que vos copines et surtout moins vite que votre conjoint. En moyenne, vos aptitudes cardio-vasculaires sont 15 % plus faibles que celles des hommes. L’absence de chromosome Y exerce une influence considérable sur vos performances. Les deux tiers de l’écart sont liés à votre jolie silhouette féminine. L’adiposité de vos hanches et la teneur globale en graisse de votre corps sont 10 % plus élevées que celles d’un homme. Voilà qui fait plus de poids à transporter et chaque foulée est un petit saut qui soulève votre centre de gravité. Notez que le fossé se comble en natation, où votre adiposité fessière remonte votre bassin et vous assure une meilleure glisse. Le tiers de l’écart restant incombe à vos oestrogènes qui sont de moins bons anabolisants que la testostérone. Vos hormones féminines stimulent moins la formation de protéines que les hormones masculines. Vous fabriquez moins de muscles, vous poussez moins fort à chaque foulée. Surtout, vous produisez moins d’hémoglobine et de globules rouges. Vous transportez moins d’oxygène vers les muscles, vous brûlez moins d’énergie, votre moteur est moins puissant.

CERTAINE ID DU PROGRÈS

Au-delà de la différence homme/femme, votre niveau est très dépendant de votre patrimoine génétique. La première étude déstabilisante sur le sujet a été menée par MONTGOMERY en 1998. Elle évaluait l’influence du gène ACE sur la performance physique. Ce dernier exerce ses effets sur la régulation de la tension artérielle et sur la croissance musculaire. Il existe sous deux formes, on dit deux « allèles ». L’un permet la synthèse d’une protéine complète, il se nomme « I » comme « Insertion ». Le second induit la production d’une forme écourtée, il s’appelle « D » comme « Délétion ». Comme vous le savez la première moitié de vos gènes provient de votre père, la seconde de votre mère. Dans chacun de ces lots, il est possible de trouver « I » ou « D ». Vous pouvez donc être « II » ou « DD » ou « ID ». Les études transversales analysent une population à un instant. Sur le sujet, elles montrent que les meilleurs athlètes sont « II » notamment tous ceux qui ont escaladé l’Everest sans oxygène. Une recherche longitudinale est encore plus pertinente. Elle scrute l’évolution d’une population. Dans le domaine, des soldats britanniques ont été soumis à un même protocole d’entraînement. Le groupe « II » avait considérablement amélioré ses performances. Le groupe « ID » avait un peu progressé. Le groupe « DD » avait désespérément stagné… Et si vous étiez « DD » ?

DE MULTIPLES GÈNES…

Cette étude fut la première à confirmer l’influence incontestable de la génétique sur la prestation athlétique. Bien évidemment, la génétique des aptitudes cardio-vasculaires est bien plus vaste et plus complexe. Elle concerne probablement des centaines de gènes impliqués dans la production d’énergie et le fonctionnement musculaire. Des recherches réalisées par BOUCHARD en 1986 sur les vrais jumeaux avaient déjà défriché cette réflexion. De nombreuses autres ont suivi. Elles concluent que 40 % des aptitudes cardio-vasculaires et 55 % des qualités musculaires sont déterminées par le patrimoine génétique. Plus récemment, la grande étude HERITAGE met en évidence que 6 % des sédentaires ont spontanément une VO2 max d’athlète régional. Une de vos copines regarde des séries télé tous les soirs, aux heures où vous partez vous entraîner. De temps en temps, le week-end, elle vous propose de vous accompagner courir… Elle caracole devant vous. Derrière, vous tentez de suivre en haletant. C’est injuste ? Non, c’est génétique ! Le niveau de base n’est pas le seul paramètre inscrit dans la loterie des chromosomes. « L’entraînabilité » aussi. Cette notion caractérise votre aptitude à répondre aux sollicitations de l’entraînement. « Niveau de base » et « entraînabilité » sont relativement indépendants. La même étude HERITAGE montre que 15 % des individus ne s’améliorent pas ou peu. De l’autre côté de la courbe en cloche, on trouve les 15 % de surdoués qui progressent énormément et majorent leur puissance cardio-vasculaire de 50 %. Ainsi, il est possible que vos piètres prestations initiales ne puissent pas s’améliorer. À l’inverse, malgré des capacités cardiovasculaires initiales très moyennes, vous pouvez peut-être progresser. Alors pourquoi ne pas essayer !

ET SI VOUS POUVIEZ PROGRESSER

Pour espérer des progrès, il faut proposer à votre organisme des contraintes qu’il ne connaît pas. C’est le meilleur moyen de créer de nouvelles adaptations. Si vous courez toujours à la même vitesse, variez les allures. Le « fractionné », le travail sur piste chronométré, structuré et rigide n’est pas indispensable. Au contraire, surprenez votre organisme. Optez pour une méthode ludique. Le plus simple consiste à faire du « fartlek ». Accélérez au feeling… Attention ne sprintez pas. Ne dépassez pas 1,5 fois votre vitesse spontanée. Lorsque la fatigue s’installe, ralentissez. Un bon critère consiste à cesser l’effort en pensant que vous auriez pu tenir 1,5 fois la distance. Pensez aussi aux escaliers ou aux côtes pour vous renforcer les jambes. Afin de récupérer, trottinez lentement ou marchez. Octroyez-vous le temps qu’il faut afin d’avoir envie de repartir. Enchaînez avec une nouvelle allonge. Poursuivez ce travail intermittent pendant 5 à 20 minutes. Toutes les études mentionnant l’absence de progrès ont analysé la puissance cardiovasculaire maximale, la fameuse VO2 max. A contrario, l’expérience de terrain inspire des remarques plus optimistes. On constate qu’avec entraînement, chacun peut accroître son « temps de maintien » à une vitesse ne provoquant pas d’essoufflement. Voilà qui contribue à expliquer l’engouement actuel pour le trail. Bon nombre de coureurs y trouvent un second souffle alors qu’ils se décourageaient sur les parcours routiers stéréotypés. En pratique, faites-vous plaisir, trouvez de nouveaux challenges, augmentez les distances, découvrez des parcours champêtres et montagneux. Restez raisonnable ! Souvenez-vous que l’évolution de notre espèce nous a probablement adaptés à une activité de chasseur-cueilleur. En étudiant les populations qui, actuellement, ont le même mode de vie, on sait qu’elles réalisent l’équivalent d’une heure de footing par jour… Pas plus. Inspirez-vous de cette remarque pour limiter votre programme.

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