Fernanda Maciel mène son combat sur le terrain

Spécialiste de l’ultra-trail, Fernanda Maciel a notamment remporté le Lavaredo Ultra-Trail en 2011 et la Transgrancanaria en 2012. Elle a également terminé deuxième de l’Ultra-Trail World Tour en 2014. Aujourd’hui, elle organise ses propres projets, White Flow, comme l’ascension de l’Aconcagua en courant.

Propos recueillis par Gaëtan Lefèvre

 

Fernanda Maciel possède un parcours impressionnant. Aujourd’hui, elle porte les couleurs de la marque The North Face® sur les sentiers de trail. Mais il y a à peine quelques années, elle travaillait dans un bureau comme avocate de l’environnement.

Le 21 février 2016, la brésilienne a battu le record de l’ascension et de la descente du plus haut sommet d’Amérique, l’Aconcagua (6 962 m), en 22 heures et 52 minutes. SantéSportMagazine est alors parti à sa rencontre.

Fernanda Maciel portrait - SanteSportMagazine 42 - credit The North Face

Comment en êtes-vous arrivée au trail ?

Ma première expérience a été un semi-marathon dans les montagnes à Queenstown, en Nouvelle-Zélande. J’ai réalisé une belle course puisque j’ai terminé à la 3e place avec un temps de 1 heure 28 minutes. Pas si mal pour une première expérience ! Les émotions et les sensations que j’ai ressenties en courant m’ont beaucoup plu. J’ai découvert de nouveaux sentiers, des points de vue magnifiques. Et j’ai aimé de repousser mes limites. Cette expérience a été la découverte d’un nouveau style de sport. J’ai adore cela.

Vous étiez avocate. Pourquoi avez-vous arrêté ce travail ?

Je travaillais effectivement comme avocate environnementale dans une grande ville. Mais, après quelques années, je me suis lassée de travailler en intérieur, d’être derrière un bureau pour protéger la nature… loin du terrain. Alors, j’ai décidé de travailler pour l’ONG environnementale Outward Bound et de devenir coureuse. Comme cela, je pouvais enseigner, en apprendre plus sur la nature et partager mes expériences et mes rencontres avec les gens.

Fernanda Maciel 1 - SanteSportMagazine 42 - credit The North Face

Vous êtes également nutritionniste du sport. Qu’est-ce que vous mangez au quotidien ?

J’aime manger des aliments biologiques, beaucoup de légumes verts, du tofu, des champignons, des œufs, des hamburgers végétaliens, des légumes, des fruits secs, des fruits, de la nourriture japonaise et j’apprécie le café. Pour compenser et récupérer de mon activité physique, il me faut des glucides, des protéines, des vitamines et des sels minéraux chaque jour. Habituellement, je mange ce que mon corps  demande. J’explique difficilement cela mais, pendant mes journées d’entraînement, mon corps préfère une nourriture légère, sans gluten, sans lactose ou sans viande rouge. En revanche, je ne m’en prive pas complètement. Après une expédition difficile en haute altitude, mon corps, par exemple, peut réclamer une bonne viande rouge.

Pourriez-vous décrire votre entraînement ?

Je réalise des séries de sprint sur un terrain plat. Je travaille aussi les montées et les descentes. J’effectue des sorties longues en course à pied. Je roule aussi beaucoup à vélo sur la route. Je travaille avec un entraîneur qui réalise mon plan d’entraînement. Je dois effectuer entre 15 et 30 heures d’entraînement par semaine.

Il me semble que vous travaillez également la préparation physique générale (PPG) avec du circuit training comme des séances de CrossFit. La PPG est-elle une part importante de votre préparation et pourquoi ?

Je ne fais pas de crossfit ou de cours de yoga, par exemple, mais certains exercices similaires. Mon objectif est d’obtenir un corps solide avec un bon équilibre. Par exemple, je renforce mes quadris avec des exercices comme les squats. Je travaille mon cœur en réalisant des pompes et des exercices de proprioception. Je dois avoir un corps solide pour monter et descendre les dénivelés en haute montagne.

Fernanda Maciel 2 - SanteSportMagazine 42 - credit The North Face

Vous ne pratiquiez pas le yoga ?

Je l’ai pratiqué pendant quelques cours, mais aujourd’hui, je réalise juste quelques « asanas » (positions de yoga) pour conserver ma force physique et mentale.

Vous êtes-vous déjà blessée au cours d’un trail ?

Je me suis tordue la cheville, une fois. J’avais un œdème et j’avais eu très mal. Le traitement a été lent. Mon corps est plutôt bon. Parfois, j’ai quelques tendinites, mais avec un peu de glace, de l’acupuncture et des massages, elles disparaissent rapidement.

Vous avez réalisé le record de montée et de descente de l’Aconcagua. Après deux échecs, vous avez persisté sur ce sommet. Pourquoi ?

Ce fut un projet très dur, et je suis heureuse aujourd’hui de ne pas avoir renoncé à ce rêve. Je suis brésilienne et depuis que je suis enfant, j’entends parler de cette montagne. La plus haute montagne de notre continent l’Amérique ! Ma curiosité et la passion de la montagne ont suscité ce projet et ont permis de le réaliser.

Quelles ont-été vos sensations en altitude ?

J’ai commencé à 2 850 m d’altitude et je devais courir jusqu’à 6 962 m de haut (23 000 feet), puis retourner en bas, à l’entrée du parc Aconcagua. Lors de la montée, j’ai vraiment senti l’ivresse de l’altitude. Je disposais de 43 % d’oxygène, seulement. Je perdais mon équilibre. Je n’arrivais pas à réfléchir correctement. Je me sentais fatiguée et je tombais de sommeil. Mon corps était froid, sans énergie. Mes jambes fatiguées et lourdes. Et j’avais évidemment du mal à respirer. Voici ce que j’ai ressenti.

Comment avez-vous préparé ce projet ?

Lorsque j’étais en ville, j’ai beaucoup couru sur la route, travaillé les montées et les descentes. J’ai réalisé quelques sorties longues. Et je me suis renforcée musculairement avec des exercices de « functional training ». Quand je suis arrivée en haute montagne, j’ai tenté de passer mes journées en altitude. Je m’entraînais et dormais là-haut. Les entraînements étaient les mêmes mais en altitude.

Pouvez-vous nous présenter votre projet personnel, White Flow ?

J’ai créé ce projet appelé « White Flow » en 2012. Celui-ci est un défi de course solidaire. J’ai réalisé mon premier projet en octobre 2012 en parcourant 860 km sur un célèbre chemin à cheval entre la France et l’Espagne, le chemin de Saint-James-Camino de Santiago de Compostela. Ce projet avait pour but de soutenir et d’aider les enfants atteints de cancer. L’Aconcagua est mon quatrième projet White Flow. L’objectif était de mettre en avant le recyclage et le problème des ordures à l’intérieur du parc naturel. Le parc Aconcagua réalise un excellent travail pour sensibiliser les visiteurs et les grimpeurs à la gestion des déchets au sein du parc. La prochaine White Flow se déroulera en Afrique ou aux États-Unis. ■

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