Bruno, son premier Ironman à Nice

Rédacteur en chef adjoint et membre du comité scientifique de SantéSportMagazine, Bruno EMRAM est ORL. En 2010, il a commencé le triathlon avec une épreuve sprint à Gérardmer. Depuis le 28 juin 2015, il est Ironman.

Propos recueillis par Muriel SULTAN.

Bruno n’a pas sauté les étapes pour réussir à boucler son premier Ironman. Principe de progressivité oblige, il a passé les étapes une par une : en 2011 premier « courte distance », en 2012 premier marathon, en 2013 premier half. Début 2014, il était fin prêt pour débuter une préparation pour un Ironman. Le 28 juin 2015, il était sur la ligne de départ de l’Ironman de Nice.

Raconte-nous comment s’est déroulé ce premier Ironman !

J’étais bien préparé et l’épreuve s’est déroulée au mieux. Je ne partais pas pour faire un temps, juste pour finir. J’ai bien dormi la veille. Avant le départ de la nage, j’ai été capable d’apprécier le lever du soleil sur la mer. Je n’étais pas du tout enfermé dans « ma bulle ». J’étais sensible à mon environnement. Dans l’eau, je suis resté à l’extérieur du peloton afin de ne pas paniquer et de nager proprement. À l’étape cyclisme, la reconnaissance du parcours m’a permis de bien gérer la course et de ne pas me griller, ce qui s’était produit la première fois. Du fait de la chaleur, j’ai été très attentif à mon hydratation et j’ai bu très régulièrement. En revanche, j’ai rapidement été écœuré des barres énergétiques. À la deuxième transition, j’étais euphorique d’avoir terminé le vélo, la partie que je redoutais le plus. Du coup, j’ai débuté trop vite en course à pied. Au troisième tour, à peu près au 25e km, j’ai « percuté » le mur m’obligeant à alterner des passages de marche et de course. Au quatrième tour, j’ai récupéré et j’ai passé la ligne d’arrivée euphorique.

Quelle a été ta motivation pour franchir le cap de l’Ironman ?

C’est une épreuve mythique, un de mes vieux rêves : une course folle, énorme. Un défi contre soi. Mais aussi je voulais montrer à mes enfants que j’étais capable de relever un défi de cette dimension. Ils ont assisté pendant un an à ma préparation, aux sacrifices que j’ai dû m’imposer. Je crois que c’est le meilleur moyen pour leur expliquer l’importance de l’effort et la satisfaction que l’on peut en retirer. Pour finir, je pense qu’au fond de tout sportif il y a une part, plus ou moins reconnue, de vanité.

Qu’as-tu ressenti à l’arrivée ?

L’arrivée, c’est l’aboutissement d’un an de préparation. C’est un moment d’intense émotion où se mêlent la joie d’avoir réussi, la fin des douleurs physiques, la fierté dans les yeux de sa famille et des amis, le relâchement psychologique après une longue période de tension.

Quelle a été ta préparation pour cet Ironman ?

J’ai suivi une préparation spécifique sur un an, grâce à un coach sur Internet qui m’a construit mes programmes. J’ai fait dix à douze heures d’entraînement par semaine, deux séances pour chacun des trois sports. Un jour de repos par semaine. Les trois derniers mois, je suis monté progressivement à dix-huit heures par semaine pour diminuer les quinze jours avant la course.

Ironman de Bruno 2 - SanteSportMagazine n°38 - crédit Finisherpix

Qu’est-ce qui t’a semblé le plus dur dans cette préparation ?

L’entraînement physique n’est pas le plus dur. Ce qui m’a été le plus difficile c’est la tension permanente pendant un an pour la gestion du temps entre l’entraînement, la famille et le travail. Les amis ont été sacrifiés pendant un an. Toujours à courir de l’un à l’autre, aucun temps mort pour récupérer.

As-tu modifié ton alimentation pour cette préparation ?

Mon alimentation a évolué progressivement depuis que je pratique le triathlon. J’ai augmenté la part des végétaux, avec une cuisson vapeur principalement. Peu de viande, sauf du blanc de poulet. En raison de la dépense énergétique, mes portions ont nettement augmenté. Après chaque séance longue, des fruits secs, une boisson minérale alcalinisante, de la St-Yorre, une boisson de récupération et si possible un jus de fruits/légumes frais chaque jour. Les trois derniers jours, je suis passé en régime sans gluten.

