Salon Body Fitness 2017

Ce n’est pas un « tennis-elbow » !

 «Toute douleur sur le côté du coude est un tennis-elbow… sauf 1 fois sur 10. » Et si vous faisiez partie des 10 % d’atypiques ! Et si votre originalité justifiait la persistance de vos douleurs. SantéSportMagazine vous explique.

Par le docteur Stéphane Cascua, médecin du sport

 

Tennis-elbow signifie « coude du tennisman ». L’étymologie induit déjà en erreur ! Comme si les joueurs de raquette ne pouvaient présenter qu’un seul type de blessure. En langage médical, le « tennis-elbow » porte aussi le nom d’« épicondylite ». Il s’agit, en fait, d’une tendinite, c’est-à-dire une lésion de la cordelette fibreuse reliant un os à un muscle ou un groupe de muscles, en l’occurrence les « épicondyliens », qui étendent le poignet et les doigts. La zone de fragilité de cette chaîne biomécanique se situe au niveau du coude, au voisinage d’un relief osseux appelé « ­épicondyle ­» (voir le dessin). Le traitement de cette lésion passe par la kinésithérapie. Il faut masser la cicatrice tendineuse constituée de fibres enchevêtrées et fragiles. On enchaîne avec des étirements et des contractions de freinage lents afin d’aligner les fibres dans l’axe des contraintes mécaniques. Parfois, une infiltration est nécessaire pour apaiser l’inflammation douloureuse. De plus en plus souvent, une injection de «­plasma riche en plaquettes » ou PRP est proposée. Les plaquettes proviennent de votre sang. Elles sont concentrées et réinjectées dans votre tendon abîmé pour former un «­clou tissulaire », comme elles le font naturellement quand vous vous coupez. Exceptionnellement, une chirurgie s’impose, elle consiste à scalper le tendon. Le tonus du muscle le fait glisser en direction de la main. En quelques semaines, il s’accroche plus bas sur l’avant-bras, le tendon se détend et vous êtes soulagé.

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Un nerf coincé

Le nerf radial chemine le long du radius. L’une de ses branches rejoint la superficie de la peau dans les masses musculaires de l’avant-bras, à proximité de la face externe du coude. Le plus souvent, c’est l’hypertrophie des muscles qui provoque le coincement du rameau nerveux. Vous avez mal au coude et souvent dans l’avant-bras. Vos douleurs fusent sur le trajet du nerf, parfois jusqu’au petit doigt. Généralement, ces irradiations prédominent en particulier la nuit. Cette lésion est quelquefois intriquée avec un « tennis-elbow » banal. Il arrive que la cicatrice fibreuse du tendon s’étende et entoure le nerf radial ou perturbe les glissements musculaires. Le diagnostic peut être confirmé par un électromyogramme ou EMG. Cet examen consiste à mesurer la vitesse de l’influx nerveux à l’aide de petites électrodes et permet de constater qu’il est ralenti au passage de ce canal musculaire. Le traitement consiste le plus souvent en une infiltration. Ainsi, le nerf irrité dégonfle et parvient de nouveau à coulisser aisément. Il ne reste plus qu’à soigner la tendinite et à améliorer la technique pour réduire le volume musculaire. Rarement, il faut opérer pour libérer complètement le passage du nerf.

Une usure articulaire

Si vous êtes un « gros frappeur », il arrive que vous fassiez souffrir votre cartilage, cette substance lisse qui recouvre les os au niveau des articulations. Lorsque votre coude s’étend violemment, le bec du cubitus, l’un des os de l’avant-bras, vient cogner l’arrière de l’humérus, l’os qui va du coude à l’épaule. Ce traumatisme est comparable à un coup de marteau sur du carrelage. L’articulation s’irrite et finit par s’user. De temps à autre, ce n’est que la membrane entourant l’articulation qui se pince. C’est moins ennuyeux. L’examen de référence est un arthroscanner : on injecte un produit de contraste dans votre coude qui moule la surface et l’enveloppe articulaire. On peut y voir des irrégularités et des replis épaissis. Souvent, on y associe une infiltration pour apaiser l’inflammation autodestructrice pour le cartilage. Afin d’éviter une récidive douloureuse, il est impératif de modifier le geste technique et de contrôler l’hyperextension.

C’est dans la tête !

Les deux os de l’avant-bras sont le cubitus et le radius. La surface articulaire du premier est constituée d’un rail qui guide la flexion et l’extension. Celle du second possède la forme d’une assiette à soupe, il s’agit de la tête radiale. Elle crée un axe de rotation. Elle permet de faire tourner la main quand le coude est fléchi, la paume s‘orientant soit vers le haut, soit vers le bas. Suite à une chute sur la main ou après de nombreux mouvements forcés, il arrive que cette cupule soit victime d’un décentrage. La concavité du radius ne se trouve plus tout à fait en face de la convexité de l’humérus. Le petit ligament entourant la tête radiale subit alors des tensions intempestives. Des douleurs apparaissent tout particulièrement lors des mouvements de rotation de l’avant-bras appelés « pronosupination ». Une manipulation permet de «­replacer » l’articulation et de vous soulager. Il est également indispensable de corriger les défauts techniques responsables du mauvais fonctionnement de votre coude.

