Alex Honnold – Solo intégral

Sans partenaire, ni corde, ni matériel ! Voici les règles et la définition du solo intégral. C’est aussi simple ! Alex HONNOLD est devenu la figure de cette discipline d’escalade en enchaînant, en 2008, dans la même journée, deux voies majeures… à seulement 22 ans. Il est sûrement l’homme le plus à l’aise sur une paroi. Depuis, Alex a relevé bien d’autres défis. Il les raconte dans son livre Solo intégral.

Par Gaëtan Lefèvre

 

Droit comme un i. Collé à la paroi verticale du Thank God Ledge, un passage mythique du Half Dome dans le parc national de Yosemite aux États-Unis, Alex HONNOLD se tient debout sur une vire d’une trentaine de centimètres de large… le regard au loin et le sourire aux lèvres. Cette photo utilisée en couverture d’un numéro de National Geographic a été vue d’un bout à l’autre du monde. La beauté du lieu et la sensation face à ce grimpeur au milieu du vide ne laissent pas indifférent. Un détail principalement attire l’œil. Il ne possède pas de baudrier, pas de corde, pas de matériel autre que sa sacoche à magnésie. Ce jour-là, Alex peut profiter du paysage. Ce ne fut pas le cas lors de sa première ascension en solo intégral de cette falaise, il était alors enfermé dans sa bulle.

Alex HONNOLD est un surdoué de l’escalade. Il s’est révélé au public par ses ascensions de « big walls » en solo intégral. Cette forme d’escalade signifie sans partenaire, sans corde, ni matériel. Dans cette pratique, l’erreur n’est pas permise. Le moindre faux pas entraîne la mort. Une manière extrême de pratiquer son sport. Mais pour Alex, il s’agit d’une manière de se déplacer rapidement sur une paroi et d’un challenge car ces ascensions n’ont jamais été réalisées avant lui. Après plusieurs films, de nombreux reportages et documentaires sur ce prodige, les éditions Paulsen publient un ouvrage à deux voix, Solo intégral.

Alex Honnold solo integral 1 - SanteSportMagazine 42 - credit Sender Films

Un homme de challenges

Alex Honnold est né en 1985 à Sacramento, en Californie. À 11 ans, il commence l’escalade en salle, qu’il pratiquera pendant plusieurs années avant de sortir au grand air. À 19 ans, il abandonne ses études pour vivre à fond sa passion. Il achète un van et part sur les routes à la recherche de nouvelles parois à grimper et de nouveaux défis à relever. Il va rapidement enchaîner les exploits et surprendre le monde de la « grimpe ». Après l’Astroman et le Rostrum, il escalade en solo intégral le Moonlight Buttress, plus de 350 mètres de grès dans le parc national de Zion, en Utah. Lorsque cet exploit s’ébruite, l’univers de la grimpe est partagé entre la naissance d’un surdoué et simple canular, l’annonce s’étant faite un premier avril. Mais très rapidement, Alex va confirmer son talent en s’attaquant à un autre Everest, la face nord-ouest du Half Dome au Yosemite. Un mur de 600 mètres dont l’inclinaison moyenne est de 85 degrés. À ce moment-là, en 2008, personne n’avait jamais réussi ni même tenté cette paroi en solo intégral. C’est un nouveau coup d’éclat ! Les plus grands grimpeurs n’en reviennent pas. John Long est conscient de la difficulté de l’exploit en plus des risques pris : « Je ne peux rien imaginer qui demande un tel niveau de concentration, pendant aussi longtemps, avec comme sanction la mort si vous faites l’erreur la plus minime. » Derrière cela, Alex Honnold continuera de réaliser des défis toujours plus spectaculaires. Il grimpera dans une même journée, en 11 heures, deux « big walls », le Half Dome et le Nose. Il reçoit alors l’hommage des magazines spécialisés. Entré dans l’histoire de l’escalade, il devient Alex « no big deal » Honnold. En 2012, accompagné de Tommy Caldwell, ils se lancent le défi de la « trilogie » yosemitique : enchaîner la face sud du mont Watkins, la voie freerider sur El Cap et la face nord-ouest classique du Half Dome, qu’ils relèvent avec brio en 21 heures 15 minutes. Peu de temps après, le public apprend qu’il s’agissait d’une reconnaissance pour Alex. Il le reproduira en solo autoassuré en à peine plus de 18 heures. Cet exploit est décrit dans le film Honnold 3.0 comme de l’escalade « ni en solo, ni en artif mais par tous les moyens ». Il battra également le record de vitesse de l’ascension du Nose, réalisera la traversée des Fitz Roy en alpinisme, gravira en solo intégral le Sendero Luminoso au Mexique, se lancera dans son challenge qu’il nommera « 7 sur 7 ». Vous découvrirez à la lecture de son livre tous ces exploits. Encore très jeune, Alex Honnold n’a sans doute pas fini de battre des records ou de relever des challenges. Derrière ses exploits, Alex s’investit énormément sur le terrain de l’engagement humanitaire. Son voyage au Tchad lui apporte un nouveau regard sur le monde. Sa découverte d’habitants du désert semi-nomades, « d’enfants tapant des ânes pour leur faire hisser l’eau plus vite, ou d’hommes chevauchant des chameaux au milieu de nulle part », lui change son regard et l’entraîne vers la découverte d’un monde en voie de développement. Alors qu’il continue à vivre dans son van, il fonde la Fondation Honnold et s’engage dans des projets humanitaires comme l’installation de panneaux solaires pour produire de l’électricité et ainsi limiter son impact sur la planète. Toujours dans sa logique de minimiser son passage sur la Terre, il devient végétarien.

