La seconde révolution féminine

Période de transition importante pour les femmes, la ménopause entraîne de nombreux bouleversements dont des modifications corporelles et l’augmentation du risque de maladies cardiovasculaires. Face à ces changements, l’activité physique adaptée est conseillée. Présentation et explication.

Par Marion Bourrelier, Marie Chabrerie, Anne-Christine Martineau, étudiantes en Master 2 « Réhabilitation par les Activités Physiques Adaptées » à l’UFR STA PS de Montpellier

 

L’APA regroupe l’ensemble des activités physiques et sportives, adaptées aux capacités de la personne. Elles sont dispensées par des personnes spécifiquement formées aux techniques et modalités d’adaptation à des fins de rééducation, réhabilitation, réinsertion, d’éducation et/ou de participation sociale (Société française des professionnels en Activité physique adaptée, SFP APA, 2010). Ce concept validé en 1979 au Québec a été repris dans l’appellation d’une première licence délivrée en 1982 par l’université de Montpellier. Le champ de cette discipline est reconnu en 1992 par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Une licence Activité physique adaptée et Santé (BAC+ 3) est aujourd’hui délivrée par la plupart des UFR STA PS de chaque académie en France et certaines assurent la formation en 5 ans, jusqu’au niveau du master spécialisé APA S. Le professionnel en APA vise le renforcement des capacités biologiques, cognitives, psychologiques et sociales de la personne par la médiation d’activités physiques, sportives et/ou artistiques. En d’autres termes, il s’agit d’accorder une place prépondérante au corps en mouvement en tant que vecteur d’épanouissement personnel.

Épreuve de la ménopause

La ménopause est considérée comme une période de transition qui s’impose dans le processus naturel d’avancement en âge de chaque femme. Elle se caractérise autour de la cinquantaine par l’arrêt de production des hormones sexuelles (œstrogènes et progestérone) qui détermine la fin de la période reproductive. En France, 7 % des femmes de 40-44 ans et 83 % des femmes de 50-54 ans sont ménopausées (Inserm, 2012). On considère qu’une femme est ménopausée après au moins 12 mois d’arrêt des règles.

Cette phase dite « climatérique », n’est pas une maladie mais elle s’accompagne de symptômes plus ou moins importants, transitoires ou durables, ressentis très différemment d’une femme à l’autre. Parmi les troubles les plus fréquents et souvent difficiles à supporter, nous retiendrons : les bouffées de chaleur, la prise de poids, une modification de l’élasticité de la peau et enfin des manifestations que nous regroupons sous la dénomination de « troubles du dynamisme de vie » (fatigue, dépression, insomnie, baisse de la libido). La fréquence et la sévérité de ces troubles diminuent avec le temps, mais sont encore présents plus de dix ans après la ménopause chez environ un quart des femmes (HAS, 2004). Nous attacherons également une attention particulière à la baisse de densité osseuse, accentuée à la ménopause, par une dégradation de la synthèse des minéraux. L’ostéoporose, pathologie qui touche 40 % des femmes entre 60 et 70 ans, entraîne alors une fragilisation du squelette. Jusqu’à la ménopause, les femmes sont protégées par leurs hormones, avec un taux de bon cholestérol (HDL) plus élevé, qui nettoie les artères, et un niveau plus faible de mauvais cholestérol (LDL) et de triglycérides comparativement aux hommes. La chute de leurs hormones féminines est responsable d’une augmentation du risque de maladies cardiovasculaires en tout genre : athérosclérose, infarctus, hypertension, thrombose… (INSERM 2012). Ces troubles peuvent inquiéter par leur étrangeté ou bien parce qu’ils sont considérés à tort comme des signes d’involution tels ceux qui frappaient les générations précédentes des femmes, n’ayant pas accès, à cette époque, aux traitements hormonaux substitutifs ni aux activités physiques contrôlées. Ces derniers éléments, vecteurs d’évolution, permettent aujourd’hui de penser la ménopause comme une révolution positive de la féminité. Les divers traitements médicaux (traitement hormonal de la ménopause, homéopathie, phytothérapie, les phytoestrogènes…) aujourd’hui, en cours, constituent une première révolution dans le vécu de la ménopause. Ils nécessitent un examen clinique général et gynécologique. Le médecin traitant peut aussi orienter vers des prises en charge complémentaires (diététicien, psychologue, enseignant en APA).

