CANCER L’ACTIVITÉ PHYSIQUE TROUVE SA PLACE DANS LES SOINS

Chez les patients atteints de cancer, l’activité physique est trop souvent réduite voire arrêtée. Pourtant, ses bénéfices sont considérables. D’études cliniques en expériences positives, l’activité physique se fait une place de choix en cancérologie.

Par la Fondation ARC pour la recherche sur le cancer.

Publiée en 2014, l’étude française VICAN2 avait suivi pendant deux ans plus de 4 300 malades. Elle révélait que, parmi les personnes pratiquant une activité physique régulière avant le diagnostic de cancer, une sur trois en avait réduit le niveau et une sur dix l’avait arrêtée1. Ce constat pouvait être expliqué par l’impact direct de la maladie sur l’organisme ou par la lourdeur des traitements. Toujours est-il que, deux ans après le diagnostic, près de la moitié des patients avaient réduit ou arrêté l’activité physique qu’ils pratiquaient jusqu’alors.

DES BÉNÉFICES PARFOIS SPECTACULAIRES

Ces dernières années, les arguments se sont pourtant accumulés en faveur de la pratique d’une activité physique régulière pendant la maladie, qu’elle soit soutenue, modérée ou légère :

➽ elle permet de lutter contre la sarcopénie, c’est-à-dire la diminution de la masse musculaire ;

➽ elle réduit la fatigue ;

➽ elle stimule le système immunitaire ;

➽ elle aide à renforcer des liens sociaux et à lutter contre l’isolement ;

➽ elle améliore l’image qu’ont les patients de leur corps ;

➽ elle aide à lutter contre le risque de dépression.

Ces bienfaits permettent, entre autres, un meilleur suivi des traitements, notamment en contribuant à limiter leurs effets secondaires. La toxicité des chimiothérapies peut en effet augmenter en cas de fonte musculaire. Par ailleurs, des études2 ont montré qu’après un diagnostic de cancer du sein, la pratique d’une activité physique diminue de 28 % le risque de décès par cancer et de 24 % le risque de récidive. Dans le cadre des cancers colorectaux, le risque de décès par cancer est réduit de 39 % grâce à une pratique régulière pendant et après la prise en charge. Du point de vue physiologique, les bénéfices de l’activité physique sont de mieux en mieux compris. Lorsqu’une activité physique et sportive est pratiquée de façon suffisamment régulière et intense, le métabolisme est modifié et certains équilibres hormonaux déplacés. Les niveaux d’oestrogènes, de leptine et d’insuline, notamment, sont diminués. Ces hormones aux multiples fonctions ont un point commun : elles stimulent la prolifération des cellules qui captent leur signal. Réduire l’action de ces hormones permet donc de ménager un environnement moins propice à l’émergence de cellules cancéreuses dans les nombreux tissus sensibles à ces hormones.

VERS UNE MEILLEURE PRISE EN COMPTE

En 2011, la Haute Autorité de Santé (HAS) a reconnu l’activité physique comme une option thérapeutique non médicamenteuse. Des programmes adaptés ont ainsi pu être inclus dans les parcours de soins et pris en charge par la Sécurité sociale.

Des études comme VICAN2 participent à la meilleure compréhension du vécu des patients, des embûches qui jalonnent leur parcours depuis le diagnostic jusqu’à l’après-cancer. En identifiant les groupes de patients qui ont tendance à abandonner la pratique d’une activité physique et les causes de cet abandon, elles aident à organiser l’offre de soins pour améliorer la qualité de vie, optimiser l’effet des traitements, réduire les risques de récidive…

L’intégration de l’activité physique dans les centres de soins témoigne d’une pluridisciplinarité grandissante des équipes soignantes. La prise en charge des patients ne se résume plus à l’intervention des oncologues, radiologues ou chirurgiens mais intègre aussi des nutritionnistes, psychologues, éducateurs sportifs… Dans les centres de cancérologie, il semble qu’organiser la pratique d’une activité physique constitue aussi une opportunité de changer l’image souvent trop réductrice des patients, celle du malade passif face à la maladie et aux traitements.

1 « La vie deux ans après un diagnostic de cancer – De l’annonce à l’après-cancer », collection Études et enquêtes, INCa, juin 2014. Les résultats de cette étude ont été rendus publics le 10 juin 2014. Le rapport de cette étude est disponible sur le site de l’INCa.
2 Ibrahim et al ; Physical activity and survival after breast cancer diagnosis : meta-analysis of published studies ; Med. Oncol? 2011; 28:753-65.
Schmid et al; Association between physical activity and mortality among breast cancer and colorectal survivors: a systematic review and meta-analysis. Annals of Oncology. 2014

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CHEZ LES JEUNES PATIENTS : DES BÉNÉFICES BIEN CONCRETS

L’association marseillaise Sourire à la Vie a publié cet été les résultats d’une étude pilote menée en 2013 auprès de onze enfants et adolescents atteints de cancers. Le programme d’activité physique et sportive mis en place a eu un impact positif sur la santé physique et psychologique des enfants malades.

À l’hôpital de la Timone, à Marseille, l’association Sourire à la Vie accompagne les enfants et adolescents atteints de cancer depuis bientôt dix ans. Avec les médecins, ces spécialistes de l’activité physique adaptée proposent aux jeunes malades d’entretenir leur forme physique et leur joie de vivre grâce à un plan « d’entraînement » bien précis. En 2013, l’association a mis en place une étude pilote pour savoir si les bénéfices d’une telle approche pouvaient être quantifiés. Le programme évaluait durait six semaines, avec, en point d’orgue, une expédition de cinq jours en traineau à chiens au Canada. Au programme, des séances conçues pour s’adapter aux besoins des jeunes qui suivent des traitements lourds : échauffement, renforcement musculaire, endurance puis étirements. Parmi les onze volontaires de cette étude, aucun abandon ! Tous les tests ont permis de mettre en évidence les bénéfices, tant physiques que psychologiques, du programme mis au point par les professionnels de Sourire à la Vie. Forts de plusieurs années d’expérience et des résultats préliminaires positifs de cette étude, l’association, les services hospitaliers et les chercheurs ont initié en juin 2014 une nouvelle étude, de plus grande ampleur, avec le soutien de la Fondation ARC. L’objectif est clair : faire la preuve scientifique que ces soins de support ne représentent pas un coût supplémentaire pour la prise en charge et permettent d’améliorer le moral et la santé des enfants tout en allégeant leur médicalisation.

Source : Vallet, C. et al ; Pilot evaluation of physical and psychological effects of a physical trek programme including a dog sledding expedition in children and teenagers with cancer; ecancer  edical Journal; Août 2015

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Pour plus d’informations sur les bienfaits de l’activité physique dans le cadre des cancers, vous pouvez consulter le dépliant de la Fondation ARC « Activité physique, quels bénéfices contre les cancers ? » sur le site : www.fondation-arc.org, rubrique publication.

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