Programme Quartz, une démarche de transparence

Cette année, l’association Athletes for Transparency (AFT) a lancé une étude pilote autour d’un programme unique de suivi de la santé chez les traileurs capable de déceler aussi bien des pathologies que des anomalies en relation avec le dopage, le programme Quartz. SantéSportMagazine s’est penché sur cette étude et sur les retombées possibles dans le sport.

Par Gaëtan Lefèvre

 

Athletes for Transparency est une association créée en 2004 et présidée par le docteur en physiologie Pierre SALLET. Elle promeut l’éthique dans le sport, au travers d’actions dans la lutte antidopage et la lutte contre la corruption. Elle s’intéresse également de près à la santé des sportifs. Elle a lancé cette année, le 1er avril, son programme Quartz.

Une étude aux multiples marqueurs

Le programme Quartz est une étude de suivi de la santé chez les athlètes à travers notamment un grand nombre de données biologiques. Ces données principalement utilisées sont au nombre de 66 contre par exemple 17 aujourd’hui dans le cadre des modules hématologique et stéroïdien du passeport biologique de l’athlète (PBA). Si cette étude pilote est menée pour l’instant, en 2016, uniquement autour de traileurs de haut niveau, l’objectif à terme est de pouvoir proposer ce type de suivi dans tous les sports et à tous les athlètes. Les médecins partenaires de la Fondation « Medicine and Science in Ultra-Endurance Sports » présidée par le docteur Patrick BASSET pourront ainsi analyser l’état de santé des athlètes mais aussi, comme nous l’explique le docteur Pierre SALLET, « suspecter un cas de dopage, même si nous n’avons pas les moyens de le prouver juridiquement, et encore moins de le sanctionner puisque nous ne sommes pas là pour ça ». Grâce à cette étude pilote, les professionnels de la santé pourront récupérer un très grand nombre d’informations afin d’obtenir « une cartographie de la santé de l’athlète à un instant t ». Plus un grand nombre de marqueurs sera analysé, plus les médecins pourront étudier en détail les effets du sport sur la santé. Cette étude permettra de mesurer, rapidement, de possibles profils anormaux. Si une anomalie est à rapprocher d’un cas de dopage potentiel, l’association AFT pourra transmettre ses informations aux organisations nationales antidopage (ONAD).

Réajuster la réglementation

Selon les compétitions sportives, les réglementations sont différentes. Lors de certains événements comme le marathon du Mont-Blanc, les championnats du monde ou d’autres événements organisés par l’ITRA (International Trail Running Association), la commission médicale possède le pouvoir de mettre un athlète « hors compétition », que ce soit pour protéger sa santé ou pour des raisons plus éthiques. Les médecins travaillant sur le programme Quartz pourraient, en cas de profils anormaux d’athlètes, interdire à ces derniers de prendre le départ. Ils posséderaient alors les moyens de suspendre, compétition par compétition, des athlètes possiblement dopés. Mais pour cela, il faudrait que cette politique de santé puisse s’étendre à un grand nombre de compétitions.

2016, une première approche

Sans présager des résultats, il est cependant peu probable de voir cette étude pilote dévoiler des cas de dopage en 2016. En effet, le programme Quartz est uniquement fondé sur du volontariat et concerne, pour des raisons logistiques et financières, une quinzaine d’athlètes parmi les meilleurs au classement ITRA. Nous y retrouvons les Français François d’HAENE, Sébastien CHAIGNEAU, Antoine GUILLON, Nathalie MAUCLAIR… mais aussi des athlètes internationaux comme la Brésilienne Fernanda MACIEL. D’autres athlètes, dont nous n’avons pas pu obtenir les noms, ont refusé de participer à ce programme.

Pour les relevés d’analyses, les médecins de l’association effectuent eux-mêmes les prélèvements lors de compétitions, ou envoient les athlètes dans des laboratoires « partout sur la planète ». Afin de s’assurer de la fiabilité des résultats et notamment que ce soit le bon athlète qui est prélevé, Athletes for Transparency a donc mis en place plusieurs niveaux de contrôle : de la simple identification à partir d’une pièce d’identité à la réalisation d’un phénotypage complet.

Analyser, pas contrôler

Comme nous le dit le docteur SALLET, ce programme n’a pas une vocation « de contrôle mais existe afin de réaliser un suivi de données ». L’athlète est libre ou non de suivre le programme, mais pour ceux qui choisissent d’y participer, il s’agit de contraintes supplémentaires. Ce programme peut toutefois être un espoir dans la lutte antidopage car sa mise en place permettrait un suivi complet qui n’existe pas jusque-là, même si le passeport biologique de l’athlète (PBA) a été une avancée considérable. Cette étude pilote se terminera avec la clôture des championnats du monde de trail, le 29 octobre 2016. Autre point intéressant, les athlètes ont le choix de partager ou non leurs informations avec le public et les journalistes. Par contre, c’est tout ou rien, et non un affichage partiel de certaines données, comme nous avons pu le voir récemment dans d’autres sports que le trail running…

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