Aviron, de l’exigence du haut niveau à la pratique santé

En 8, en 4, en 2 ou en 1. Avec ou sans barreur. En pratique individuelle ou collective. En lac, en rivière, en mer ou en indoor, sur ergomètre. En compétition, comme aux jeux Olympiques, en randonnée, en milieu scolaire ou en pratique santé. Avec environ 45 000 licenciés en France et à peine plus de 105 000 pratiquants, l’aviron n’est pas le sport phare de la nation. Et pourtant, très complet physiquement, sollicitant le cœur et de très nombreux muscles, non traumatique, nécessitant coordination, technique individuelle et synchronisation collective…, il gagnerait à être plus connu. De l’exigence du haut niveau aux bienfaits d’une pratique santé, SantéSportMagazine s’est penché sur ces rameurs.
Par Gaëtan LEFÈVRE.

Du 26 août au 7 septembre 2015, se sont déroulés les championnats du monde d’aviron à Aiguebelette en Savoie. Un bilan qui selon la fédération est « supérieur aux espérances ». Les Bleus bouclent la compétition avec six +, dont deux titres. Ils pointent au 6e rang du classement, derrière la Grande-Bretagne, la Nouvelle-Zélande, l’Allemagne, l’Australie et les États-Unis. Une déception, toutefois pour le huit masculin sur lequel la fédération avait beaucoup investi et qui termine à la 4e place d’une finale B, donc 10e au classement des championnats du monde. Cet échec est amplifié par la démission de l’entraîneur, Yvan DESLAVIÈRE. Côté satisfaction, Jean-Jacques Mulot, le président de la F.F. Aviron, note la réussite de l’événement en Savoie et la bonne performance des poids légers masculins. Cet événement a aussi été le théâtre de la qualification olympique pour les J.O. de Rio 2016. L’aviron français a ainsi réussi à qualifier six coques, pour 11 bateaux engagés à Aiguebelette dans les disciplines olympiques, dont deux places pour l’aviron féminin.

Aviron equipe de france - santesportmagazine 38 - ff aviron
UN SPORT COMPLET
L’aviron est un sport complet. C’est le moins qu’on puisse dire. Il combine l’utilisation répétée des jambes, avec une première poussée, du tronc, avec le buste partant en arrière, et des bras, qui ramènent l’extrémité de l’aviron, la rame, au niveau de la poitrine. Cet enchaînement requièrt une bonne fréquence cardio-vasculaire et sollicite de nombreux muscles. Connu comme un sport d’endurance, l’aviron se pratique sous format de sprint sur 1 000 ou 2 000 m ce qui exige un effort intense de 5 à un peu plus de 7 minutes selon les épreuves. L’aviron sollicite les membres supérieurs, les membres inférieurs, les abdominaux, les lombaires… le corps en entier ! Sa cadence est plus lente que celle du running et pourtant, la capacité aérobie des rameurs est beaucoup plus élevée. Il est souvent conseillé, pour des non-initiés qui ont généralement tendance à ramer trop vite, de maintenir une cadence comprise entre 20 et 24 coups par minute. Lors d’une course, en compétition, il faut être fort et constant sur 200 à 240 coups d’aviron. Il est donc nécessaire d’être à la fois endurant mais aussi puissant et explosif. Le rapport entre cadence et puissance prend alors tout son sens. L’aviron nécessite un effort explosif lors de la propulsion, sollicitant 85 % des fibres musculaires (Roth et al., 1993). Sur une course de 2 000 m, accomplie entre 5 et 6 minutes, la capacité aérobie des rameurs est parmi les plus élevées des athlètes d’endurance, notamment parmi ceux utilisant
leurs bras et leurs jambes. Le rameur exerce une puissance de 590 watt . Il produit une force de 450 newton (45,89 Kilogram Force [kgf]) pour plus de 200 coups1. Cet effort s’explique notamment par la position assise et la capacité à augmenter la fréquence cardiaque lors du travail des bras et des jambes (Vogelsang et d’autres, 2006). Cette position à bord du bateau permet une plus grande VO 2Max, qui est le volume maximal d’oxygène prélevé au niveau des poumons et utilisé par les muscles (Yoshiga & Higuchi, 2002)1.
À bord du bateau, tous les rameurs n’ont pas le même profil, principalement dans le huit. Yvan DESLAVIÈRE, ex-entraîneur du huit de l’équipe de France, nous a expliqué la répartition des rameurs sur le bateau. « On peut découper le bateau en deux ou trois parties. Les rameurs en position une et deux sont plus fins, ils doivent posséder un bon toucher de l’eau car ils donnent le rythme et la longueur (aviron à droite et aviron à gauche) aux autres. Ils doivent être réguliers et stables pour ne pas déstabiliser la synchronisation. Dans le corps du bateau, les positions trois à six sont les moteurs. Ils sont plus forts et plus costauds que les autres. On pourrait les assimiler à des premières lignes au rugby. Étant plus lourds, il vaut mieux qu’ils soient dans le corps du bateau qu’à la proue. Enfin, les deux derniers, en position sept et huit, sont véloces et fins techniciens. » Ces différences de profil se retrouvent moins en 4 ou en 2. L’évolution de ce sport et le haut niveau exigent aujourd’hui que les rameurs soient plus polyvalents. Leur encadrement leur demande de « savoir ramer à différentes positions que ce soit en skiff ou en pointe ». Il reste cependant un critère physique important, le poids. C’est pourquoi, une catégorie de poids léger a été créée. Elle est représentée par les hommes en dessous de 72,5 kg avec une moyenne des rameurs du bateau inférieure à 70 kg, sauf pour le skiff, et les femmes de moins de 59 kg avec une moyenne des rameuses du bateau inférieure à 57 kg, sauf pour le skiff. Sinon, ces hommes et ces femmes auraient-ils eu leur chance un jour de participer aux jeux Olympiques ? Peut-être, mais pas forcément comme rameur. Parmi les grandes histoires de l’aviron, vous rencontrerez celle de Noël VANDERNOTTE. Ce dernier est devenu, en 1936, aux jeux de Berlin, l’un des plus jeunes (si ce n’est le plus jeune) médaillés olympiques. À 12 ans et demi, il remporte deux médailles de bronze sur le deux et le quatre barré. Un doute subsiste, à savoir s’il est le plus jeune médaillé car un autre enfant, peut-être plus jeune, aurait dû être médaillé en 1900. Cet enfant, surnommé « le barreur inconnu », devient champion du monde de deux avec barreur aux premiers jeux Olympiques de Paris en 1900 avec les athlètes néerlandais, François BRANDT et Roleof KLEIN. Ces derniers font le choix stratégique pour la finale contre le bateau français de changer de barreur, trop lourd à leurs yeux. Ils tombent alors sur un enfant d’un club de banlieue de 33 kg. Trop léger, ce dernier doit même embarquer avec un leste de 5 kg. Après la victoire de ce trio pour le moins original, l’enfant disparaît. Seul reste une photo du CIO (ci-contre). À vous de juger l’âge ! Aujourd’hui, le barreur ne doit pas peser moins de 55 kg.

