Je me tords souvent la cheville

En allant chercher une balle difficile au tennis ou en marchant sur un gravier dans la rue, votre cheville vous lâche ! Vous faites des entorses à répétition ! Il y a de nombreuses causes et autant de solutions ! SantéSportMagazine vous explique !

Par le docteur Stéphane Cascua, médecin du sport

 

L’os de la cheville, l’astragale, est pris en pince entre le tibia et le péroné. Le premier de ces os descend moins que le second. Aussi la cheville a-t-elle tendance à basculer (dessin ci-contre). Les ligaments externes de la cheville sont des cordelettes fibreuses reliant le péroné et le pied. Ils tentent de limiter ce mouvement de torsion mais se déchirent quand son amplitude augmente. C’est « l’entorse de cheville ». Si ce traumatisme survient souvent, alors que le sol n’est pas trop irrégulier ou le déplacement latéral minime, on parle d’« instabilité de cheville ».

Blessure je me tord la cheville 1 - SanteSportMagazine 42 - Illustration Mathieu Pinet

Légende :

1 – Astragale

2 – Péroné

3 – Tibia

4 – Ligament externe

5 – Calcanéum

Ça fonctionne mal !

Lorsque vous étirez votre ligament, vous déchirez quelques fibres. Vous abîmez aussi les petits capteurs nerveux insérés dans ce tissu. Ils sont sensibles à la tension et ont pour mission d’informer le cerveau de la position de la cheville. Quand l’articulation commence à basculer, le système nerveux réagit en ordonnant la contraction des muscles qui la redressent. Ces derniers portent le nom de « péroniers latéraux » et sont situés sur la face externe de la jambe. En cas de lésion des capteurs, ce réflexe salutaire ne peut se produire et la cheville se tord … détériorant un peu plus encore les récepteurs nerveux. Ainsi, en l’absence d’entorse grave, ce cercle vicieux mène à l’instabilité chronique. Il n’y a pas de destruction ligamentaire importante, juste un mauvais fonctionnement. Dans ces circonstances, le traitement est tout trouvé : la rééducation. Votre kinésithérapeute vous concocte des exercices d’équilibre de complexité croissante. Les récepteurs restants deviennent plus performants. Ceux qui sont abîmés reprennent progressivement du service. Surtout, le muscle stabilisateur apprend à mieux se contracter en réponse à son étirement. Un strapping peut être utilisé. Plus que de maintenir la cheville, il tire sur la peau lorsque que la cheville commence à basculer. Ces informations remplacent  les indications en provenance des capteurs abîmés. Elles suffisent souvent à déclencher le réflexe musculaire salvateur. Si la rééducation ou le strapping ne suffisent pas, un bilan d’imagerie approfondie est nécessaire pour rechercher des ligaments distendus par la multiplication des petites entorses.

Les ligaments sont distendus

Le plus souvent, vous avez fait une grosse entorse de cheville. Votre articulation a gonflé rapidement et quelques jours plus tard, vous avez vu des traînées bleues. Voilà qui caractérise un saignement qui s’accumule dans le sac articulaire puis s’écoule sous la peau. Cette hémorragie est provoquée par la rupture des petits vaisseaux sanguins qui passent à travers le ligament déchiré. Si le traitement n’a pas été rigoureux, il est possible que ce dernier cicatrise de façon distendu, voir ne se répare pas (dessin ci-contre). De fait, la cheville n’est plus maintenue. S’il existe encore quelques récepteurs de position, ils sont mis en tension alors que la torsion est déjà importante… et irrécupérable. Comme en cas de lésion « fonctionnelle », il est d’usage de tenter la kinésithérapie orientée vers le travail de coordination. Néanmoins, dans ces circonstances, l’efficacité est beaucoup plus incertaine. Là encore, un strapping doit être testé. Bien qu’il se détende après une vingtaine de minutes de sport, il garde un intérêt. Comme lors des lésions fonctionnelles, il informe le cerveau et favorise les réflexes de stabilisation. Il ralentit aussi le mouvement de torsion, donnant plus de temps au système nerveux pour réagir. Certaines chevillières avec renforts latéraux sont fiables. Elles sont un peu moins confortables mais plus faciles à mettre en place et probablement plus efficaces sur le plan mécanique. Pour confirmer la lésion des ligaments, des examens sont nécessaires. L’IRM les visualise bien et recherche les dégâts articulaires associés. L’échographie est idéale car des tests dynamiques permettent de voir si le ligament se tend suffisamment lorsqu’on reproduit le mouvement de torsion. Il est possible aussi de faire une radiographie mesurant le déplacement des os dans des conditions de bascule forcée. Si l’ensemble de ces investigations authentifie une lésion sérieuse des ligaments, si la kinésithérapie et le strapping ou la chevillère ne sont pas efficaces, une opération est envisageable. Deux techniques sont possibles. La première consiste à remplacer le ligament par de la membrane osseuse, la seconde par une moitié de tendon. Dans les deux cas, une immobilisation dans une résine rigide pendant 6 semaines est nécessaire. À l’issue de cette immobilisation, une rééducation assidue est indispensable. Elle redonne juste ce qu’il faut de mobilité. Elle renforce les muscles stabilisateurs et réveille la coordination. Le sport peut être repris 4 à 6 mois après l’intervention.