Des muscles fatigués ou blessés

Si vous avez surmené vos muscles en enchaînant les matchs depuis quelques jours, vous pouvez souffrir de «­points de contracture ». Vos muscles épuisés se figent localement comme un cadavre se raidit puisqu’il n’a plus d’énergie. Si vous êtes qualifié pour le tour suivant, des massages doux et drainants vous soulageront un peu. Mais un repos mérité de quelques jours constitue le traitement le plus logique et le plus efficace. Rarement, votre douleur est provoquée par un véritable claquage musculaire. Elle est survenue brutalement et vous vous souvenez du geste traumatisant. La raquette et les membranes musculaires ont été emmenées par l’impact de la balle, vos fibres musculaires ont tiré en sens inverse pour tenter de contrôler le mouvement. Le point de jonction entre ces deux tissus s’est déchiré. Pour vous soigner, le repos complet n’est pas conseillé. Il est préférable de masser la zone lésée, de réaliser des étirements et des contractions musculaires lentes. Cette stratégie permet d’éviter la formation d’une cicatrice faite de fibres enchevêtrées et fragiles. Ainsi, votre tissu musculaire retrouve toutes ses qualités mécaniques.

Des muscles étouffés

Une troisième blessure musculaire peut imiter une épicondylite. Il s’agit du syndrome de loge de l’avant-bras. Cette lésion survient plus classiquement, chez le coureur de fond, à la face antérieure de la jambe, au sein des muscles qui remontent le pied. Les épicondyliens ont la même mission en ce qui concerne la main. En outre, l’anatomie comparée des membres supérieurs et inférieurs met en évidence bien des similitudes entre ces deux groupes musculaires. À la faveur d’un entraînement assidu et intense, ils prennent rapidement du volume. Le sac fibreux qui les entoure est rigide. Il ne parvient plus à se distendre aussi vite. Le muscle est comme étouffé, les vaisseaux sanguins sont écrasés et n’apportent plus suffisamment d’oxygène. Le traitement consiste à revoir le style de jeu en essayant d’être « un peu moins physique ­» et « un peu plus technique ». Des massages énergiques des membranes parviennent de temps à autre à les assouplir. Enfin, votre médecin est parfois contraint de vous proposer une opération. Il s’agit alors d’ouvrir l’enveloppe musculaire. On constate l’expansion de vos muscles à travers cette large brèche. Ils peuvent à nouveau recevoir du sang, respirer et travailler harmonieusement.

C’est dans les os !

L’épicondylite provient d’une hyper-sollicitation de la chaîne mécanique, muscle / tendon / os. Parfois, c’est au sein de ce dernier que se situe la lésion. L’IRM se révèle l’examen le plus performant pour confirmer le siège exact de la blessure. Généralement, la souffrance osseuse est dû à une fissure de fatigue ancienne qui peine à consolider. Le traitement ressemble à celui d’une tendinite banale. Dans ce contexte, les massages vigoureux ont pour mission de recréer des microlésions et de relancer les processus de cicatrisation. L’infiltration peut aussi apaiser l’inflammation qui est entretenue par les tiraillements alors que le tissu osseux a retrouvé sa solidité. Si les lésions sont récentes, il est possible d’opter pour une stratégie opposée : l’immobilisation. Dans ce cas, une attelle de poignet plaçant la main en légère extension met au repos les muscles chargés de faire ce mouvement. Exceptionnellement, vous n’êtes pas suffisamment soulagé. Il faut alors détendre complètement vos épicondyliens. Dans ce but, votre médecin du sport associe une immobilisation du poignet et du coude en flexion à 90 degrés à l’aide d’un « plâtre » en résine qu’il est conseillé de conserver trois à six semaines. Ces lésions osseuses sont plus fréquentes chez l’adolescent. En effet, le tissu osseux qui grandit constitue le maillon le plus fragile au sein de la chaîne mécanique, muscle / tendon / os. L’épicondyle réalise sa poussée de croissance vers l’âge de 10 ans. Au cours de cette période, il est particulièrement sensible et peut se craqueler, on parle d’ « ostéochondrose de Panner ». Si votre enfant présente un tableau évocateur, son médecin du sport doit éliminer une souffrance du cartilage articulaire appelée « ­ostéochondrite disséquante ». Après confirmation, le repos du coude est vivement conseillé. Des activités indolores sont envisageables. À l’inverse, en cas de douleurs rebelles une immobilisation stricte se révèle bénéfique. ■

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