Aviron CIO medaille JO 1900 - santesportmagazine 38 - ff aviron
L’EXIGENCE DU HAUT NIVEAU
Comme tous les sports, l’aviron possède son élite. Malgré son manque de médiatisation, il est un sport de compétition présent dès 1896 à la renaissance des jeux Olympiques relancés par le baron Pierre de Coubertin. Les femmes ont dû, elles, attendre 1976, à Montréal, pour pouvoir y participer. Une histoire longue qui malgré des moyens financiers et structurels limités, a poussé ses athlètes à un haut niveau d’exigence. Les athlètes français d’aviron n’ont pas les moyens aujourd’hui de vivre uniquement de leur sport. Franck SOLFOROSI, M4 poids léger, est kiné de métier. Comme ses coéquipiers de l’équipe de France, il est obligé d’adapter son emploi du temps professionnel pour s’entraîner. « Kiné est un métier physique. J’ai donc demandé à avoir une charge de travail de 20 h par semaine pour pouvoir m’entraîner quotidiennement. » Dans ce sport considéré d’« endurance-force », les rameurs sont obligés de passer par un travail de préparation physique en plus de leur entraînement sur l’eau. Pour cela, l’équipe de France possède un circuit de musculation type (voir page suivante). « Le circuit dure à peu près 25 à 30 minutes. Nous faisons entre 2 et 4 tours suivant la période de l’année », nous explique Franck. Réalisé avec des charges de 50 à 60 % du max, le circuit est « de l’endurance de force » car l’aviron en compétition, sur 2 000 m au format olympique, est à la croisée entre le sprint et le sport d’endurance. « L’aviron peut être comparé au 3 000 m steeple. L’effort est du même type. On ne peut pas tenir uniquement en lactique. Passé une minute d’effort, on est forcément dans l’aérobique. C’est comme un sprint, mais cela reste un sport d’aérobique. » Derrière l’aspect physique, la technique est évidemment indispensable. Savoir manier l’aviron pour balayer un angle important est évidement essentiel. « La pelle peut balayer beaucoup d’angle. Mais en efficace dans l’eau, c’est un autre débat. Si elle sort trop tôt… ce sera moins efficace que quelqu’un qui balaye l’ensemble de l’angle avec sa pelle dans l’eau », nous explique Franck. La précision est primordiale. Sur les bateaux longs, en quatre comme en huit, la victoire tient essentiellement dans la synchronisation de l’équipe. « Il faut savoir réagir au même moment ». Les rameurs ne sont donc pas que des muscles poussés par un gros cœur. Ils doivent aussi posséder des qualités « de glisse », « d’appui », « de longueur » et de « sensation », comme ils disent dans leur jargon.
LANCEMENT AVIRON SANTÉ
En cette année 2015, la Fédération française d’Aviron lance l’« Aviron Santé ». Consciente des enjeux sanitaires du sport et cherchant de nouveaux pratiquants et licenciés, elle propose ainsi une nouvelle manière de pratiquer l’aviron en se distinguant de l’approche compétitive. Reconnu pour ses bienfaits sur l’appareil cardio-vasculaire et locomoteur, l’aviron peut être un moyen ludique de rester en bonne santé, mais aussi une activité pour lutter contre la maladie ou récupérer d’une opération.
Depuis plusieurs années, la Fédération forme des coachs « Aviron Santé » et prépare des programmes pertinents à destination des différents publics comme ceux présentant certaines pathologies telles que le diabète, l’obésité, le cancer ou toute maladie cardio-vasculaire. Nathalie, atteinte d’un cancer, participe depuis moins d’un an à ce programme. Elle est aujourd’hui membre des Ram’zelles, une équipe de femmes atteintes de cancer qui s’est formée en novembre dans la région de Blois, et participe à divers événements. Elles ont pour objectif la Vogalonga, une grande randonnée en aviron à