Victoria Ravva, jeune retraité du volley-ball

À 40 ans, la joueuse de volley-ball du club de Cannes, Victoria RAVVA vient tout juste de prendre sa retraite. Une longévité remarquable pour un sport traumatisant. Son corps gardera les stigmates de ces années de sport à haut niveau. SantéSportMagazine a rencontré cette incroyable joueuse.

Propos recueillis par Gaëtan Lefèvre.

Victoria RAVVA est une joueuse de volleyball géorgienne. Née le 31 octobre 1975 en ex-URSS, elle a grandi au cœur du régime communiste. Sa famille, amoureuse de volley-ball, lui a transmis la passion pour ce sport. Passée par des clubs en Ukraine et en Azerbaïdjan, elle pose finalement ses valises en France, en 1995, à 20 ans. Fidèle au Racing Club de Cannes depuis son arrivée en France, elle remportera de très nombreux titres. Nationalisée française, elle portera les couleurs bleu, blanc et rouge entre 2004 et 2007. En 2006, elle s’autorise un break dans sa carrière pour avoir un enfant. Elle en aura finalement deux. Elle accouchera de jumelles, Nina et Kallista, le 31 octobre 2006. Très vite, elle reprendra le sport et reviendra, après beaucoup d’efforts, au plus haut niveau. En 2015, Victoria annonce sa retraite. À 40 ans, elle aura été un exemple de longévité dans un sport où les trentenaires sont souvent déjà vieux. Mais cette carrière longue et ses sacrifices sportifs auront eu un impact sur sa santé. Son corps risque de lui rappeler, assez souvent, les traumatismes d’une carrière de volley-ball à haut niveau.

Vous venez tout juste, il y a quelques mois, de prendre votre retraite. À 40 ans ! Ce n’est pas courant dans l’univers du volley !

Je pense, effectivement, que j’ai beaucoup prolongé ma carrière. Je vais avoir quarante ans dans une semaine. Peu de joueurs ou joueuses jouent jusqu’à cet âge-là. Je suis très fière mais, physiquement, ce n’était pas facile du tout. Généralement, les sportifs arrêtent avant 40 ans car leur corps ne tient plus, l’envie manque ou leur vie change, tout simplement. La cause la plus récurrente des départs à la retraite reste toutefois les blessures. Aujourd’hui, la moyenne d’âge d’arrêt du sport à haut niveau est repoussée. Elle se situe, généralement, entre 30 et 35 ans.

Justement, pour tenir tant d’années au plus haut niveau, la préparation physique a dû être un élément important de votre carrière de volleyeuse ?

Complètement oui ! Et, plus on est âgé, plus on en a besoin. Techniquement, on maîtrise mieux ses gestes. Physiquement, c’est un autre problème. On souffre plus. Mes sept-huit dernières années, je ne jouais plus dans l’équipe nationale. Malgré cela, je ne me permettais pas d’arrêter trop longtemps de jouer. Jamais plus d’un mois. Et je reprenais toujours par une préparation physique intense et réfléchie. À 40 ans, si l’on veut évoluer au plus haut niveau et tenir toute la saison, il faut être prêt physiquement, pour ne pas se blesser mais aussi pour pouvoir concurrencer les jeunes joueuses.

Comment se déroulait votre travail de PPG (préparation physique générale) au sein du club ?

Au RC Cannes, le travail de PPG en début de saison pouvait occuper les deux tiers de notre temps. Ensuite, on passait 50 % du temps à se préparer physiquement et 50 % à travailler le jeu. Enfin, lors des phases de compétition, la PPG disparaissait au profit du travail purement technique, des entraînements classiques et de la récupération. En fin de saison, dans les périodes où les matchs sont plus rares, on réintégrait la préparation physique. Pour exemple, voici une semaine banale d’entraînement en début de saison : le lundi musculation le matin et volley-ball l’après-midi ; le mardi, entraînement de volley-ball en intégrant des séances d’athlétisme c’est-à-dire des déplacements, des courses, de la vitesse ; le mercredi, un seul entraînement de volley avec du travail physique en fin de la séance, il s’agit généralement d’un mélange de travail physique et technique avec des medecine balls ou d’autres matériels ; le jeudi, de nouveau musculation et volley-ball. Enfin, si le match est important le samedi, certaines joueuses vont uniquement toucher du ballon le vendredi, mais d’autres peuvent très bien avoir une séance de préparation physique en plus. De manière générale, notre travail de préparation physique est global. On travaille tout le corps, le haut et le bas, l’équilibre, avec ou sans charges, avec ou sans vitesse, etc.

