Épaule, et si ce n’était pas une tendinite

Vous souffrez depuis plusieurs semaines de l’épaule. Vous pensez être victime d’une tendinite. C’est possible mais de nombreuses lésions ressemblent à cette blessure ! Pour vous soulager, un diagnostic précis s’impose.

Par le docteur Stéphane CASCUA, médecin du sport. Illustrations mathieu PINET.

 

Dans la majorité des cas, les douleurs de l’épaule sont d’origine tendineuse. Un tendon est une cordelette fibreuse reliant un os à un muscle dont il transmet la force de contraction. De petits tendons recouvrent la tête de l’humérus, l’os du bras. Ils sont plaqués sur son pourtour à la manière de cheveux bien peignés, d’où le nom de « coiffe » des rotateurs. Ils ont pour mission de centrer la tête dans son logement et créer un centre de rotation. Quand ils viennent à s’irriter, ils remplissent moins bien leur rôle. De fait, au lieu de pivoter, la tête de l’humérus à tendance à pistonner sous l’action de gros muscles du torse. Elle vient se cogner sur le bec osseux de l’omoplate appelé « acromion ». Les tendons sont écrasés. Ils s’abîment, travaillent moins bien… et s’écrasent davantage. Un vrai cercle vicieux ! Le traitement passe souvent par de la rééducation afin de restaurer un fonctionnement harmonieux. Une infiltration est parfois nécessaire pour soulager et permettre de mieux travailler en kinésithérapie. Rarement, une opération est proposée pour suturer les tendons déchirés et raboter la voûte osseuse agressive.

Tendinite épaule 1 - santesportmagazine 41 - Illustration Mathieu Pinet

1 – Tendinite

2 – Sac articulaire rétracté : capuslite

3 – Clavicule écrasée : arthropathie acromioclavoculaire

 

Un sac articulaire enraidi

Chaque articulation est entourée d’une enveloppe appelée « capsule ». Au niveau de l’épaule, la membrane est plus lâche, en bas et en avant. C’est grâce à cette souplesse localisée que le bras peut monter et tourner vers l’extérieur. Il arrive que cette membrane se colle sur elle-même et se rétracte. Vous ne pouvez ni monter votre bras, ni le tourner vers l’extérieur. Vous avez mal lorsque vous tentez d’aller plus loin… comme si vos tendons étaient faibles ou douloureux. Cependant, il ne s’agit pas d’une lésion des tendons car le déficit de mobilité persiste même quand votre médecin du sport vous aide à bouger le membre supérieur. On parle de « capsulite ». Le traitement passe surtout par de la patience… L’évolution spontanée est favorable mais dure environ douze à dix-huit mois. Pendant cette période, il est conseillé de faire un peu de kinésithérapie afin de faire travailler les muscles dans le secteur de mobilité disponible. Le sport consiste aussi à utiliser l’amélioration des amplitudes : une petite brasse est rapidement possible mais il faut attendre plusieurs mois pour renouer avec le crawl.

Un os écrasé

Lorsque vous avancez la main, le bec de l’omoplate appelé « acromion » vient comprimer la clavicule. Si vous faites de la musculation ou des sports de raquettes, vous pouvez abuser de ce mouvement. L’articulation entre l’acromion et la clavicule souffre et s’irrite. On parle d’ « arthropathie acromioclaviculaire ». À votre médecin, vous mentionnez des douleurs à proximité des tendons. Mais, à la palpation plus précise, vous avez mal quand on appuie au bout de la clavicule, juste sous la peau. Les tests tendineux sont indolores et les amplitudes articulaires sont normales. La radio confirme le diagnostic en montrant un grignotage osseux à l’endroit douloureux. Pour vous soigner, il faut limiter les gestes agressifs ou améliorer votre technique. Calcium, vitamine D et protecteurs du cartilage sont utiles pour favoriser la récupération articulaire. Parfois, une infiltration est utile pour initier la bonne évolution Exceptionnellement, une opération s’impose. Elle consiste à sectionner le fragment de clavicule abîmé.

Tendinite épaule 2 - santesportmagazine 41 - Illustration Mathieu Pinet

4 – Sac articulaire étiré ou déchiré : micro-instabilité

5 – Nerf étiré ou comprimé

 

Une instabilité articulaire

L’articulation de l’épaule ressemble à un ballon qui tente de s’emboîter sur une assiette plate. Elle est très mobile mais aussi très instable ! Ce phénomène se majore dans les disciplines imposant des mouvements de grande amplitude : sports de raquettes, de lancers ou même natation. Le sac articulaire se distend et fait mal alors que l’humérus sort un peu de son logement sur l’omoplate. On parle de micro-instabilité. Votre médecin du sport reproduit la douleur et les petits déboîtements en vous plaçant en postures extrêmes. En théorie, la contraction des muscles ne provoque pas de désagrément. En réalité, la tête de l’humérus baladeuse favorise l’écrasement des tendons qui la recouvrent : ils sont sensibles. Voilà qui justifie la confusion possible avec une simple tendinite. Une IRM ou un scanner avec injection de produit de contraste confirme le diagnostic. On y voit le sac trop ample et le pourtour fissuré. Le traitement inclut un travail de renforcement et de coordination musculaire. La coiffe de rotateurs doit centrer la tête de l’humérus dans son logement. Les gros muscles du torse doivent freiner les mouvements excessifs. Une infiltration se révèle parfois nécessaire pour apaiser l’inflammation et débuter la rééducation avec une articulation moins douloureuse.

Un nerf coincé ou étiré.

Le nerf donnant les ordres de contractions à l’arrière de la coiffe des rotateurs peut être étiré ou comprimé par des kystes. Un autre nerf allant jusqu’au muscle qui stabilise l’omoplate, est parfois irrité. Dans tous les cas, les mouvements de grande amplitude emmènent l’omoplate et tirent sur les nerfs. Initialement, le nerf abîmé vous fait souffrir. Vous avez des douleurs de type « brûlure » à l’arrière de l’épaule, surtout la nuit qui suit vos entraînements. Plus tard, lorsque la faiblesse musculaire s’installe, le mauvais fonctionnement de l’épaule s’exprime. Les tendons se cognent sur les reliefs osseux et vous font mal. Le médecin visualise la fonte musculaire. En testant la force de chacun des muscles, il perçoit une faiblesse. Le diagnostic est confirmé par un électromyogramme ou EMG. Cet examen teste la conduction électrique des nerfs et met en évidence leurs lésions ou leur compression. L’éviction des gestes agressifs est essentielle pour permettre la réparation du nerf. Une rééducation favorisant un meilleur contrôle des mouvements de l’omoplate s’y associe de façon synergique. Des compléments nutritionnels à base d’oméga-3 et de vitamine B sont les bienvenus. Parfois, une infiltration ou un geste chirurgical sont nécessaires pour résorber les kystes compressifs. ■

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