Doris Martel – Thérapeute neuromusculaire en NBA

Thérapeute de l’équipe de basket NBA Los Angeles Clippers, Doris Martel évolue dans un univers où les femmes sont rares. Son parcours de gymnaste rythmique et de fan de sport lui confère une légitimité. Cependant, Doris n’est pas issue du monde de la santé. Et dans ce domaine, son parcours est très atypique. Découvrez la thérapie et la thérapeute des Los Angeles Clippers.

Propos recueillis par Gaëtan Lefèvre

 

Née en banlieue parisienne et d’origine martiniquaise, Doris Martel passe avec succès son bac L (littérature) puis une maîtrise en communication et médiation culturelle. Cependant, son quotidien ne l’emballe pas et elle commence à voyager aux États-Unis, plus précisément à L.A…. Los Angeles. Le sport, le corps et le mouvement l’intéressent. Elle a été gymnaste rythmique à haut niveau. Entre l’âge de 12 ans et celui de 16 ans, elle remporte plusieurs titres de championne de France. Cependant, cet univers est peu ouvert. « Il n’y avait pas de personnes Noires en équipe de France. Les portes étaient fermées pour les personnes de couleur. » Doris n’a donc pas la chance de pouvoir embrasser une carrière professionnelle. Sa vie se déroulera alors de l’autre côté de l’Atlantique. Aux États-Unis, elle effectue des petits boulots. À côté, elle danse beaucoup. Malheureusement, elle se blesse au genou. Dans un pays où un rendez-vous médical coûte très cher, elle décide d’aller consulter un thérapeute. « En trois jours, j’étais guérie. » Elle s’image alors avoir ce pouvoir, celui de soigner. Encore une fois, elle se retrouve face à une barrière financière. Les études sont chères au « pays de la liberté ». Elle décide donc de suivre « des cours de kinésithérapie en auditrice libre ». Elle se forme ensuite au massage pour accéder à une licence qui lui permettra de « travailler sur le corps ». Courageuse et audacieuse, elle contacte par Facebook le kiné finlandais des Los Angeles Lakers, Marko Yrjövuori. Elle fait jouer « la solidarité européenne ». Rapidement, elle arrive à rencontrer et travailler avec des athlètes de haut niveau : joueurs de tennis, basketteurs ou encore joueurs de hockey. Depuis trois ans, elle travaille avec l’équipe des Los Angeles Clippers dans l’élite du basket mondial, dont elle est l’une des rares femmes. Elle a répondu à SantéSportMagazine pour nous présenter son job de thérapeute et son parcours atypique.

Bonjour Doris, qu’est-ce que la thérapie neuromusculaire ?

Il s’agit d’une pratique qui emprunte aux techniques des kinésithérapeutes, des ostéopathes, des chiropracteurs et des masseurs-thérapeutiques. Elle travaille sur les systèmes neuro-musculo-squelettiques. Ceux-ci permettent au corps de retrouver une posture, une harmonie. Cependant, je ne fais pas « craquer » comme un ostéopathe et je ne donne pas d’exercices de renforcement musculaire comme un kiné. Par exemple, lorsque je travaille sur une scoliose, j’agis uniquement sur les muscles du dos, les muscles érecteurs du rachis…

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Comment avez-vous réussi à rejoindre l’équipe des Los Angeles Clippers ?

Par le bouche à oreille ! J’ai commencé à travailler avec des basketteurs pendant les intersaisons. J’ai eu de bons résultats et certains joueurs ont continué à me contacter. Ils m’ont présentée à leurs managers. J’ai donc travaillé avec plusieurs équipes : Les Memphis Grizzlies, les New Orleans Pelicans et les Charlotte Hornets. Un été, je suis allée à la NBA Summer League pour faire des rencontres. Le manager des Clippers avait entendu parler de moi. On a discuté et il m’a donnée ma chance, tout d’abord comme renfort d’un kiné déjà présent dans le club. Puis, les joueurs ont demandé que je sois présente à plein temps.

Existe-t-il de fortes barrières qui empêchent d’entrer dans cet univers, comme en France pour le haut niveau ?

C’est un peu plus ouvert. Je n’ai pas l’impression que j’aurais pu réaliser la même chose en France. L’état d’esprit est plus ouvert, et l’on vous donne plus votre chance.

Quel travail réalisez-vous avec les basketteurs ?

Je suis toujours avec eux avant, pendant et après les matchs et les entraînements. Avant les matchs en préparation ou après, en récupération. Je peux aussi les voir lorsqu’il y a un problème ou en entretien. Ils sont tous uniques et ont tous besoin de quelque chose de différent. Par exemple, je suis des athlètes pour leur problème de dos. Je les vois alors plusieurs fois par semaine pour travailler. Je les maintiens loin des douleurs et cela demande des rendez-vous réguliers. D’autres fois, il s’agit simplement de petits bobos. Tous les ans, de nouveaux joueurs arrivent avec leur passif, et il faut s’adapter.

Y a-t-il des pathologies spécifiques aux basketteurs ?

Cela dépend principalement du poste. Par exemple, les meneurs ont souvent des problèmes de hanche, de genou parce qu’ils sont plus petits et sur le terrain, ils sont bas, en position de squat et dans l’évitement. Les pivots, eux, sont très grands, généralement les plus grands au sein des équipes. Ils vont avoir des problèmes de dos, un rétrécissement des pectoraux, mais aussi des problèmes de genoux ou de cervicales car ils regardent souvent vers le bas. En ce qui concerne les basketteurs, on trouve généralement des entorses, des problèmes au niveau des genoux, des hanches et du bas du dos.

En parallèle de cette activité, vous avez créé l’Afrovibe Dance Workout. De quoi s’agit-il ?

C’est d’un mélange de fitness et de danses afro. Celles-ci utilisent beaucoup de squats qui constituent un mouvement très complet du fitness. Il y a donc une partie de cardio dansée suivant une chorégraphie puis environ 15 minutes de nouvelles chorégraphies debout, toujours dansées mais fondées sur le renforcement musculaire, mélangeant danse et mouvements de fitness. ■

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Crédit photos : Charlotte Valade

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