Endofibrose : quand les cuisses disent « stop ! »

Alors que vous attaquez une côte à vélo, une de vos cuisses brûle. Vous ne pouvez plus accélérer. C’est peut-être une endofibrose iliaque externe. Menons l’enquête avec SantéSportMagazine.

Par le docteur Stéphane Cascua, médecin du sport

 

Lorsque vous pédalez, vous fléchissez amplement la hanche. L’artère qui va du buste vers la cuisse se plie fortement. À l’endroit de la plicature, la paroi s’abîme. De surcroît, l’effort augmente le débit cardiaque. Le sang est puissamment propulsé sur les berges de l’artère coudée. Les turbulences locales agressent le vaisseau. De fait, une cicatrice épaisse et fibreuse se constitue, elle ne tarde pas à obstruer partiellement la cavité. Le passage du sang est altéré. Lors des efforts intenses, l’oxygène vient à manquer dans les muscles de la jambe et la cuisse hurle de douleur. Du fait du mécanisme lésionnel, les cyclistes expérimentés sont les principales victimes de l’« endofibrose iliaque externe ». Il faut avoir pédalé 120 000 kilomètres pour provoquer cet épaississement de la paroi. Cependant, cette blessure survient aussi chez les coureurs de fond, les marcheurs, les rameurs et les skieurs de fond.

Quels symptômes ?

Classiquement, la douleur apparaît lors des efforts brusques et intenses. Il peut s’agir d’une accélération dans une bosse, d’une prise de relais, d’un sprint ou d’un contre-la-montre. Les cyclistes décrivent volontiers une sensation de « cuissard trop serré » ou de « jambe morte qui ne répond plus ». Une fois sur trois, la gêne finit par s’étendre à la fesse, au mollet et au pied. Dans 15 % des cas, elle  s’exprime des deux côtés, simultanément ou alternativement. Elle est moins évidente lors des exercices soutenus mais continus. Elle disparaît rapidement dès que le sportif ralentit. Habituellement, elle ne réapparaît pas « à froid ». Parfois, quand l’artère est très abîmée, la marche réveille la douleur. On parle de « claudication intermittente ». Au cabinet, l’examen du médecin est généralement normal. Parfois, il entend grâce à son stéthoscope, dans le bas de l’abdomen, les turbulences du flux sanguin liées à l’obstruction partielle de l’artère. Ce souffle augmente quand le sportif fléchit la hanche. Il ne perçoit aucune anomalie en prenant le pouls au niveau des chevilles. Exceptionnellement, il arrive que les symptômes suggèrent une franche aggravation. Dans les heures qui suivent l’effort, la douleur réapparaît. Elle est intense et s’étend à toute la jambe. Elle s’associe à une sensation d’engourdissement. Le membre est lourd et froid. Dans ce contexte, il faut évoquer la formation d’un caillot au contact du rétrécissement. Il est impératif de consulter en urgence !

Quels examens ?

L’échographie permet d’étudier les tissus mous. Néanmoins, elle est insuffisante pour visualiser le petit épaississement de la paroi du vaisseau. Le doppler analyse le flux sanguin, parfois perturbé en cas d’endofibrose. L’examen de référence est le « test de Strandness ». Il s’agit d’une épreuve d’effort. Le cycliste doit pédaler sur un vélo imposant une bonne flexion de hanche. L’intensité augmente rapidement jusqu’à reproduire la douleur habituelle. À l’arrêt de l’effort, on mesure la tension artérielle à la cheville. S’il existe une obstruction partielle de l’artère iliaque, on constate que, au lieu d’augmenter, elle diminue et qu’elle est deux fois plus faible qu’au bras ! Pour confirmer le diagnostic, il faut visualiser l’obstruction. L’« angioIRM » ou l’« angioscanner » sont les examens de choix. Ils consistent à faire une injection de produit de contraste dans les veines du bras suivie d’une IRM ou d’un scanner. Dans certaines localisations atypiques, il faut injecter directement dans l’artère pour voir l’obstruction. C’est l’« artériographie ». Exceptionnellement, quand tous ces tests sont négatifs alors que les symptômes sont très évocateurs, on peut réaliser une endoscopie artérielle. Cette fois, on introduit dans l’artère un tube pourvu de fibres optiques et on dilue localement le sang avec du sérum salé. On voit alors directement l’épaississement.

Quels traitements ?

Remonter le cintre du vélo est insuffisant car la lésion tissulaire est déjà constituée. Des techniques voisines de celles du traitement de l’infarctus ont été testées. Elles consistent à écraser l’épaississement avec un ballonné introduit dans la lumière de l’artère. Ce geste est suivi de la mise en place d’un petit ressort appelé « stent » évitant une rétraction de la paroi dilatée. Ce procédé ne fonctionne pas ! Les stents ne peuvent pas être placés à des endroits où les artères se plient. De surcroît, la lésion de l’« endofibrose iliaque externe » est bien plus souple et élastique que la plaque de graisse rigide présente dans l’artère du cœur. Elle se rétracte encore plus facilement après dilatation. Pour éviter des complications, il faut opérer ! Au bloc opératoire, l’emplacement exact de la lésion est précisé grâce à une endoscopie. La zone lésée est enlevée. Elle est remplacée par une portion de veine prélevée dans la jambe. Ce tissu plus souple tolère mieux les torsions. Globalement, la longueur du vaisseau est réduite pour limiter son incurvation. Dans les semaines qui suivent l’opération, il faut prévenir la formation d’un caillot. Un traitement anticoagulant est prescrit. Après un mois, le cycliste peut renouer avec le pédalage sur home-trainer. La durée des séances augmente très progressivement. Quatre mois après l’intervention, il est apte à reprendre l’entraînement sur la route. ■

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