Je cours malgré des problèmes de rotule

Vous avez mal à l’avant du genou lors de votre footing. Votre médecin a diagnostiqué une souffrance de rotule. Et si vous essayiez de continuer à courir en vous inspirant des conseils de SantéSportMagazine.

Par le docteur Stéphane Cascua, médecin du sport. Illustration Mathieu Pinet.

 

La rotule est un os en forme de disque situé à l’avant de genou. En bas, elle est accrochée au tendon rotulien qui rejoint le tibia. En haut, elle est suivie du tendon quadricipital qui la relie au quadriceps, le puissant muscle de la cuisse (dessin 1). En fait, elle constitue un renfort dans cette chaîne mécanique. La nature a mis en place cette adaptation car les contraintes d’écrasement sont très importantes. Lors des mouvements de genoux, la cuisse se contracte et la rotule glisse voire rabote sur le fémur. Elle y coulisse dans un couloir creusé à la face antérieure du fémur. Le cartilage qui recouvre les os en regard des articulations peut s’irriter ! C’est douloureux ! Chez les femmes, certaines caractéristiques aggravent l’agression tissulaire. Premièrement, les hanches sont plus larges. Les jambes ont volontiers une forme de X. De fait, le muscle de la cuisse a tendance à tirer vers l’extérieur. Deuxièmement, les ligaments sont plus souples. Troisièmement, le couloir osseux est souvent moins creusé. Tous ces paramètres ont tendance à laisser glisser la rotule vers l’extérieur. Les frottements sont déséquilibrés et l’usure articulaire se concentre sur la face externe de la rotule.

Dessin genou-rotule - SanteSportMagazine Féminin 16 - Mathieu Pinet

Légende :

1 Quadriceps

2 Fémur

3 Rotule

4 Tendon rotulien

5 Tibia

Soignez-vous !

Votre médecin du sport peut vous proposer plusieurs stratégies thérapeutiques en fonction de l’importance des lésions et des symptômes. Dans un premier temps, il peut vous prescrire des « protecteurs du cartilage ». Il s’agit le plus souvent de « chondroïtine » et de « glucosamine ». Ces molécules constituent la matière première du cartilage. Les traitements sont prescrits sous forme de cure de trois mois et il faut plusieurs semaines pour que débute l’amélioration. En cas d’inflammation importante, associée parfois à des gonflements, une infiltration peut se révéler bénéfique. À l’issue de ce geste, le cartilage devient moins friable, il durcit et devient plus glissant. Il est également possible d’injecter de l’« acide hyaluronique ». Ce liquide visqueux lubrifie l’articulation. De la kinésithérapie peut être envisagée. Elle a pour objectif de renforcer la portion interne du quadriceps, le vaste interne, afin de recentrer la rotule dans son couloir.

Courez, faites du sport !

Vous l’avez compris, pour mieux guider la rotule, il faut une cuisse musclée et coordonnée ! Essayez de courir ! Si la douleur apparaît au bout de 20 minutes… joggez 20 minutes ! Certaines adaptations sont nécessaires, nous y reviendrons. Complétez avec d’autres activités. Le crawl renforce bien la portion interne du quadriceps, d’autant que vous avez les pointes de pied orientées l’une vers l’autre. Pour majorer le travail musculaire, mettez des palmes. Lors des battements, la faible flexion de genou limite l’écrasement de la rotule, vous n’aurez pas mal ! Évitez la brasse, vous pliez trop le genou et vous tournez les pieds vers l’extérieur, c’est souvent douloureux ! Pédalez. Pour ne pas avoir mal : moulinez ! Tournez vite les jambes sur une résistance modérée. Ainsi, au lieu de s’écraser, votre rotule est polie. En posant vos pieds sur les pédales, tournez-les un peu vers l’intérieur. Ainsi, vous recentrez votre rotule. La musculation n’est pas interdite. Cette pratique est finalement assez voisine de la kinésithérapie. Il vous suffit juste de bien doser votre effort. Sur presse ou sur chaise à quadriceps, tournez le pied vers l’intérieur. Ne fléchissez pas trop votre genou. Optez pour une charge légère, qui n’occasionne pas de douleur. En revanche, pour optimiser les effets de votre entraînement, faites de nombreuses répétitions. Poussez jusqu’à ce que la fatigue musculaire vous empêche de continuer. Faites de la presse sur une seule jambe pour solliciter les chaînes musculaires de la course. Si vous mettez une résistance inférieure au poids de corps, vous aurez moins mal qu’en courant.

Adaptez votre course

La douleur provient souvent de l’écrasement de votre foulée. Le pied s’effondre et tourne en rotation externe. Le tibia tire la rotule vers l’extérieur. Cette désaxation aggrave les frottements sur le cartilage. Pour réduire ce phénomène, choisissez des chaussures anti-pronation, offrant un bon maintien. En regardant la semelle par en dessous, le bord interne n’est pas trop incurvé. On dit qu’elles sont à « axe droit ». La partie amortissante est plus dense du côté intérieur. Proscrivez les modèles trop légers, à axe courbe ou à tendance minimaliste. Votre médecin peut aussi vous prescrire des semelles correctrices réalisées par un podologue du sport. Là encore, elles sont souvent anti-pronation, avec un bon soutien de voûte. Essayez d’avoir des appuis plus toniques. Attaquez un peu moins du talon et un peu plus de l’avant-pied. Limitez un peu le relief. En côte, votre genou se léchit davantage et votre cuisse se contracte plus énergiquement : vous écrasez plus votre rotule ! En descente, le freinage musculaire suspend la rotule : elle se cogne dans son couloir osseux ! Alors que votre traitement se met en place et que vous adaptez votre course, les douleurs s’estompent. Augmentez peu à peu votre durée de footing. Faites preuve d’humilité, ajoutez 5 minutes à chaque séance. Plus entraînée, plus forte, plus tonique, le cercle vertueux s’enclenche. Bientôt, vous aurez oublié votre rotule !

Comments are closed.