Water-polo

Discipline olympique historique, le water-polo est un sport collectif, aquatique et de ballon. Derrière l’aspect technique de manipulation de balle et physique pour se déplacer dans l’eau, ce sport est extrêmement exigeant. Les contacts sont nombreux et les blessures courantes. SantéSportMagazine s’est jeté à l’eau.

Par Gaëtan Lefèvre.

 

Le 8 avril 2016, l’équipe de France de water-polo s’est qualifiée pour les jeux Olympiques de Rio, mettant ainsi in à vingt-quatre ans d’absence dans cette compétition. Pour réussir cet exploit, les Bleus ont gagné leur quart de final, après une terrible séance de tir aux buts (8-8, 4-3 tab), face aux Pays-Bas. Ils ont même dû lever le soupçon d’une défaite volontaire contre le Canada (13-5), qui leur a permis d’éviter l’Espagne en quarts de finale. La Fédération internationale de natation (Fina) a cependant jugé que l’équipe de France n’avait pas sciemment perdu. Rendez-vous à Rio ! Le water-polo est devenu un sport olympique dès 1900. Pendant de nombreuses années les Britanniques dominent ce sport. Aujourd’hui, les pays d’Europe de l’Est, la Hongrie, Serbie et Russie, tirent leurs épingles du jeu.

De la sueur, des larmes et du sang

Peu médiatisé, le water-polo est un sport collectif de ballon en piscine. Ce sport, bien que très différent de la natation, est sous l’égide de la Fédération française  de natation. Opposant deux équipes de 7 joueurs dans un bassin de 30 m par 20 m pour les hommes et de 25 m par 20 m pour les femmes, il se joue, lors de matchs officiels, en 4 périodes de 8 minutes. Ces quarts-temps sont séparés par des temps de repos de 2 minutes et 5 minutes pour la pause entre la 2e et la 3e période de jeu. Parmi les règles importantes, celle des 30 secondes rythme le jeu. Chaque équipe, dès qu’elle prend possession de la balle, dispose de 30 secondes pour tirer au but. Cette règle intensifie énormément le rythme des matchs. Pendant cette phase, le poloïste n’a le droit de manier la balle qu’à une seule main, excepté pour le gardien.

Le water-polo est aussi reconnu comme un sport de contact. Le droit de charge sur un porteur de balle est autorisé. Une grande liberté est laissée aux défenseurs à l’exclusion de coups portés à la tête. Pour faire respecter les règles du jeu, deux arbitres sont situés sur les bords du bassin. Cependant, il leur est difficile de juger ce qui se passe sous l’eau. Même si certains matchs lors de grandes compétitions sont filmés, l’arbitrage vidéo n’existe pas. Une grande partie des contacts est presque invisible. Les spectateurs comme les arbitres ne peuvent pas apprécier l’ensemble du jeu. Rémi SAUDADIER, joueur du club Montpellier Water-polo, nous raconte ce qu’il se passe : « il y a beaucoup d’accrochages mais également des coups. un combat se déroule entre les adversaires car chacun veut se placer devant l’autre, ou s’appuyer pour le fatiguer. Avant même de posséder la balle, il faut essayer de déstabiliser, de fatiguer son adversaire pour prendre le dessus. […] La seule chose que l’on peut faire, c’est s’imposer vis-à-vis de lui, se faire respecter. Attraper et mettre des coups sont aussi des moyens de prendre un ascendant psychologique sur celui-ci. C’est un rapport de force. » Heureusement, l’eau freine les coups et réduit l’impact. Mais elle ne peut empêcher le combat d’avoir lieu. Pour preuve, le mythique match surnommé aujourd’hui le bain de sang de Melbourne. En pleine guerre froide, les jeux Olympiques d’été ont lieu pour la première fois en hiver, en décembre 1956, à Melbourne en Australie. Quelques jours avant la demi-finale de water-polo qui oppose la Hongrie à l’URSS, le 4 novembre 1956, les troupes de l’armée rouge entrent avec les chars dans la capitale hongroise. Elles viennent réprimer l’insurrection de Budapest. En quelques jours, ce conflit fera des milliers de morts, principalement dans le camp hongrois. alors lorsque l’équipe de water-polo hongroise doit affronter celle de l’URSS, l’ambiance n’est pas au beau ixe. Les magyars mènent rapidement au score 4 à 0. Mais malgré cela, la tension et les provocations se font de plus en plus pesantes. Et le match dérape lorsque le joueur soviétique Valentin PROKOPOV frappe violemment le joueur hongrois Ervin ZÁDOR. Ce dernier sort alors de l’eau avec la pommette ouverte. Dans la piscine, les poloïstes se déchaînent. Le public australien, allié des américains, prend cause pour les Hongrois. Les arbitres doivent interrompre cette demi-finale, et la police intervenir pour éviter le lynchage des joueurs soviétiques. La piscine de Melbourne ressemble alors à un bain de sang.