Activités physiques adaptées

La majeure partie des autorités scientifiques souligne l’importance pour la santé publique de certaines thérapies non médicamenteuses. L’Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM) a effectué une revue de la littérature sur les bénéfices cliniques de l’activité physique. L’Académie de médecine rappelle, dans un rapport publié en 2009, que les effets bénéfiques de la pratique des activités physiques et sportives sont reconnus scientifiquement dans le traitement d’un grand nombre de maladies : l’obésité, le diabète, l’ostéoporose, l’arthrose, les maladies respiratoires et cardiovasculaires. Les activités physiques adaptées aux particularités de chaque personne (personnalité, situation sociale, condition physique) vont également optimiser l’efficacité des traitements médicaux et permettre dans certains cas une atténuation des effets secondaires. De même, les APA vont contribuer à l’amélioration du métabolisme lipidique, à une perte pondérale, à la protection contre les maladies cardiovasculaires, notamment en diminuant les facteurs de risque (Kadissy et al, 2011), mais aussi à l’augmentation de la densité osseuse dans le traitement de l’ostéoporose (Popineau, C, 2013) ; autant de symptômes et de pathologies associés à l’apparition de la ménopause. Enfin, ces activités vont atténuer les symptômes ménopausiques tels que : les troubles de l’humeur, les bouffées de chaleur, les troubles du sommeil, la dépression. Des symptômes simples et courants traiter aux complications plus sévères, la ménopause est une période difficile à gérer. La reprise de l’entraînement volontaire à l’effort physique et à la dépense énergétique, accompagné par un spécialiste des APA-S représente alors une clef pour la qualité de vie. En effet, à ce moment crucial de reconsidération de ses centres d’intérêt et de ses obligations familiales et professionnelles, la valorisation du corps en mouvement va engendrer une meilleure régulation émotionnelle et permettre de réinvestir l’image de soi et ses désirs. Il s’agit bien d’une véritable révolution de l’affirmation de sa féminité, car celle-ci n’est pas réductible à la fertilité ni aux stéréotypes des devoirs de la femme.

Applications

Selon l’OMS, l’activité physique englobe les loisirs, les déplacements, les activités professionnelles, les tâches ménagères, les sports dans le contexte quotidien, familial ou communautaire. Il est préconisé d’atteindre un niveau de 150 minutes d’activité d’endurance d’intensité modérée ou 75 minutes d’intensité soutenue par semaine ainsi que de pratiquer des exercices de renforcement musculaire pour améliorer sa capacité cardiorespiratoire, son système musculo-squelletique et prévenir de multiples affections. Afin de contrôler l’effort physique, on prendra en compte quatre paramètres : la fréquence, l’intensité, la durée et la nature de l’activité. Ce sont ces paramètres qui vont déterminer les protocoles d’activité physique adaptés à chaque personne en fonction de son âge, de son état de santé, de sa disponibilité et de sa capacité d’engagement. La régularité de l’investissement conditionne les effets bénéfiques de la pratique physique (au minimum des séquences de 10 minutes et une fréquence de 3 fois 30 min par semaine).Toute programmation est appelée à être réajustée en fonction des progrès de la tolérance à l’effort et de la qualité de la motivation de chaque personne. Enfin, la qualité de la relation établie entre le prestataire et la cliente est primordiale et influencera l’appropriation de la pratique physique ainsi qu’une meilleure confiance en soi.

Les exercices peuvent être classés dans trois catégories qu’il est préférable de combiner.

● Les exercices avec mise en charge (les pieds et les jambes soutenant le poids du corps) : la marche, la course, la danse, le badminton, mais aussi « monter les escaliers », sont des types d’exercices qui vont améliorer la santé cardiovasculaire et la solidité des os.

● Les exercices contre résistance : musculation aux appareils, bandes élastiques, poids lestés, fitness, aquagym, qui vont permettre une meilleure tonicité et le renforcement de l’appareil musculo-squelettique

● Les exercices qui améliorent la posture, l’équilibre, la coordination : gymnastique douce, yoga, pilates, tai-chi-chuan, natation.

Il n’existe pas de liste exhaustive d’activités préconisées ni de protocoles standardisés qu’il suffirait d’appliquer dans tous les cas. Chaque situation justifie un programme adapté et accepté par la cliente/patiente après considération des contre-indications médicales. Il est important de solliciter tous les membres du corps en favorisant les activités physiques qui plaisent par leur caractère ludique et le partage en groupe. Chaque séance d’activité va de pair avec le respect des règles hygiéno-diététiques, une bonne préparation à l’effort (échauffement, hydratation), un temps de récupération (étirements, relaxation) et un bilan en fin de travail permettant à la cliente d’avoir un retour sur sa pratique mais aussi de faire un commentaire au professionnel sur son accompagnement et sur le vécu de la séance.

Révolution féminine

Les traitements ostrogéniques ont inauguré une véritable révolution dans la vie des femmes en restaurant une vision évolutive et non pas involutive de l’avancement en âge. Dans le même temps, d’autres progrès médicaux et l’amélioration des conditions de vie permettaient un allongement de l’espérance de vie. En gagnant quelques années de vie, le souci de l’amélioration de la qualité de vie s’est imposé comme une des questions sanitaires et sociétales majeures. À partir de l’exemple de la ménopause, nous avons voulu montrer comment le développement des activités physiques sous toutes ses formes peut révolutionner les décennies à venir en conservant une certaine autonomie et en améliorant la qualité de vie. Voici une vraie révolution féminine, une révolution générationnelle mais aussi une révolution créatrice pour autant que l’on sache redistribuer les priorités dans l’organisation de sa vie sans sous-estimer les besoins de son corps. ■

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