Victoria Ravva - SanteSportMagazine Senior 11 - credit Catherine Steenkeste

Je viens d’un pays communiste dont le système n’est pas le même. Les compétitions de volley-ball se déroulaient sur un mois. On se préparait donc comme on se prépare pour des championnats du monde. Pendant quelques jours, l’entraînement se se basait uniquement sur une grosse phase de préparation. Puis, le travail physique était mis de côté et l’on pratiquait uniquement du volley-ball. Dans le championnat en France, toute l’année, on est obligé de travailler physiquement car il faut s’entretenir et tenir dans les périodes creuses, c’est-à-dire avec moins de matchs officiels. Aujourd’hui, le préparateur physique a un rôle très important dans le système d’une équipe, et cela dans tous les sports. Tout comme un entraîneur ! La préparation physique n’est d’ailleurs pas uniquement générale. Elle est aussi spécialisée en fonction des joueuses et de leur poste.

L’alimentation est-elle aussi prise en compte par les clubs ?

Chez nous, les joueuses étaient assez libres. Une diététicienne du club était à notre disposition. Mais en dix ans, je n’ai pas vu beaucoup de joueuses dans son bureau. Notre poids est contrôlé, au moins une fois par semaine. Cependant, personne ne met la pression si l’on a pris un kilo ou deux. Le club n’est pas spécialement strict. D’autres clubs sont, cependant, différents. Les règles peuvent y être beaucoup plus strictes. L’entraîneur du RC Cannes est de l’ancienne génération concernant l’alimentation. Si l’on joue bien, il nous laisse gérer chacune à notre façon. S’il voit qu’il y a des excès, il s’interroge. De mon expérience, il n’y a jamais eu de débordement. À haut niveau, la nutrition est intégrée par les athlètes.

Vous avez eu beaucoup de blessures au cours de votre carrière. Le volley est-il un sport traumatisant ?

Oui ! Le volley n’est pas un sport de contact mais il est très traumatisant. On utilise beaucoup les articulations. On saute beaucoup, ce qui provoque des chocs à répétition au niveau des genoux et des chevilles. De plus, les joueuses sont grandes et souvent déséquilibrées. Il est courant qu’elles aient des hernies discales. Les épaules abîmées. Les blessures aux doigts sont devenues une banalité. Chaque partie du corps est touchée. Un volleyeur qui n’a pas été opéré des genoux, c’est rare. Un volleyeur qui n’a pas une hernie discale, c’est rare. Un volleyeur qui n’a pas un problème à l’épaule, c’est impossible. Aujourd’hui, les blessures font partie du sport de haut niveau. Dans tous les sports ! Le mental a donc pris une place importante. Il va faire la différence à un moment ou un autre car les sportifs pourront aller plus loin pour affronter la douleur. Ils pourront aussi revenir plus vite au plus haut niveau après une blessure, grâce au travail.

Victoria Ravva 3 - SanteSportMagazine Senior 11 - credit Catherine Steenkeste

Comment les joueuses sont-elles prises en charge par les médecins des clubs ?

La prise en charge est bonne. S’il y a eu une opération, la joueuse est placée dans un centre de rééducation. Pour les blessures les plus courantes, on peut  travailler avec un kiné de l’équipe, afin de rester au sein du groupe. Le travail de kiné à haut niveau est devenu très spécifique mais aussi compliqué. Ce dernier est pris entre un entraîneur qui râle pour que sa joueuse revienne au plus vite, et le danger d’une reprise trop précoce qui serait néfaste pour la joueuse. Il y a toujours une guerre entre l’entraîneur et le service médical. La communication devient alors très importante au sein du club. La joueuse a aussi envie de revenir le plus vite possible. Nous sommes des compétiteurs. Les médecins et kinés ont donc une grosse pression. Il faut avoir de l’expérience et du caractère.

Pouvez-vous nous lister vos blessures ?

J’ai eu de nombreuses entorses de cheville, avec les tendons touchés. Dans les genoux, je n’ai plus de cartilage, les chirurgiens ont tout enlevé. Il ne reste plus rien. J’ai aussi été opérée d’un ligament croisé. Sur l’autre, j’ai un peu d’arthrose. Pour tenir le coup, j’ai eu régulièrement des injections à base de gel. Ces dernières permettent d’avoir un petit amorti lorsqu’il y a un problème de cartilage. Si un jour, j’arrête le sport et la musculation, je serai condamnée à avoir une prothèse. J’ai aussi deux hernies discales. J’ai été immobilisée pendant deux-trois semaines après une hernie importante. J’ai assez bien récupéré pour que les médecins n’opèrent pas. Aujourd’hui, ils essaient au maximum d’éviter l’opération, notamment grâce au renforcement musculaire. J’ai aussi une épaule très abîmée. Et les doigts !

Pensez-vous que, maintenant, vous êtes obligée de constamment avoir une activité physique pour éviter les douleurs ?

