La cryothérapie, un traitement par le froid

La cryothérapie est un traitement par le froid. Elle fonctionne grâce à un choc thermique passant la température cutanée de 32°C à 12°C minimum. Ce traitement est régulièrement utilisé pour la récupération sportive. Comment fonctionne-t-il ? Nous avons demandé au docteur Jean-Jacques RANDE.

Propos recueillis par Gaëtan LEFÈVRE.

 

Jean-Jacques RANDE est médecin du sport. Il travaille à mi-temps au centre de rééducation fonctionnelle Clinalliance à Villiers-sur-Orge, en région parisienne. En charge du service de cryothérapie, il nous présente ce traitement.

Quels sont les effets de la cryothérapie ?

Tout d’abord, il faut énoncer le principe de choc thermique. La décroissance rapide de températures est indispensable pour que le traitement soit efficace. La cryothérapie a des effets : antalgiques, anti-inflammatoires locaux, et sur la récupération musculaire. Pour faire simple, le choc thermique joue sur les capteurs sous-cutanés. Le cerveau recevant de multiples informations neurologiques, coupe le système « douleur ». La sidération de fibres conductrices de douleurs permet d’observer l’effet antalgique. Ce dernier est intéressant pour travailler, par exemple, en rééducation avec des patients qui souffrent beaucoup. Il peut durer jusqu’à deux heures. On observe également un effet anti-inflammatoire. Lors de l’exposition au froid, l’organisme répond par une vasoconstriction au niveau des vaisseaux sanguins. La chute du débit sanguin réduit le phénomène oedémateux. Par exemple, lors d’un oedème sous-cutané, les fibres nerveuses sont écrasées. Le froid diminue l’oedème et donc la compression des fibres. L’effet anti-inflammatoire s’associe alors à l’effet antalgique. L’action sur l’inflammation a aussi des effets en rhumatologie, fibromyalgie… Initialement, la cryothérapie était étudiée, dans les années 1975-1980 en Allemagne, sur des personnes atteintes de rhumatismes. Dans ce domaine, la cryothérapie aurait des effets sur les poussées inflammatoires mais peu sur les douleurs chroniques. La cryothérapie agit également sur le système d’éjection systolique, c’est-à-dire que le coeur a moins besoin d’envoyer du sang donc la fréquence cardiaque diminue. Le choc thermique stimule le système sympathique et celui parasympathique. Dans ce système, l’organisme doit être en équilibre. La redistribution vasculaire entraîne un nettoyage musculaire. La cryothérapie a alors un effet sur la récupération musculaire. Pour terminer, la cryothérapie élève la tension. La pression artérielle diastolique monte d’environ 20 mm de mercure. Une personne ayant 14 peut passer à 16. À la clinique, nous prenons donc la tension avant et après un passage en salle de cryothérapie, même pour les populations sportives.

Quelle est la température idéale pour ce traitement ?

Les mono-cabines peuvent atteindre des températures de -160 à -170 degrés. Les études les plus sérieuses montrent, cependant, que le traitement le plus efficace est de -110 degrés pendant 3 ou 4 minutes. Le traitement n’est pas plus efficace en dessous de cette température et sur une durée trop longue. Par exemple, l’effet d’antalgie est activé rapidement, dès que le cerveau a reçu les informations. Pas la peine de rester dix minutes à -110 degrés.

Sommes-nous obligés de passer par des étapes intermédiaires de -10, -60 et enfin -110 degrés ?

Oui ! Il pourrait y avoir des risques vasculaires avec un choc thermique trop important et trop immédiat. Les changements de tension et de rythme cardiaque seraient trop brutaux. L’adaptation est importante.

Quelles sont les contre-indications ?

Les contre-indications au passage dans le caisson hypothermique sont :

• les pathologies vasculaires ;

• un angor instable ;

• les infarctus du myocarde de moins de six mois ;

• une anémie sévère ;

• une cryoglobulinémie ;

• une hypertension artérielle grave ;

• une drépanocytose ;

• un appareillage à pile (cardiaque) ;

• une allergie au froid (Raynaud) ;

• une claustrophobie ;

• une grossesse ;

• la prise d’alcool ou de drogues ;

• une infection cutanée.

Quels sont les bénéfices de la cryothérapie pour les sportifs, hors ceux cités précédemment ?

La cryothérapie agit sur la récupération musculaire grâce à une redistribution vasculaire. L’augmentation de la circulation draine aussi le taux de lactate. Elle entraîne une meilleure oxygénation et une hausse de l’élimination des déchets. De plus, une étude a montré que la cryothérapie permettait de réparer des microlésions musculaires. Évidemment, il ne faut pas que l’hématome soit trop profond car, si la température cutanée descend, la température centrale, elle, baisse peu. Le froid ne draine donc, sûrement, pas un hématome profond. La cryothérapie améliore aussi la puissance musculaire mais elle n’augmente pas la VO2 max. Elle est également utilisée pour améliorer le sommeil des athlètes. Au Centre National de Rugby (CNR), par exemple, l’équipe de France de rugby à 7 qui voyage beaucoup, réalise des séances de cryothérapie pour caler le sommeil. Pour les sportifs, dont la récupération passe aussi par le sommeil, la cryothérapie est intéressante. L’INSEP, avec qui nous allons peut-être travailler, va réaliser une étude sur le sommeil et la cryothérapie et vient de publier un article intéressant à ce sujet.

D’où vient la sensation de bien-être lorsque l’on sort d’une séance de cryothérapie ?

Tout d’abord, de la redistribution vasculaire. Ensuite, l’hypothalamus pourrait transmettre cette sensation de bien-être. Il est comme un thermostat central. Et il n’agit pas uniquement sur la chaleur mais aussi sur le sommeil ou sur les syndromes dépressifs, par exemple. Si la cryothérapie joue sur le syndrome dépressif, il agirait aussi sur la sensation de bien-être que l’on peut avoir. Des études sont en cours. Ce résultat pourrait différencier les cabines « corps entier tête comprise » des autres. ■

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Clinalliance Sport

Le docteur Jean-Jacques RANDE est médecin du sport au centre de rééducation fonctionnelle Clinalliance à Villiers-sur-Orge (Essonne). Cette dernière propose, entre autres, différents programmes pour les sportifs avec rééducation, réathlétisation et/ou prévention. Depuis septembre 2015, le centre a ouvert un service de cryothérapie, sept jours sur sept, pour les particuliers.

Sous contrôle médical, Clinalliance propose donc un service de cryothérapie du corps complet. Progressivement, en passant par deux box à -10 et -60 degrés, vous atteindrez la salle thérapeutique à -110 degrés. Pour que la cryothérapie soit efficace, le choc thermique est indispensable. La température cutanée doit passer de 32 à 12 degrés minimum et ne pas descendre sous les 7 degrés Celsius. En revanche, si la température cutanée descend à une température plus basse, des lésions nerveuses peuvent apparaître. Le service de cryothérapie au sein de la clinique propose un service encadré par des spécialistes.

Clinalliance

43, rue de Verdun

91700 Villiers-sur-Orge

Tél. : 01 69 46 70 00

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