Alex Honnold solo integral 2 - SanteSportMagazine 42 - credit Dawn Kish

Sans partenaire, ni corde, ni matériel

Les pratiquants d’escalade en solo intégral sont peu nombreux. Et pour cause, l’erreur ne pardonne pas. Si tu tombes, tu meurs ! Cette discipline est extrême et à risque. Les exigences physiques et mentales requises ne laissent pas de place à l’improvisation. Il faut être capable de lutter contre la fatigue, la blessure, la crampe et les autres aléas qui peuvent se manifester. Sans être attaché à la paroi ou à un partenaire, il est impossible de se reposer en se suspendant assis dans son baudrier. Dans ce contexte, Alex Honnold explique qu’il faut « arriver avant de se vider les bras [...] [d’]être explosé ». Une bonne condition n’est pas requise… elle est indispensable. Le hasard n’a évidemment pas sa place. Alex s’entraîne encore et toujours. Après ses heures d’escalade sur falaise, s’il n’est pas trop fatigué, il enchaîne des séries de pompes et de tractions. Dans le film Honnold 3.0, il explique aussi que pour travailler sa puissance, il s’imposait de grimper en bloc, qui n’est pas sa spécialité. En plus de l’endurance physique, le solo intégral exige une concentration extrême, une endurance mentale. Il est impossible de penser à autre chose, de laisser divaguer son esprit. Une ascension en solo intégral est mûrement réfléchie et préparée. Tout d’abord, comme il nous le dit « il est dans sa zone de confort lorsqu’il grimpe en solo intégral », c’est-à-dire qu’il sait qu’il peut faire plus physiquement. La paroi est étudiée centimètre par centimètre. Alex connaît les mouvements qu’il doit réaliser par cœur. Il les a travaillés encordé et les à visualisés de nombreuses fois tel un pilote de Formule 1 répétant ses virages. Si les chutes sont trop nombreuses lors des répétitions encordées, il ne se lance pas en solo. Alex connaît également les sensations qu’il va vivre lors de l’ascension. Il a repéré les zones « exposées », c’est-à-dire contraignantes, pour ne pas être surpris et avoir peur. Il minimise ainsi les risques, car il affirme que « sa motivation n’est pas dans le danger ou l’adrénaline procurée », même s’il admet que l’exigence d’un défi augmente la satisfaction de le réussir. On notera toutefois des contradictions à son discours comme lors de son voyage au Tchad, en Afrique, en 2010. L’équipe découvrait alors pour la première fois cette zone d’escalade. Alex l’a décrite dans son livre : « La qualité du grès de l’Ennedi était entre très médiocre et abominable. Tout était mauvais. » Et pourtant, il s’est lancé en solo pendant que James Pearson, un grimpeur anglais, et Mark Synnott, un alpiniste expérimenté, escaladaient une autre paroi. Mark, l’organisateur de ce voyage, écrira : « J’entendis un bruit derrière moi et vis Honnold sur une tour proche. Il émergeait, sans corde, en haut d’une cheminée d’une douzaine de mètres. Au dessus de lui, il y avait une fissure à poing surplombante où il fit quelques coincements avant de sortir un pied de la cheminée. Filant sur le rocher comme un serpent, il se rétablissait bientôt au sommet. En chemin, il cassa plusieurs prises de mains et de pieds. J’étais à peine capable de regarder. Il admit plus tard que la descente, c’était au-delà de ce qu’il avait prévu. » Vu de l’extérieur, le spectateur est partagé entre la stupeur et la peur, entre la sensation d’un exploit réalisé et la stupidité du défi relevé. Pour Alex, la vision est tout autre. Il est loin d’être un kamikaze se lançant dans le premier défi qui lui passe par la tête. Il apparaît comme un intrépide et une tête brûlée. Il aborde le risque avec légèreté et l’exploit avec banalité. Alex admettra également que vue de l’extérieur la sensation n’est pas la même lorsque, lors d’une projection d’Alone on the wall, en 2011, une femme lui demande « ce que ça fait de voir ça en film », il répond : « J’ai les mains moites. »

Alex Honnold solo integral 3 - SanteSportMagazine 42 - credit Andrew Burr

Une trace écrite

Alex Honnold connaît très bien l’histoire de l’escalade. Bon écrivain, il décrit dans son livre les records passés réalisés sur les montagnes auxquelles il s’attaque ou les défis qu’il relève. Il rend hommage à ses prédécesseurs qui l’ont fait rêver lorsqu’il était jeune. Cette approche enrichit grandement le livre qui se distingue d’une simple biographie d’athlète. Alex a été surpris de se lancer dans un projet d’écriture d’une autobiographie à tout juste 30 ans. Mais pour ce projet, il a fait confiance à David Roberts, le coauteur de cet ouvrage. Passionné d’alpinisme, celui-ci a écrit une vingtaine de livres dont six aux éditions Guérin – notamment Annapurna, une affaire de cordée (2000). Les amis d’Alex le lui ont conseillé. Il s’est donc laissé embarquer dans l’aventure. Alex est également un grand lecteur au cours des heures qu’il passe dans son van au pied des falaises. Il aime les livres de non-fiction, ceux qui traitent de l’histoire et de l’économie, notamment des États-Unis. Écrit à deux voix, ce livre prend une tout autre tournure. Alex Honnold raconte de l’intérieur ses aventures avec son francparler mais aussi sa timidité et un ton léger lorsqu’il parle de ses exploits. David Roberts apporte son regard extérieur. Il commente les défis, fait intervenir les amis du grimpeur et cite des articles de magazines. Solo Intégral est captivant… d’autant plus qu’il n’est pas dédié aux uniques passionnés d’escalade et d’alpinisme. ■

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