Oui, effectivement. Je suis condamnée à cela. Je ne vais pas forcément continuer le volley-ball. J’espère, de temps en temps, pour le plaisir d’y jouer. En revanche, je suis condamnée à faire de la musculation ou un travail spécifique sur mon propre corps. Si vraiment, j’arrête toute activité physique, mes douleurs de dos reviendront. Je n’arriverais pas à plier mes genoux à 90 degrés car j’ai besoin de masse musculaire afin que mes articulations tiennent. Il est d’ailleurs incroyable de ne rien avoir dans le genou et de ne pas avoir mal. Le renforcement musculaire fait des miracles. Une preuve que si le sport à haut niveau n’est pas forcément bon, le sport à petite dose est bénéfique pour la santé. Toutes ces blessures, je les ai voulues et acceptées. J’ai choisi de continuer à pratiquer le sport à haut niveau malgré mes blessures. Je n’ai rien à reprocher à personne.

Comment s’est passé votre choix d’interrompre votre carrière pour devenir maman ?

J’étais en fin de contrat. J’avais trente ans. Je me suis mise en couple très jeune avec mon mari. À 18 ans ! On s’est mariés lorsque j’avais 20 ans. On a toujours voulu avoir des enfants. On vient d’un même pays qui est la Géorgie. La mentalité n’est pas tout à fait la même qu’en France. On a les enfants assez jeunes. Si on ne les avait pas eus jusque-là, il s’agissait vraiment d’un choix de carrière. Mon mari est aussi sportif de haut niveau. On avait choisi de mettre nos carrières en avant. Arrivée à trente ans, j’ai eu un vrai besoin de devenir maman. J’étais en fin de contrat, c’était l’occasion rêvée. Je savais, cependant, qu’il s’agissait d’une pause dans ma carrière de joueuse de volley-ball. Je ne souhaitais pas complètement arrêter. Je me sentais bien sur un terrain. Ma famille, qui m’avait déjà suivie en France, m’a soutenue. Cependant, je ne savais pas que j’allais avoir deux enfants. J’ai aussi eu la chance de tomber enceinte très rapidement. Sinon, j’aurais peut-être repris le volley avant même de tomber enceinte. D’ailleurs, je n’ai même pas arrêté pendant une saison entière. J’ai eu mes enfants le 31 octobre et j’ai repris le chemin des terrains en janvier. J’avais recommencé la musculation un mois après la naissance. Cette période a été très dure. Je ne sais pas si, aujourd’hui, j’aurais le courage de le refaire. Revenir à haut niveau à trente ans, dans un sport où, à cet âge, on n’est plus très jeune, ce n’est pas évident. Mais, à l’époque, je ne me suis pas posé la question.

Avez-vous vu le film Les Optimistes ?

Non.

Ce film montre une vision du volley qui est très différente de la vôtre. Il s’agit d’une pratique santé pour des personnes âgées. Qu’en pensez-vous ?

Si les gens ont envie de pratiquer le volley à cet âge, c’est super. Ma mère a arrêté, il y a très longtemps, car, avec mon père, ils ont beaucoup voyagé. Elle aurait aimé continuer ou pouvoir reprendre. Elle joue, d’ailleurs, régulièrement avec mes enfants. En réduisant le terrain, en baissant le filet… Il y a de nombreuses manières de jouer au volley-ball. On n’est pas obligé de suivre les règles internationales. Le plus important est de prendre du plaisir. Le volley-ball, c’est le partage. Une boule d’émotions ! Ce sont les souvenirs que je garderai, pas celles de mes blessures. La notion de plaisir a toujours été au-dessus de la pratique.

Vous n’avez pas peur du manque ?

Non ! Je suis très compétitrice uniquement lorsque je joue. J’ai donc décidé d’arrêter définitivement pour ne pas revenir à cet état d’esprit. Le volley-ball ne me manquera pas car je ne pourrai plus être au top, comme je l’ai été. ♦

_____________________________________

LES OPTIMISTES, L’AUTRE VOLLEY-BALL

Les optimistes - SanteSportMagazine Senior 11 - credit Dimitri Koutsom

Les Optimistes est le nom d’une équipe de volley norvégienne hors du commun puisqu’elle est constituée de joueuses qui ont entre 66 et 98 ans. Bien que ces mamies sportives n’aient pas joué un seul vrai match en trente ans d’entraînement, elles décident de relever un grand défi : se rendre en Suède pour affronter leurs homologues masculins. Mais, avant cela, il leur faut broder les survêtements, trouver un sponsor, convaincre l’entraîneur national de les entraîner, mémoriser les règles qu’elles ont oubliées, se lever au petit matin pour aller courir… Croyez-les : être senior est une chance, et ces « Optimistes » la saisissent au vol !

Comments are closed.