Water polo 1 - santesportmagazine 41 - credit michel dumergue

Des appuis fuyants

Le water-polo est un sport physique. En plus de lutter contre la résistance de l’eau, de répéter les gestes techniques, les poloïstes doivent donc affronter les coups et charges des adversaires. Pour tenir une saison à haut niveau, les joueurs doivent se préparer physiquement, en force et en endurance, et techniquement. La saison de water-polo, hors internationaux, dure entre huit et dix mois. Les athlètes s’entraînent, en moyenne, six à huit heures par jour. une bonne condition physique est alors essentielle. En plus des entraînements dans l’eau, ils réalisent trois ou quatre séances de PPG (préparation physique générale) par semaine. Les matchs se jouent à un rythme soutenu. Les poloïstes nagent à peu près 1,5 km par rencontre. Et pour rester à la surface, il faut aussi fournir un effort, celui du rétropédalage. Le rétropédalage est une technique de mouvements avec les jambes permettant d’être stable dans l’eau et d’avoir le haut du corps à l’extérieur « sans trop forcer », nous affirme Rémi SAUDADIER. Sébastien BÉRENGUEL, entraîneur de l’équipe Pro a de Strasbourg, fait la comparaison avec les jambes lorsque l’on joue au basket-ball, « ce sont les appuis. Le geste est celui d’un ciseau de brasse. » L’aspect technique est ici très important, comme de nombreux autres gestes au water-polo.

Water polo 2 - santesportmagazine 41 - credit michel dumergue

Tous à l’infirmerie

malgré leur condition physique, les poloïstes sont victimes du temps qu’ils passent dans l’eau. Pour l’entraîneur Sébastien BÉRENGUEL, ils « ont les articulations très souples ». « Si on leur demande de courir, c’est compliqué. On fait donc très attention aux foulures, entorses, etc. » ils peuvent aussi être victimes de nombreuses blessures liées aux contacts et à l’exigence de ce sport. il en résulte un certain nombre d’événements traumatiques aigus tels que des contusions, des lacérations, des entorses, des luxations ou même des fractures. D’autre part, les mouvements répétitifs de nage, de lancer de balle ou du rétropédalage peuvent entraîner des blessures dues au surmenage. une étude portant sur les blessures dans ce sport les a analysée en fonction de quatre régions différentes du corps : la tête, la colonne vertébrale, les membres supérieurs, et extrémités inférieures.

Les blessures à la tête sont courantes. Elles peuvent être les conséquences d’un choc avec la balle ou d’un coup. La balle peut atteindre jusqu’à 100 km/h et provoque fréquemment des lacérations au visage, en particulier dans la région sus-orbitaire, nécessitant un traitement immédiat. Certains malchanceux peuvent également être victimes de fractures, lésions oculaires ou perforations traumatiques du tympan. C’est pourquoi, dans leurs équipements obligatoires, on retrouve les bonnets avec les protège-oreilles. Ceux-ci permettent aussi de différencier les deux équipes qui portent chacune une couleur. La deuxième victime de ce sport est la colonne vertébrale. Les douleurs cervicales et torticolis aigus sont dus aux répétitions de rotations requises pour la respiration en nage libre. Elles peuvent rapidement entraîner des maux de tête mais aussi des douleurs aux épaules ou dans les bras. Les rotations au cours des lancers et des passes sont aussi la cause de nombreuses lombalgies. Aux quelles il faut ajouter les charges des adversaires. Rémi SAUDADIER nous raconte avoir été victime d’une hernie discale. Si la cause exacte n’a pas été ixée, le fait d’avoir « tendance à porter un joueur sur le dos » n’aide pas. Enfin, il a été diagnostiqué des blessures des membres supérieurs et des extrémités inférieures. Comme chez les nageurs, les blessures aux épaules telles que des luxations, des lésions ou des tendinopathies peuvent survenir. La position des poloïstes en situation de passe ou de tir, tenant la balle au-dessus de la tête, place ceux-ci dans une situation de fragilité. Les membres inférieurs sont moins touchés même si les rotations des genoux lors du rétropédalage peuvent provoquer des modifications dégénératives.

Le water-polo est un sport exigeant, tant sur le plan physique que technique. Le terrain aquatique non familier aux Hommes, le combat mené par les poloïstes et le rythme des matchs imposent une bonne condition physique. Bien qu’une partie du corps soit immergée et peu visible, ce un sport est agréable à regarder comme à pratiquer. ■

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