Hypersouplesse naturelle !

Il arrive que le ligament soit naturellement trop long et trop élastique. Les femmes sont plus souvent concernées. En effet, les hormones féminines assouplissent les ligaments. Ainsi, en fin de grossesse, le sacrum, situé à la base de la colonne, peut basculer et laisser passer la tête du bébé. Au niveau de la cheville, les mêmes caractéristiques tissulaires autorisent de trop grands déplacements articulaires. Les capteurs nerveux ne sont informés de la tension que trop tardivement… et l’entorse devient inévitable ! Mais les ligaments longs et souples ne sont pas lésés. C’est le choc articulaire qui limite le mouvement… Le cartilage et les os s’abîment ! Ces traumatismes surviennent plus fréquemment dans la vie quotidienne. Au cours du sport, la vigilance contribue à accroître la stabilité. C’est pourquoi la solution passe par la rééducation. Il faut rendre plus réactifs les capteurs situés dans les ligaments… mais aussi dans les muscles. Les strappings et les chevillères sont aussi les bienvenus. La chirurgie n’est pas le traitement idéal. En effet, la réparation se fait avec vos propres tissus génétiquement trop souples. Le montage risque fort de se distendre.

Blessure je me tord la cheville 2 - SanteSportMagazine 42 - Illustration Mathieu Pinet

Légende :

1 – Ligament distendu

2 – Tendon luxé

3 – Fragment osseux

4 – Pont osseux

Un tendon qui se luxe !

En arrière de la cheville, du côté externe, passe le tendon des péroniers. Il relit les muscles du même nom au bord externe du pied. En se contractant, il redresse la cheville qui commence à se tordre. Comme vous le constatez sur le dessin ci-dessus, il fait poulie sur le bord externe du pied. Quand il se raccourcit, il peut prendre la corde et sortir de son logement. Ainsi, il devient trop long pour tirer efficacement sur le pied et la cheville bascule. Bien sûr, il est possible de tenter de faire de la rééducation. On peut essayer de caler les tendons de deux façons. On peut utiliser une chevillère spécifique moulant les reliefs. Il est possible aussi de faire un petit strapping circulaire juste au-dessus de la cheville. Le plus souvent, une opération est nécessaire. Elle consiste à reconstruire une belle gouttière osseuse et à réparer le tunnel fibreux guidant les tendons. Là encore l’immobilisation est d’environ 6 semaines. L’interruption sportive est de 3 à 6 mois.

Un bout d’os baladeur

Le plus souvent, cette lésion est associée à une entorse grave. Lors de la torsion, l’os de la cheville se cogne et s’ébrèche. Un fragment se détache et flotte dans l’articulation (dessin ci-contre). Alors que la cheville s’incline légèrement, il arrive qu’il se coince. Ça fait mal ! La douleur gagne le système nerveux central et concurrence l’information de position. Le cerveau ne sait pas que la cheville bascule ! Le réflexe salutaire ne peut être enclenché… et c’est l’entorse. La radiographie permet souvent de visualiser ces bouts d’os. S’il s’agit de cartilages, ils seront invisibles lors de cet examen. Pour les mettre en évidence, il faut les mouler à l’aide d’un produit injecté dans l’articulation : c’est l’arthroscanner. Si la présence de ces fragments déstabilisant l’articulation est confirmée, il faut les enlever. Une opération est nécessaire. Elle s’associera souvent à la réparation des ligaments distendus. La reprise du sport nécessite de 2 à 6 mois en fonction des lésions.

Deux os soudés

Parfois l’os de la cheville et celui du talon, le calcanéum, sont soudés. Au lieu d’être reliés par un ligament souple, ils sont unis par une jonction osseuse, cartilagineuse ou fibreuse rigide (dessin ci-contre). Cette zone ne parvient plus à assumer les irrégularités du terrain. Toutes les contraintes passent par l’articulation sous-jacente… et elle se tord ! En plus d’être instable, cette cheville est souvent douloureuse, car le pont rigide subit des contraintes mécaniques abîmant le tissu qui le constitue. Le pied est souvent fixé à plat, même lors de la propulsion. Le scanner et l’IRM permettent de réaliser des images en coupe. On y visualise bien le secteur fusionné. Le traitement passe par de la rééducation pour optimiser la coordination malgré les imperfections anatomiques. Les infiltrations sont utiles s’il existe des douleurs. Parfois, il faut opérer et couper la jonction ankylosée. ■

Comments are closed.