Le genou qui claque

Vous avez mal à l’avant du genou quand vous courez. Parfois même vous ressentez des claquements. Il s’agit probablement d’un « syndrome d’engagement » de la rotule. SantéSportMagazine vous explique et vous accompagne sur le chemin du soulagement.

Par le docteur Stéphane Cascua, médecine et traumatologie du sport. Illustrations : Mathieu Pinet.

Lors des mouvements de flexion/extension du genou, la rotule coulisse dans un couloir osseux creusé dans l’os de la cuisse, le fémur. À y regarder de plus près, l’avant de la rotule est constitué d’os et l’arrière de cartilage. Cette surface postérieure est convexe et s’articule avec la concavité du fémur.

Schema genou - SanteSportMagazine 39 - Illustration Mathieu Pinet

Légende :

1 – Rotule

2 – Fémur

3 – Tibia

4 – Tendon rotulien

5 – Zone d’engagement rotulien

Quel est le problème ?

En extension complète, la rotule remonte et sort du couloir. Quand le genou commence à se fléchir, typiquement à la réception de chaque foulée, la rotule entre dans le couloir. Cette étape est complexe car le genou tourne toujours un peu en se pliant. De fait, il arrive que le sommet de la crête de la rotule ne soit pas en regard du sillon fémoral. La rotule se cogne et ressaute. On entend parfois un claquement. La lésion provoquée se situe sur la pointe inférieure de la rotule et la portion basse du cartilage rotulien. Ce problème survient plus volontiers quand la cuisse est puissante et raide. Dans ces conditions, la rotule est haute et présente sa crête trop tard, alors que le sillon du fémur a déjà tourné. En cas de « syndrome d’engagement », vous décrivez des douleurs en courant, surtout en descente. Votre médecin du sport parvient à reproduire l’irrégularité du mouvement en posant sa main sur votre rotule et en fléchissant votre genou. Il déclenche une douleur en appuyant sur la face profonde de la pointe. Il n’y a pas de souffrance sur les côtés de la rotule, excluant le classique « syndrome rotulien » par hyperpression sur le cartilage. En revanche, le tendon est parfois sensible car il s’accroche à proximité de la pointe. Lorsque vous êtes allongé sur le ventre, votre thérapeute, en pliant votre genou, ne parvient pas à toucher votre fesse avec votre talon car votre muscle de l’avant de la cuisse est raide et rétracté. De façon logique, les radios montrent parfois une rotule haute.

Le « syndrome du grand singe »

Lorsque vous regardez un gorille, vous constatez qu’il marche avec le bas du dos cambré. Sa colonne vertébrale possède des courbures propres à un bipède, comparables à celle d’un humain. En revanche, vous constatez que son genou reste fléchi. Quand il déambule, sa rotule reste dans le couloir osseux du fémur. Il n’a pas de problème d’engagement ! Voilà qui vous met en évidence que l’extension complète de genou est une étape complexe et tardive de la bipédie, postérieure au redressement de la colonne ! C’est pourquoi le « syndrome d’engagement » pourrait aussi s’appeler le « syndrome du grand singe »… singe qui aurait eu la prétention de vouloir se redresser totalement

Quelle est la solution ?

La stratégie thérapeutique passe surtout par la rééducation. Il est nécessaire d’étirer le quadriceps, le muscle situé en avant de la cuisse. Il doit laisser descendre la rotule. Il faut aussi améliorer sa coordination pour qu’il place la crête rotulienne en regard du rail fémoral. Votre kinésithérapeute va s’occuper de vous ! En attendant, je vais vous expliquer deux exercices à faire vous-même. Le quadriceps, comme son nom l’indique, compte quatre faisceaux. En bas, il s‘accrochent tous sur la rotule. En haut, ils s’amarrent sur le fémur, l’os de la cuisse. Le quatrième s’insère sur le bassin. Ce dernier, appelé « droit antérieur », est mis puissamment en tension quand le genou se plie et lorsque la hanche s’étend. Il manque souvent de souplesse pour y parvenir. Il est fréquemment responsable du syndrome d’engagement. Pour l’étirer, il faut prendre de la position de l’armé de la frappe au foot (Dessin 1). Attention, ne cambrez pas ! Conservez la position 30 secondes puis accentuez l’étirement 10 secondes supplémentaires. Pour améliorer la coordination musculaire et l’engagement de la rotule, travaillez le freinage. Debout sur une jambe, partez genou bien tendu, fléchissez lentement vos appuis jusqu’à atteindre 45 degrés de flexion. Prenez soin de conserver le gros orteil à l’aplomb de votre rotule (Dessin 2). Effectuez 20 à 40 mouvements, 2 à 3 fois par jour. Pendant ce temps, n’oubliez pas de garder la forme ! À vélo, même pédale en bas, votre genou est toujours un peu fléchi. Votre rotule reste engagée dans son rail osseux. Vous n’avez pas mal ! Vous pouvez faire du fractionné et des séances longues. En salle, le stepper devrait vous convenir si vous ne tendez pas les genoux à fond. Vous pouvez même tenter de courir sur tapis en côte. Plus vous mettez de pente, plus le genou est plié à la réception de chaque foulée et plus la rotule est engagée. Alors que vous progressez en rééducation, tendez de plus en plus le genou pendant vos entraînements. À vélo, passez en danseuse. Augmentez l’extension sur le stepper. Réduisez la pente sur le tapis. Bientôt vous courez à plat et vous êtes guéri ! ■

Exercice genou dessin 1 - SanteSportMagazine 39 - Illustration Mathieu PinetDessin 1

Exercice genou dessin 2 - SanteSportMagazine 39 - Illustration Mathieu PinetDessin 2

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