Comment t’es-tu alimenté le jour de la course ?

Le matin, trois heures avant le départ, une portion de Gatosport sans gluten et une banane. Dans le parc à vélos, avant le départ de la nage, une boisson d’attente. En montant sur le vélo, j’ai pris un gel, puis une demi barre énergétique était prévue toutes les demi-heures avec boisson isotonique toutes les 12 à 15 minutes. Après la première barre, j’ai été écœuré et j’ai pu continuer à m’alimenter en solide avec des pommes de terre vapeur et des amandes grillées que j’avais emportées au cas où. Sans ça, je n’aurais pas pu finir l’épreuve. Pour la course à pied, les boissons énergétiques ne passaient plus. Je me suis arrêté à chaque ravitaillement et j’ai marché en alternant une gorgée de cola avec une gorgée d’eau. Au 25e km, j’ai commencé à passer en hypoglycémie. J’ai réussi à repartir avec des petites gommes énergétiques que j’ai laissé fondre lentement dans ma bouche.

Quels ont été les facteurs déterminants de la réussite de ton Ironman ?

Sans le soutien absolu de ma femme, je n’y serais jamais arrivé. La préparation nécessite beaucoup de sacrifices dans la vie familiale. Il n’est pas possible de l’imposer à son conjoint. Grâce à ma conjointe, j’ai pu me consacrer exclusivement à ma préparation les derniers mois. Elle est le facteur déterminant de ma réussite. Après, je citerais ma volonté d’y arriver et une préparation physique dont les éléments fondamentaux ont été la régularité, la progressivité et l’assiduité.

Quelle est la part du mental dans la réussite ?

Deux semaines avant la course, j’ai décompensé psychologiquement avec crise d’angoisse et une espèce de rhino-pharyngite qui n’était qu’une expression somatique de ma poussée d’angoisse. Après cette phase je me suis senti libéré. Elle m’a obligé à faire le point. J’ai pris conscience que j’étais prêt, que ce n’était plus la peine de forcer, que j’avais juste à récupérer. La dernière semaine j’ai été décontracté. J’ai bien dormi. J’étais bien. Je ne redoutais pas le départ, je me languissais. Je suis arrivé sur la ligne de départ au mieux de ma forme. J’ai profité de tous les instants de la course. À aucun moment je n’ai douté, je n’ai jamais eu de pensée négative, même au cours de la seconde moitié du marathon qui a été éprouvante physiquement. Le mental est un élément essentiel. Suis-je capable de terminer de si longues distances dans chacun des trois sports sans craquer ? Mon cerveau va-t-il accepter la douleur qui finira par apparaître? Mon entraînement a été physique, mais aussi psychique. Je faisais des enchaînements. Je préparais mon corps, mais aussi et surtout mon cerveau. À chaque enchaînement, j’avais la même douleur. J’apprenais à mon cerveau que c’était à cette douleur-là qu’il allait être confronté. Le jour de la course, cette douleur a été intégrée et a été moins dure à affronter.

Des petits bobos avant et pendant la compétition ?

J’ai longtemps eu des douleurs lombaires. Un podologue du sport m’a fait des semelles et a changé ma vie : les douleurs ont totalement disparu. Mon planning m’a permis d’encaisser cette lourde charge d’entraînement sans pathologie. La course s’est passée sans problème, en dehors d’une irritation au niveau de l’aisselle en course à pied. Je n’avais pas mis de crème contre les frottements.

Quel message souhaites-tu faire passer à tous ceux qui démarrent le triathlon et qui peut-être feront un jour un Ironman ?

Les limites physiques sont faites pour être repoussées. Je viens de terminer un Ironman qui est et restera l’Épreuve physique de ma vie. Un mois après, Ludovic CHORGNON a bouclé son Défi 41 en réussissant à parcourir un Ironman par jour pendant quarante et un jours sans interruption. Il a un peu dévalorisé ma réussite, mais il a ouvert une nouvelle voie. Avec le soutien de ta ou ton conjoint(e), si tu veux tu peux !

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