Frédéric Gallois, du GIGN aux raids

Ex-patron du GIGN, Frédéric Gallois a plusieurs fois été au coeur de l’actualité. De l’affaire Tomi à ses interventions après les attentats de 2015, il occupe régulièrement la scène médiatique. Aujourd’hui, il conseille dans la gestion de conflit et sur la sécurité. Parallèlement, ses expériences du défi, de l’activité physique et du dépassement de soi l’ont amené à encadrer des stages sportifs. Rencontre avec l’ex-patron du GIGN.

Propos recueillis par Gaëtan LEFÈVRE.

 

À l’occasion du Raid des Alizés, SantéSportMagazine a pu rencontrer un homme guidé par le dépassement de soi. Titulaire d’un diplôme supérieur de l’École Spéciale Militaire de Saint Cyr, Frédéric GALLOIS a réalisé une carrière d’officier en gendarmerie durant laquelle il a principalement servi au GIGN pendant quinze ans. Il est titulaire d’une licence d’économie et d’un Master en Intelligence économique.

Conscient et soucieux de son corps, il est aussi très impliqué dans le sport. Pouvez-vous vous présenter ?

J’ai aujourd’hui 48 ans, marié et père de trois enfants. Je travaille principalement dans le conseil et la formation dans la gestion des conflits et la sécurité. Je pratique régulièrement le sport depuis l’âge de 10 ans, d’abord dans un objectif de performance personnelle puis dans un objectif professionnel. J’encadre aussi des stages sportifs ou des stages de mise en situation à la demande de sociétés d’évènementiels ou de cinéma.

Comment vous êtes-vous retrouvé sur le Raid des Alizés ?

J’ai eu l’occasion de rencontrer les responsables de la société TVSportevents, il y a plus d’un an. Ces derniers avaient l’intention de créer un raid féminin spécifi que, en s’inspirant des valeurs et des qualités qu’ils avaient pu observer dans les reportages sur la formation des unités d’élite militaires. Nous avons longuement échangé sur l’esprit de dépassement, sur la capacité à créer un esprit de corps et d’équipe autour de l’engagement physique. Les organisateurs ont senti que cette événement pouvait plaire, malgré l’apparence d’opposition entre le monde militaire et le monde sportif. Ils ont compris qu’il y a beaucoup plus de points communs que l’on imagine entre ces deux mondes.

Quel a été votre rôle sur ce raid ?

J’ai été conseiller technique sur la conception du Raid des Alizés dans son ensemble. J’ai travaillé avec Christophe ASSAILLY, un ancien militaire des forces spéciales, que je connaissais et que j’ai fait venir dans l’équipe d’organisation. Après sa carrière militaire, Christophe, qui est aussi sportif de haut niveau, s’est spécialisé dans l’entraînement d’équipes de trail. Ensemble, nous avons travaillé sur le choix puis le découpage des épreuves dédiées à ce raid. Enfin, j’ai occupé le poste de directeur sportif pendant le raid alors que Christophe occupait celui de directeur technique. Il a notamment supervisé le montage, quand moi j’étais chargé du bon déroulement des épreuves sur le plan sportif. Il faut souligner que la société TVsportevents, organisatrice de l’épreuve, avait mis en place une équipe d’organisation et de logistique extrêmement professionnelle. La qualité de cette organisation a été l’une des clés du succès de ce raid.

Comment avez-vous poussé les filles à aller au bout ?

Je crois qu’il est important de savoir parler de certaines valeurs. J’ai constaté, dans ces moments de fatigue, de stress, de doute, que l’esprit devient tout à coup ouvert à la réflexion. Dans ces activités brutes, naturelles, physiques, sans fard, il y a un moment où l’on a besoin de plonger au fond de soi-même pour retrouver les forces morales entraînant ainsi les forces physiques. Aussi, j’ai essayé de glisser à chaque briefing du matin et du soir, quelques réflexions sur les raisons qui ont poussé ces filles à se porter volontaires pour participer à ce raid.

Le raid est un sport à la mode. Comment définiriez-vous ce sport et pourquoi pensez-vous qu’il plaît ?

Le raid associe des épreuves sportives à un retour à la nature mais aussi à une certaine forme de rusticité. Pour moi ce genre d’épreuve devient non pas vraiment un but, mais un moyen de se découvrir en se mettant à l’épreuve, c’est-à-dire sortir du conditionnement habituel et confortable de sa vie quotidienne. Le raid associe aussi une forme de découverte à travers l’inconnu des paysages, des épreuves mais aussi de la vie en collectivité. Il devient une expérience qui marque et forge des souvenirs à vie, comme un moment exceptionnel.

Effectivement, le raid est un sport un peu à part. Comme les sports de plusieurs jours qui demandent d’être en autonomie ou semi-autonome…

Ce genre d’activité offre la possibilité de découvrir autre chose que la simple épreuve sportive. La course traditionnelle, balisée, reconnue et cadrée, offre des objectifs de performance physique. C’est le moment du chronomètre, de l’effort bien contrôlé, du dépassement physique. La course se situe dans un espace-temps qui est maîtrisé : le temps de l’effort et le temps de la récupération. Or le raid ou les épreuves sur plusieurs jours imposent de gérer aussi tous les moments qui entourent l’épreuve physique : le soir au bivouac, l’alimentation, l’hygiène, les soins, la gestion de sa logistique et de son équipement ainsi que son espace de vie. Mais, il y a aussi la vie de la collectivité ou bien de l’équipe. Or, dans ces moments de fatigue, où l’on est encore dans la compétition, la personnalité, le caractère et l’état d’esprit deviennent des acteurs en soi, sur lesquels les participants vont devoir travailler. Ce genre d’épreuve prend ainsi toute sa dimension, en permettant de travailler sur plusieurs facettes de l’aspect humain. Les participants viennent probablement aussi pour mieux se découvrir.

Comment passe-t-on du GIGN et de la lutte antiterroriste à un raid amateur ?

J’ai toujours été fasciné par la dimension humaine face à l’épreuve. Au GIGN et dans les unités spéciales en général, on se prépare à la confrontation avec l’autre, généralement un adversaire ou un ennemi. Mais en réalité, peu importe qui il est. L’important est qu’il va nous obliger à dépasser nos propres limites physiques et mentales. Et dans cette « transgression » de la normalité, il arrive des moments où l’on se trouve « nu » face à soi-même. On se découvre véritablement. On découvre souvent ce que l’on vaut. Or, je retrouve dans ces activités sportives un peu de cette recherche sur soi. Le participant va s’élever au plus haut, vers les cimes, et au plus profond de lui-même, pour puiser ses dernières ressources. Alors, il apprend à se découvrir. Il apprend à être fier de lui-même.

Retrouvez-vous des points communs entre les hommes de la gendarmerie et les sportifs ?

J’aime constater que, souvent, ces hommes ou ces femmes vivent des valeurs profondes et universelles de dépassement de soi, de courage, de force, de combativité et d’humilité. Or, le point commun est que, souvent, ces individus savent vivre ces valeurs mais ils ne savent pas bien en parler. Ils sont dans le réel et l’authentique, moins dans le discours ou l’illusion. Je trouve qu’il y a de la noblesse dans cette quête du meilleur, du dépassement, de la réalité, du retour à la confrontation avec les forces de la nature. Il y a de la beauté dans cette recherche d’excellence. ■

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