Venise. Mais il y a quelques mois, elle n’en était pas là. Après ses opérations, Nathalie avait du mal à reprendre un sport. La marche et la natation étaient trop physiques et traumatisantes. Les secousses en vélo la faisaient tousser et lui donnaient envie de vomir. Découverte grâce au réseau d’oncologie du Loir-et-Cher, elle a été mise en contact avec Isabelle RIQUIER, coach Aviron Santé du club de Blois. Après une première prise de contact et quelques séances de découverte, elle a définitivement pris la barre, ou plutôt la rame. N’ayant pas pratiqué l’aviron depuis la classe de 3e et peu confiante en ses capacités après de nombreuses opérations et divers traitements, Nathalie y est allée étape par étape. Parallèlement à un travail de remise en forme et un programme de renforcement musculaire, les séances ont commencé par du rameur en salle. Ensuite est venue la prise de contact avec l’eau. Pour cela, Nathalie est passée par l’étape piscine et l’aviron sur tank à ramer. Il s’agit là d’un équipement fixe reproduisant le coup d’aviron et permettant donc aux rameurs de travailler leur technique, même en intérieur. Vint ensuite la mise à l’eau. Nathalie a dû valider un test de natation sur 50 m. Très contente de sa prise en charge, elle a pu « progresser sans se faire mal, en douceur et en prenant le temps qu’il faut avant de passer à l’étape suivante ». Aujourd’hui, elle s’entraîne une à trois fois par semaine. Les séances se sont diversifiées. Certaines sont orientées sur le travail cardio-vasculaire, d’autres sur le renforcement musculaire ou les étirements. Elle s’entraîne également en salle avec un swiss ball ou d’autres matériels. Mais surtout, Nathalie a pu reprendre d’autres activités physiques, « le travail en groupe et l’envie de ressortir ». Studieuse, elle note ses progrès dans son pass’ Aviron Santé et son carnet d’entraînement. Ainsi, lorsqu’elle va voir son médecin, ce dernier peut observer ses progrès et comme elle nous le dit, « il n’en revient pas ». Tout comme elle d’ailleurs. « Je me pensais finie pour le sport après les multiples opérations subies et le traitement que je suis actuellement qui est censé m’affaiblir. L’aviron m’aide à lutter contre la fatigue, mais aussi à redécouvrir la vie. En trois mois, l’aviron m’a transformée et je peux même, désormais, faire un peu de vélo et de natation. »

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ADAPTÉ À LA SANTÉ
L’enthousiasme et les progrès réalisés par Nathalie ne sont pas surprenants. L’aviron est un sport adapté à une pratique santé. En dehors des bienfaits sur le système cardio-vasculaire, sur les groupes musculaires, sur la condition physique et sur la psychomotricité, il peut être adapté à chaque personne et aux différentes pathologies. Nathalie explique qu’elle ne « se blesse jamais ». Et pour cause, l’aviron est un sport non traumatisant. Sans à-coups, chocs et en gardant toujours les articulations dans l’axe, cette position protège le corps. De plus, le rameur développe de manière harmonieuse son corps. Et pour celles et ceux qui auraient peur de l’eau, aucune inquiétude à avoir, on ne tombe pas à l’eau en aviron. Les bateaux pour la pratique de l’Aviron Santé ou pour une initiation sont plus larges et plus stables que ceux de compétition. ■

Crédit photos : Fédération Française d’Aviron

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1 Rowing, the ultimate challenge to the human body – implications for physiological variables ; Stefanos Volianitis and Niels H. Secher ; Journal compilation © 2009 Scandinavian Society of Clinical Physiology and Nuclear Medicine 29, 4, 241–244

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